Fifa : le Sud-Africain Tokyo Sexwale en huit lettres

Tokyo Sexwale, le 7 octobre 2013 à Genève. © Fabrice Coffrini/AFP

Tokyo Sexwale est l'un des deux représentants du continent parmi les huit candidats qui briguent la présidence de la Fifa. Le Sud-Africain a promis mardi de réinstaurer, s'il était élu, la transparence financière au sein de l'institution qui gère le football mondial. Portrait en huit lettres de celui qui se voit déjà succéder au Suisse Sepp Blatter.

Et si c’était lui, le premier Africain à prendre les commandes de la Fifa ? Le Sud-Africain Tokyo Sexwale fait en effet partie des huit candidats dans la course pour la succession du Suisse Sepp Blatter. S’il l’emporte, ce serait une grande première pour le continent. Depuis sa création en 1904, jamais un Africain n’a dirigé l’instance sportive qui gère le football mondial.

Lors d’une conférence de presse qu’il a animé le 27 octobre au siège de la Fédération sud-africaine de football à Soweto, Tokyo Sexwale a promis de « bien gérer financièrement, de mettre en place des systèmes de contrôle, de s’assurer (…) qu’il y a beaucoup de transparence et de responsabilité » de la part des membres de la Fifa. S’il est élu le 26 février, « c’est ce que [il] voudrait apporter », a-t-il assuré. Mais qui est-il vraiment cet ancien compagnon de cellule de Mandela ? Réponse en huit lettres.

K comme karaté

De son vrai prénom Mosima Gabriel, Sexwale est né en 1953 à Orlando West, un township de Soweto. Fils d’un employé de l’hôpital général de Johannesburg – son père s’était engagé plus tard comme volontaire lors de la Seconde guerre mondiale -, il passe une enfance difficile dans les rues, près de la capitale économique sud-africaine.

C’est là qu’il découvre le karaté et s’y adonne au point d’être surnommé « Tokyo » par ses camarades. Un clin d’œil à la capitale japonaise, berceau de cet art martial. Sexwale ne s’est plus jamais séparé de ce surnom.

L comme lutte anti-apartheid

Le jeune adepte du karaté s’engage très rapidement dans les mouvements associatifs qui luttent contre l’apartheid en Afrique du Sud, gravissant les échelons jusqu’à devenir, vers la fin des années 1960, l’un des dirigeants de South African student’s movement.

Sexwale n’a que 18 ans lorsqu’il décide de rejoindre une cellule clandestine du Congrès national africain (ANC), avant de s’exiler au Swaziland où il poursuit quelques années ses études commerciales.

E comme explosifs

Dans son nouveau pays d’accueil, Tokyo Sexwale n’oublie pas son combat. Il continue donc d’y mener ses activités, en connivence avec ses compagnons de lutte restés en Afrique du Sud. Mais pas pour longtemps. En 1975, il quitte le Swaziland pour aller suivre une formation militaire en Union soviétique, échappant ainsi à une éventuelle arrestation pour « exercice d’activités politiques illicites » sur le territoire swazi.

Une année plus tard, Sexwale se fait discret et rentre clandestinement en Afrique du Sud après les émeutes de Soweto, son fief. Il est alors colonel au sein de la branche armée de l’ANC, fort de son statut d’expert en explosifs acquis à l’issue de ses cours à l’académie militaire soviétique.

M comme Mandela

L’année suivante, en 1977, Tokyo Sexwale est arrêté. En raison de ses activités jugées subversives par le régime de l’apartheid, il écope de 18 ans de prison. Le jeune homme n’a que 24 ans mais il est tout de même conduit au centre pénitencier de Robben Island où sont incarcérés les vétérans de l’ANC dont Nelson Mandela. Sexwale y passera 12 ans, avant d’être libéré en 1990 à la suite d’un accord politique entre le pouvoir sud-africain et son parti.

Pendant ces années de détention, Sexwale poursuit par correspondances ses études commerciales et noue des liens forts avec Mandela, son compagnon d’infortune. Il participe notamment à la gestion de « Makana », le club de football des prisonniers politiques de Robben Island.

A comme arc-en-ciel

Lorsqu’il sort de la prison, Tokyo Sexwale ne tarde pas à divorcer de sa femme. Il est amoureux de Judy van Vuuren, l’avocate afrikaner progressiste qui s’occupait de son dossier durant sa détention.

