Le Ghana reporte l’émission d’un eurobond de 1,5 milliard de dollars

Par Jeune Afrique

Vue de la Bourse de New York. Les autorités ghanéennes ont réalisé une tournée de présentation de l'eurobond auprès d'investisseurs américains et britanniques. © Wikimedia Commons

Après l'Angola, c'est au tour du Ghana de repousser l'émission d'un eurobond en raison des conditions défavorables sur les marchés, rapporte "Reuters".

Selon une source gouvernementale citée par l’agence Reuters, le Ghana a repoussé l’émission d’un emprunt obligataire international de 1,5 milliard de dollars dont le lancement était prévu ce vendredi, à l’issue d’un roadshow organisé auprès des investisseurs à Londres et aux États-Unis.

La levée de fonds était censée permettre à Accra de refinancer sa dette (estimée à 70 % du PIB) et intervient après la conclusion par le Ghana d’un programme d’aide avec le Fonds monétaire international en vue de stabiliser son économie.

Selon plusieurs analystes, le report de l’eurobond du Ghana reflète la crainte d’Accra d’avoir à payer des taux plus élevés que prévu en raison des préoccupations actuelles du marché au sujet de l’économie chinoise et d’une possible hausse des taux américains.

Dans un communiqué, le  ministère des Finances ghanéen a déclaré que le pays continue d’étudier l’émission de l’eurobond « en fonction des conditions du marché ».

Garantie

« Je crois que la raison pour laquelle l’emprunt n’a pas été réalisé est que le gouvernement ghanéen a été surpris par un coût de financement plus élevé que prévu », malgré la garantie de 400 millions de dollars apportée par la Banque mondiale, a déclaré un gestionnaire de fonds basé à Londres cité par Reuters. Pour ce financier, le gouvernement ghanéen plancherait désormais sur la levée de 1 milliard de dollars (ou moins) plutôt que les 1,5 milliard de dollars annoncés initialement.

Selon les indicateurs disponibles, la prime moyenne exigée par les investisseurs sur les obligations souveraines des pays africains a crû de 160 points de base au troisième trimestre et se situe à 520 points de base au-dessus des taux des bons du Trésor américain selon l’indice EMBIG des obligations des pays émergents de la banque américaine JP Morgan. La prime sur les obligations du Ghana aurait enregistré, selon la même source, une hausse de 200 points de base durant le troisième trimestre à 914 points de base sur les obligations du Trésor américain.

Conditions

Selon Reuters, le Ghana est le deuxième pays africain à reporter l’émission d’un eurobond au cours des dernières semaines. L’agence a rapporté, le 30 septembre, la décision de l’Angola de retarder l’émission d’un eurobond de 1,5 milliard de dollars en raison des conditions difficiles du marché. Selon la même source, les autorités angolaises ont annulé un roadshow prévu du 25 septembre au 05 octobre.

Si au cours des deux dernières années, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Gabon et le Kenya ont pu émettre des eurobonds avec des coupons de l’ordre de 6 % à 7 %, les marchés internationaux semblent particulièrement exigeants lorsque les ressources levées sont censées refinancer de la dette plutôt que financer des investissements.

Amère

La Zambie en a fait l’amère expérience en juillet dernier. Le pays, dont l’économie a été durement affectée par la chute des cours du cuivre, souhaitait mobiliser entre 1,5 milliard et 2 milliards de dollars. Au final, Lusaka a levé 1,25 milliard de dollars au taux de 9,375 %, soit le taux d’intérêt le plus élevé payé depuis sept ans par un pays subsaharien pour une opération de ce type.

En septembre 2014, le Ghana, confronté à une situation macroéconomique difficile (chute de la monnaie, hausse du déficit, de la dette et de l’inflation), avait levé 1 milliard de dollars au taux de 8,125 %.