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Cina Lawson : « Le code informatique est une véritable langue vivante »

Cina Lawson est ministre des Postes et de l'Économie numérique du Togo. © DR

Organisée du 1er au 10 octobre dans 17 pays africains, l' « Africa Code Week » veut promouvoir l’apprentissage de la programmation informatique sur le continent. Cina Lawson, ministre togolais des Postes et de l’Économie numérique est l'un des sept patrons de l’événement. Interview.

Jeune Afrique : Le code informatique est-il une filière d’avenir pour la jeunesse africaine ?

Cina Lawson : Oui, son apprentissage constitue l’élément-clé du projet d’alphabétisation dans un monde numérique qui fait désormais partie de notre existence. Et dans un proche avenir, de telles compétences seront essentielles pour décrocher un emploi de qualité et indispensables pour créer une entreprise. Pour des millions de jeunes Africains sans emploi mais passionnés de technologie, la révolution numérique présente d’énormes possibilités, notamment à travers l’auto emploi. N’oublions pas que le développement d’applications est l’un des seuls domaines dans lesquels 100 000 F CFA investis peuvent en rapporter un milliard.

De plus, l’informatique est un formidable accélérateur de croissance. Or moins d’1% des enfants africains quittent l’école avec des bases dans ce domaine. Nous pourrions nous trouver face à un risque de pénurie en main d’œuvre qualifiée, notamment en programmation, si nous n’agissons pas rapidement.

Au-delà de cette semaine du code, quelles sont les initiatives mises en place par le gouvernement togolais ?

Comme le laisse percevoir votre question, une semaine d’initiation au codage ne saurait être une fin en soi. Des actions en amont et en aval doivent être pensées, menées et soutenues afin que les objectifs soient atteints et que nous puissions voir leur impact à moyen terme. C’est dans cette perspective qu’en prélude à la formation des jeunes durant l’événement Africa Code Week (ACW), nous avons entrepris de faire former, par des experts internationaux, des équipes de jeunes développeurs au logiciel libre et ludique Scratch. Nous avons ensuite chargés ces derniers de former d’autres personnes, en particulier des enfants, durant la semaine du code.

L’importance prise par l’informatique dans notre société fait de ce langage une véritable langue vivante dont la maîtrise est cruciale pour réussir. Avec l’ACW, nous espérons créer un engouement pour le code et poser les jalons d’une discussion au plus haut niveau de l’État sur l’importance d’inscrire le code dans les programmes scolaires dès l’enseignement primaire. Nous n’en sommes pas encore là, mais l’ACW nous permet d’initier cette conversation.

Y a-t-il une véritable politique du gouvernement à l’endroit de la communauté des développeurs ?

Nous entretenons de très bonnes relations avec les communautés dont nous connaissons l’existence, et nous les aidons dans la mesure du possible notamment en les réunissant régulièrement pour les écouter ou en finançant certaines de leurs initiatives. Par exemple, nous nous appuyons sur le Groupe des Développeurs Google (GDG) de Lomé pour lancer des programmes de formation de jeunes au développement d’applications mobiles sur la plateforme Android. Nous avons également organisé des formations gratuites sur Pharo, un language de programmation innovant inventé par le Massachussetts Institute of Technology (MIT).

L’adoption récente du projet de loi sur l’accès à l’information et à la documentation publique doit permettre la mise en œuvre d’une politique de l’open data

Nous avons également lancé le concours Appstogo récompensant le créateur de l’application web ou mobile la plus innovante au Togo. Nous aimerions qu’Appstogo serve de levier pour mobiliser la créativité des développeurs vers la mise au point d’applications d’intérêt général. Enfin, nous sommes dans une démarche visant à mettre les informations d’utilité publique à la disposition du citoyen. C’est le sens de l’adoption récente par le gouvernement du projet de loi sur l’accès à l’information et à la documentation publique, qui doit permettre la mise en œuvre d’une politique de l’open data et, par la suite, de promouvoir la réutilisation de ces données par la communauté de développeurs.

Les jeunes Togolais ont-ils les infrastructures nécessaires pour se lancer dans l’économie des Technologies de l’information et de la communication (TIC) ?

En matière d’infrastructure, une connexion internet haut-débit de qualité et peu coûteuse est primordiale. Dans cette optique, des investissements en infrastructure sont réalisés à la fois chez les opérateurs et par l’État. Ainsi en est-il du projet e-gouvernement de déploiement de fibre optique pour relier en haut-débit les administrations et les écoles publiques à Lomé. La mise en œuvre de l’open data nécessite également une connexion adéquate, notamment pour les institutions de l’État.

Nous pouvons parler également de l’initiative de mise à disposition et d’accès gratuit à internet dont ont bénéficié les universités du Togo et les grands centres hospitaliers, dont l’amélioration du fonctionnement est en cours avec un audit de l’infrastructure en fibre optique entrepris depuis quelques mois déjà. De plus, il a été lancé dans plusieurs établissements secondaires pilotes un projet d’intégration des TIC dans l’éducation, nommé projet d’Environnement numérique de travail, qui consiste en l’instauration et en l’utilisation de plateformes éducatives numériques.

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