Photographie : le jury des Rencontres de Bamako récompense l’audace

Par - envoyé spécial à Bamako

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Le palmarès des 10e Rencontres de Bamako fait la part belle à l'Afrique anglophone.... et oublie l'Afrique du Nord.

Malgré la pluie qui s’est abattue sur Bamako ce lundi 2 novembre, le jury des Rencontres de Bamako, biennale africaine de la photographie, a profité d’une éclaircie pour décerner ses prix. Un palmarès logique au regard des œuvres présentées dans l’exposition panafricaine, un palmarès qui privilégie les approches plastiques les plus audacieuses – aux dépens des approches frontales du réel et du thème proposé par la commissaire d’exposition nigériane Bisi Silva, « Telling time ».

Composé des commissaires N’Goné Fall (Sénégal) et Simon Njami (Cameroun), des conservateurs Solange Farkas (Brésil) et Kenneth Montague (Canada), et du photographe Alioune Bâ (Mali), le jury de ces 10e Rencontres a ainsi distingué les artistes suivants :

© Uche Okpa-Iroha, « The Plantation Boy ».

Le Nigérian Uche Okpa-Iroha reçoit le prix Seydou Keïta, Grand prix des Rencontres de Bamako (Ministère de la Culture du Mali, 5 000 euros) pour son travail intitulé The plantation boy. Dans cette série, il se met en scène et s’incruste, au sens propre du terme, dans des images tirées du film culte de Francis Ford Coppola, Le Parrain (1972). Ce faisant, il entend dénoncer la longue ignorance de l’industrie cinématographique hollywoodienne vis à vis des Africains-Américains.

Her Story

Her Story, Lebohang-Kganye © Lebohang Kganye, « Her Story ».

Les Sud-Africains Lebohang Kganye et Simon Gush reçoivent ex-aequo le prix du jury (Institut Français, 1 500 euros). La première a, dans ses séries Her-Story et Heir-Story, réexploré l’histoire de sa mère et de son grand-père a travers ses superpositions photographiques et des mises en scènes élaborées où les couches temporelles se font écho. Le second dénonce a travers ses vidéos l’influence des rythmes capitalistes sur la géographie urbaine dans l’Afrique du Sud post-apartheid.

© Aboubacar Traore, « Inchallah »

Le Malien Aboubacar Traoré reçoit le prix du « jeune photographe francophone » (OIF, 3 000 euros) pour son travail engagé contre l’obscurantisme. Sa série Inchallah, qui montre des personnes dont les têtes sont recouvertes d’une énorme calebasse noire, est bien entendu une réponse à la situation de crise que connaît aujourd’hui le Mali.

Simon Gush

© Simon Gush.

Le jury a décidé cette année de ne pas remettre le prix de la Fondation Blachère, jugeant que la récompense proposée – une résidence à Dakar avec cession d’oeuvre à la clef – n’était pas appropriée.

Le Camerounais Em’kal Eyongakpa obtient le Tierney Bamako Award, qui lui permettra de développer un projet pendant une durée de 15 mois. Son installation Be-side(s) mélange performance, films, dessins, photo, sculpture et poésie.

Le Congolais Georges Senga obtient le prix Léon l’Africain, doté d’un voyage au Maroc, pour son travail sur la figure de Patrice Lumumba. Troublante, son œuvre mélange des images d’archives et des photographies de Kayembe Kilobo, modeste professeur de Lubumbashi ayant adopté les idées et le style – vêtements, coiffure, attitude – de Lumumba, Premier ministre assassiné.

© Lucia Nhamo, « Portrait ».

Enfin, la Zimbabwéenne Lucia Nhamo obtient le prix Lanchonette.org pour ses vidéos critiques envers le pouvoir : elle y confronte la réalité du quotidien avec les déclarations télévisées des officiels du régime. Un genre de vidéo qu’il conviendrait de diffuser en masse…

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