Mali – Moussa Mara : « Je n’ai strictement rien à avoir avec le Gatia »

Moussa Mara, leader du parti Yéléma, le 6 Août 2013, à Bamako. © Émilie Régnier pour J.A.

Depuis qu’il a quitté son poste de Premier ministre au mois de janvier dernier, Moussa Mara, 40 ans, président du parti Yéléma, multiplie les voyages et les rencontres à l’intérieur comme à l’extérieur du Mali. Interview.

Du 1er au 5 octobre, Moussa Mara était à Dakar pour rencontrer la communauté malienne du Sénégal, mais aussi des personnalités comme l’ancien Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye. À l’Institut africain de management de Dakar, où il nous a accordé cet entretien, l’ancien Premier ministre a tenu aussi une conférence-débat sur la problématique du F CFA. Et procédé à la dédicace de son dernier livre : L’État du Mali Tome II : Les pistes d’améliorations. Un essai dont il assure avoir commencé la rédaction avant d’être appelé au gouvernement et dans lequel il propose notamment l’évaluation par les citoyens de leur administration afin d’en améliorer la gouvernance.

Jeune Afrique : Depuis que vous avez quitté la primature, vous multipliez les visites à l’intérieur comme à l’extérieur du Mali. Préparez déjà la présidentielle de 2018 ?

Moussa Mara : C’est ce que beaucoup des gens disent, mais aujourd’hui ma seule perspective, c’est d’être maire de Bamako. À chaque jour suffit sa peine.

Au mois de mai dernier, le gouvernement signait l’accord de paix avec les rebelles. Partagez-vous ce choix, malgré l’impopularité de cet accord ? 

S’il y a un grand défenseur de cet accord de paix, plus que le gouvernement malien, c’est bien moi. Je suis persuadé que c’est ce qu’il faut non seulement pour le nord, mais aussi pour le reste du pays. Lorsque j’ai envoyé mes ministres pour les négociations, j’ai insisté pour que cet accord ne concerne pas seulement le nord mais l’ensemble du pays. C’est un accord qui va refonder l’État malien.

Donc vous comptez l’accord l’Alger dans votre propre bilan ?

(Rires) Oui ! C’est le meilleur accord de paix possible pour la situation actuelle du pays.

En mai 2014, vous êtes allé en force à Kidal, provoquant une grave crise. Aujourd’hui, cette région échappe complètement à Bamako. Cela fait-il aussi partie de votre bilan à la primature ?

Je suis allé à Kidal en tant que Premier ministre pour m’assurer que l’administration malienne, qui est en train de servir les Kidalois, avait ce qu’il faut pour fonctionner.

La période n’était-elle pas mal choisie ?

Est-ce qu’il y a une période mal choisie pour un Premier ministre pour aller sur une partie du territoire de la république ? C’est ça que je n’accepte pas, et c’est ça aussi mon problème avec les groupes armés. Ils avaient signé l’accord de Ouagadougou et avaient reconnu le territoire malien et une partie de l’armée malienne était à Kidal, ce qui veut dire aussi qu’ils avaient accepté que l’État malien soit à Kidal. Pourquoi, dans ce cas, ont-ils refusé qu’un Premier ministre malien vienne à Kidal, non pas pour négocier ou faire de la politique avec eux, mais pour l’administration malienne qui sert cette ville ?

Les groupes armés vous ont attaqué et ont fini par chasser l’armée et l’administration malienne de Kidal. Vous avez même fait une déclaration de guerre contre les rebelles à cette occasion. Certains disent que vous avez été participé à la création et à l’armement de milices pro-gouvernementales pour reprendre Kidal…

Lorsque les groupes armés à Kidal se sont permis de nous attaquer, j’ai jugé que cette attaque méritait une réponse appropriée. J’ai fait cette déclaration de guerre en réplique à cette attaque. Mais je n’ai strictement rien à avoir avec le Gatia [Groupe autodéfense touareg imghad et alliés], et lorsqu’il a été créé, je n’étais pas au courant. Aujourd’hui je suis pour la paix et la construction. Je ne suis pas pour la guerre.