Procès Habré : quatre esclaves sexuelles du régime sortent du silence

Hissène Habré amené de force à l'ouverture de son procès, le 20 juillet 2015 à Dakar. © Ibrahima Ndiaye/AP/SIPA

Devant la cour dakaroise, les témoignages se suivent, tous glaçants. Du 19 au 22 octobre, ce sont quatre femmes, décrites par Human Rights Watch (HRW) comme des esclaves sexuelles de l'armée d'Hissène Habré, qui ont témoigné lors du procès de l'ancien dictateur tchadien.

Les sévices endurés par ces femmes commencent en 1988, lorsqu’elles sont conduites dans le camp militaire d’Oudi-Doum, dans le nord désertique du pays. À plusieurs reprises, elles seront violées par des soldats de l’armée d’Hissène Habré.

Près de 28 ans après les faits, quatre victimes ont fait face à leur bourreau. L’une d’entre elle aurait été violée par l’ancien dictateur tchadien lui-même. Une autre n’avait que 13 ans lorsque les soldats ont abusé d’elle, indique-t-elle à la barre.

« Ces femmes ont brisé un très long silence »

Selon leurs témoignages, neuf femmes étaient ainsi réduites en esclavage sexuel. Des déclarations contestées par les avocats et partisans de l’ancien dictateur, mais confirmées par des documents de la police politique du régime, retrouvés en 2001 par HRW. Si les nombreuses charges retenues contre Hissène Habré ne comprennent pas les crimes à caractère sexuel, les avocats des victimes ont demandé à ce qu’elles soient ajoutées.

« Ces femmes ont brisé un très long silence pour parler de l’une des choses les plus douloureuses au monde », explique Reed Brody, de l’organisation HRW. « L’utilisation de filles et de femmes comme esclaves sexuelles n’a pas toujours recueilli l’attention méritée, mais après presque trente ans, ce tribunal leur offre la possibilité de voir leurs sévices reconnus », poursuit Reed Brody, aux côtés des victimes du régime Habré depuis 1999.

Juste avant leur libération des griffes des militaires tchadiens, toutes ont raconté avoir dû jurer sur le Coran que jamais elles ne parleraient des sévices endurés.

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