En 1993, l’ex-détenu épouse son avocate et le couple incarne alors le symbole même de la nation Arc-en-Ciel postapartheid. Ils se sépareront avec fracas 10 années plus tard.

G comme « gaulliste »

Après sa libération, Sexwale est rentré à Gauteng, alors Pretoria-Witwatersrand-Vereeniging (PWV), sa province natale qui regroupe principalement Pretoria, la capitale économique, et Johannesburg, le poumon économique du pays.

« Sexwale se disait un grand admirateur du général de Gaulle »

Bien ancré politiquement dans son fief, Sexwale en devient en 1994 le Premier ministre, entendez le gouverneur. Il se trouve alors au bon endroit et au bon moment pour espérer succéder à Nelson Mandela à la tête du pays. Lui qui s’est toujours vanté d’être un « gaulliste » convaincu, si l’on en croit l’homme d’affaires Jean-Yves Ollivier, auteur de Ni vu, ni connu, une autobiographie de Sexwale parue en 2014 sur sa « vie de négociant en politique, de Chirac et Foccart à Mandela ».

« [Sexwale] se disait un grand admirateur du général de Gaulle », écrit-il, rapportant au passage une anecdote de la rencontre entre Charles Pasqua et « ce Sud-Africain féru de gaullisme » qui, selon l’auteur, « ne demandait pas mieux que de devenir ‘l’homme des Français’»

« De surcroît, Pasqua avait décroché le portrait du Général dans son bureau pour l’offrir à Tokyo Sexwale. Or, lorsque celui-ci s’était présenté aux formalités de départ à l’aéroport, un douanier l’avait stoppé net. Qu’allait-il faire avec un portrait de De Gaulle estampillé ‘mobilier national de France’ ? », raconte Jean-Yves Ollivier, rappelant qu’il avait fallu l’intervention personnelle de Charles Pasqua pour permettre la sortie du portrait du territoire français.

P comme président

En Afrique du Sud, Sexwale n’a par ailleurs pas réussi à se hisser là où il voulait. Lorsque Mandela se retire de la tête du pays en 1998, Sexwale, gouverneur de Gauteng, est en embuscade mais c’est Thabo Mbeki, alors vice-président de la République, qui succède à Madiba. Commence alors pour Sexwale une longue traversée du désert politique.  Il reviendra huit ans plus part pour tenter de mener sa revanche contre Thabo Mbeki.

En 2007, il incarnera ainsi comme la troisième voie, entre Mbeki et Zuma, lors de l’élection du président de l’ANC. Mais c’est Zuma qui l’emportera et fera de lui son ministre de Logement (2009-2013). Le mariage de raison entre les deux hommes ne dure cependant pas longtemps, car Sexwale n’a pas abandonné son ambition de prendre un jour la tête du parti et de la nation Arc-en-Ciel.

B comme businessman

Quelqu’un de différent, qui a un passé politique, mais qui connaît aussi bien le monde du sport, dit de lui Franz Beckenbauer

Quand Sexwale s’éloigne de la politique, c’est pour développer ses affaires florissantes. Fondateur et directeur de Mvelaphanda Group (groupe diversifié), il investit dans les mines, dans la santé, les services financiers, l’assurance et l’immobilier.

Tokyo Sexwale dirige aujourd’hui de nombreuses compagnies (notamment Mvelaphanda Resources, sa filiale minière) et siège dans plusieurs conseils d’administration (Absa, Gold Fields, etc.). Il est considéré comme l’un des hommes les plus riches du pays.

Membre du comité d’organisation de la première Coupe du monde sur le sol africain (Afrique du Sud 2010) et aujourd’hui à la tête du comité de surveillance de la Fifa pour Israël et la Palestine, c’est bien en homme d’affaires avant tout qu’il se présente à la présidence de la Fifa, comme l’a rappelé début octobre Franz Beckenbauer, ancien membre du comité exécutif de la Fifa.

« À un moment se présentera l’opportunité d’élire un président venu de l’extérieur, du monde économique et politique. C’est pourquoi je me réfère à Tokyo, parce que c’est quelqu’un de différent, qui a un passé politique, mais qui connaît aussi bien le monde du sport », a-t-il déclaré.

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