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Tripoli, tremplin pour le tunisien Monoprix ?

Bonne nouvelle : malgré la crise que traverse la Tunisie, le niveau de consommation continue d'augmenter. © Nicolas Fauqué/ImagesdeTunisie.com

Après un exercice 2011 fortement chahuté par la révolution, Monoprix (Tunisie) retrouve le chemin de la croissance et annonce des ouvertures de magasins en Libye. Mais sa forte valorisation pourrait inciter les investisseurs à patienter.

D’ici à la fin de 2012, l’enseigne tunisienne Monoprix, contrôlée par le groupe Mabrouk, a prévu d’inaugurer ses deux premiers magasins à Tripoli. Dix autres devraient suivre l’an prochain en Libye. Annoncé pour la première fois en novembre dernier, ce plan de développement a été confirmé le 17 mai lors d’une assemblée générale. La direction de l’entreprise a annoncé bénéficier du soutien de Monoprix France (un soutien technique, car aucun lien capitalistique ne les unit) et a révélé le nom de son partenaire local : le groupe Husni Bey, leader du secteur privé en Libye, présent notamment dans la distribution pétrolière.

Cependant, rien n’a réellement filtré sur le contenu de l’accord ou les modalités de financement de ce nouveau projet. Pour les investisseurs, de nombreuses questions demeurent, d’autant que la situation sécuritaire du voisin libyen est encore bien incertaine. Selon le rival Magasin général, les conditions de stabilité ne seraient pas encore réunies pour s’implanter en Libye. Reste que « le potentiel du pays est très important, car le secteur de la grande distribution est pour le moment inexistant. La première enseigne à arriver sur ce marché aura un avantage concurrentiel », estime Imed Benahmed, analyste du cabinet AlphaMena.

En attendant d’avoir plus d’informations, les analystes tunisiens ont néanmoins salué les résultats du groupe en 2011. Pénalisé par la destruction de treize magasins durant la révolution, Monoprix a bien sûr enregistré une baisse de son chiffre d’affaires l’an passé (- 9,6 %), pour retrouver un niveau légèrement inférieur à celui de l’exercice 2009. Mais ses dirigeants ont réussi à augmenter la marge commerciale de 1,7 point, pour atteindre 21,6 %. Une performance record pour le groupe, bien supérieure à celle de Magasin général (environ 16 %), et dont l’explication tiendrait dans le partenariat avec la plateforme d’achat du groupe Casino (détenteur des enseignes Géant et Monoprix en France). En 2011, le résultat net de Monoprix (- 71 %) a surtout été pénalisé par l’augmentation des salaires et le maintien dans son effectif des employés travaillant dans les points de vente fermés.

Cliquez sur l'image.Retour à la normale

L’exercice 2012 devrait annoncer un retour à la normale, bien que dix magasins de tailles diverses soient encore fermés. L’incendie survenu le 29 juin dans son supermarché d’El-Menzah VI, à Tunis, n’aura pas de conséquences visibles sur les finances du groupe. « C’est le début d’un cycle de reprise. Monoprix a supporté toutes les pertes liées à la révolution [5,8 millions de dinars, soit environ 2,9 millions d’euros], qui étaient d’ailleurs moins élevées que nous les avions estimées », explique Lilia Kamoun, de la société d’intermédiation Tunisie Valeurs.

Une analyse confirmée par les résultats du premier trimestre de 2012. Fin mars, le chiffre d’affaires de Monoprix (99,3 millions de dinars) affichait une légère hausse (+ 1,5 %) par rapport à la même période en 2010, qui désormais fait figure d’année de référence en Tunisie. Une performance que le groupe devrait confirmer fin décembre, en dépassant 422 millions de dinars de chiffre d’affaires.

Pour y parvenir, l’enseigne pourra notamment s’appuyer sur la refonte de ses rayons textile, en partenariat avec Monoprix France. Une amélioration justifiée, aux yeux des observateurs, par la concurrence accrue dans le secteur de la grande distribution en Tunisie. Entre 2009 et 2011, le chiffre d’affaires de Magasin général a grimpé de 30 %, tandis que celui de Monoprix a stagné. Néanmoins, les perspectives pour l’enseigne restent positives. Malgré la crise économique que traverse le pays, le niveau de consommation continue d’augmenter. Autre bonne nouvelle, le surcroît de chiffre d’affaires apporté par les réfugiés libyens dans des villes comme Tunis ou Sfax.

Toutefois, « sur un marché où les marges sont constamment sous pression, l’action du groupe apparaît survalorisée », estime Lilia Kamoun. Selon Tunisie Valeurs, le cours ajusté du titre (31 dinars) a augmenté de 31 % depuis le début de l’année. Avec une capitalisation d’environ 513 millions de dinars (pour 23 % du capital), Monoprix fait d’ailleurs partie des grosses cotations de la Bourse de Tunis (hors banques). Un constat qui a incité Tunisie Valeurs à conseiller à ses clients une prise de bénéfice en vendant une partie de leurs titres, après le versement de 0,40 dinar de dividende par action pour l’année 2011, en retrait de plus de 27 % par rapport à 2009 (rien n’a été versé pour 2010). Cette baisse a néanmoins été compensée par la distribution d’une action gratuite pour cinq actions détenues, le 4 juin. 

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