Nord du Mali : paix tribale à Anefis

Des soldats sous les ordres du général Alhadj Al Gamou, le 16 février 2013, à Gao. © Jerome Delay/AP/SIPA

Tous les groupes armés et factions tribales du nord du Mali, qu'il fassent partie de la CMA (ex-rébellion) ou de la Plateforme (pro-gouvernementale), ont signé à la mi-octobre une série de pactes qui devraient débloquer l'application de l'accord de paix d'Alger avec le gouvernement malien. Voici ce qu'ils ont conclu.

Après de nombreux accrochages meurtriers dans la région de Kidal au mois d’août dernier, la Plateforme (groupes alliés au gouvernement malien) a finalement trouvé un terrain d’entente avec la Coalition des mouvements de l’Azawad (CMA, ex-rébellion). Du 27 septembre au 16 octobre, une série de rencontres tribales, sanctionnée par plusieurs accords de paix, a été organisée à Edjerer et Anefis afin de « laver le linge sale en famille ». Objectif réussi ? Réponse en cinq points.

  • Qu’ont signé la CMA et la Plateforme ?

Les deux coalitions se sont mises d’accord sur la venue d’une partie des combattants de la Plateforme dans la région de Kidal. « À condition que ceux-ci arrivent sous drapeau de la CMA et se réclament d’elle désormais », précise Boubacar Ould Hamadi (CMA), qui a participé aux discussions d’Anefis. L’avancée est de taille : jusque là, les combattants de la Plateforme n’avaient pas le droit de se rendre dans les zones contrôlées par la CMA.

  • Quel accord entre Ifoghas et Imghad ?

Les Ifoghas et les Imghad ont signé de leur côté un document à Edjerer, tout près d’Anefis, le 9 octobre, dans lequel ils manifestent leur désir de paix entre leurs communautés qui se livrent depuis de nombreuses années une lutte politique de leadership dans la région de Kidal. Le conflit, qui dure depuis près de 10 ans, a beaucoup contribué à l’éclatement de la rébellion en 2012. Les deux tribus prônent désormais le pardon, et « s’engagent à gérer de façon consensuelle leurs problèmes communs sur tous les plans : gestion de l’espace pastorale, des aires de transhumance, des terres salées et de l’eau, etc. », assure le document appelé Pacte d’honneur et Contrat social.

Les conflits entre entre Ifoghas et Imghad seront réglés selon « leurs us et coutumes »

Désormais, Ifoghas et Imghad s’engagent à partager de façon équitable le pouvoir et œuvrer à « la gestion concertée et inclusive des affaires politiques ». Les conflits entre les deux clans seront réglés selon « leurs us et coutumes ». Les garants de cet accord sont d’un côté le chef exécutif de la tribu Ifoghas, Alghabass Ag Intalla, et, de l’autre, le général El Hadj Ag Gamou pour la tribu Imghad.

  • Les Imghad et les Dawsahak sur la voie du dialogue ?

Il y a une semaine encore, des membres de ces deux communautés se livraient des combats et se pillaient mutuellement leurs campements. Au moins une personne a trouvé la mort dans ces affrontements dans la région de Gao. Mais à Anefis, le cercle vicieux de la vengeance a également été brisé par la signature d’un pacte d’honneur et de contrat social.

Selon un communiqué conjoint signé par Ag Gamou (Imghad) et Moussa Ag Acharatoumane (Dawsahak), le 10 octobre dernier, les deux communautés déposent les armes et « s’engagent à organiser une rencontre dans de brefs délais à Inwelan, dans la zone de Talataye pour réconcilier toutes les communautés de la zone ».

  • Quelles autres tribus dans les négiociations de paix ?

À Anefis, les tribus arabes Machzouf et Limhar ont eux aussi signé un accord de paix. Tout comme les Touaregs des Idnan et les Limhar, qui se sont réconciliés après plus de deux ans de brouille. En février 2013, des rebelles de la première tribu avaient saccagé et pillé les commerces de membres de la seconde dans la petite localité d’Inkhalil, à la frontière entre le Mali et l’Algérie.

De leur côté, les Idnan accusent les Limhar d’avoir procédé à des exécutions sommaires en représailles à ce qui s’était passé à Inkhalil. Selon le communiqué final des rencontres, le règlement de ce conflit particulier « a été transféré pour règlement global et définitif au niveau de la CMA et de la Plateforme dans un délai de 45 jours à compter de la date de signature du présent document » [le 16 octobre, NDLR].

  • Quelles réactions du côté du gouvernement et de la Minusma ?

À l’ouverture des rencontre tribales, le 27 septembre, le gouvernement malien a dépêché trois de ses ministres pour marquer sa présence. « Tout ce qui amène la paix est encouragé et de façon durable », a expliqué Garibou Perou, chargé de presse au ministère de la Reconstruction du nord. « Le soutien du gouvernement est moral », ajoutait Azaz Ag Loudagdag, membre de la Plateforme et principal rédacteur des pactes d’honneur signés entre tribus. Dans un communiqué de presse diffusé dès le 15 octobre, la Minusma a quant à elle « félicité les dirigeants des deux parties pour la sagesse dont ils ont fait preuve en privilégiant la voix du dialogue ».

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