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L’insondable Walter Hennig

Pas de photo, pas d'interview... Walter Hennig tient à rester discret. © Superstock/Sipa

Ce businessman sud-africain défraie la chronique pour avoir signé un contrat jugé opaque avec les autorités guinéennes. Mais qui est-il vraiment ?

Après son arrivée au pouvoir, en novembre 2010, le président guinéen, Alpha Condé, a fait appel à des experts internationaux pour réformer le secteur minier (80 % des recettes publiques) et épauler l’État dans les négociations avec les grands groupes. Il a contacté le milliardaire américain George Soros, qui a mobilisé ses réseaux d’avocats et associatifs, mais aussi ses contacts sud-africains, notamment au sein du Congrès national africain (ANC). Forts de leur expérience minière, plusieurs hommes d’affaires de la nation Arc-en-Ciel ont ainsi débarqué à Conakry.

Walter Hennig est l’un d’entre eux. Il a été recommandé par Tokyo Sexwale, figure charismatique de la lutte contre l’apartheid, actuel ministre sud-africain de l’Habitat, mais aussi redoutable chef d’entreprise, qui a fondé et développé le groupe Mvelaphanda. Walter Hennig a notamment dirigé sa filiale d’importation de matériels miniers, Mvelaphanda Logistics, ainsi que Mvelaphanda Industrial Projects, dévolu à l’ingénierie. Lui et Tokyo Sexwale se sont aussi associés pour créer le fonds African Global Capital, détenu par leurs groupes respectifs Palladino Capital et Mvelaphanda, et qui investit dans les projets extractifs en Afrique. L’homme d’affaires a enfin collaboré avec Khulubuse Zuma, neveu du président Jacob Zuma, qui s’est fait connaître notamment par ses acquisitions de permis pétroliers dans la région du lac Albert, en RD Congo.

Les activités du discret Walter Hennig déchaînent aujourd’hui les passions en Guinée. Début juin, le Sunday Times a révélé le contrat de prêt à Conakry de 17 millions d’euros, datant d’avril 2011, que Palladino Capital, immatriculé aux îles Vierges britanniques, a signé avec les ministres guinéens des Mines et de l’Économie. D’après l’hebdomadaire britannique, ce contrat permettrait au groupe sud-africain, en cas de non-remboursement, de devenir propriétaire de 30 % de la Société guinéenne du patrimoine minier (Soguipami), qui, à terme, doit détenir 15 % de participation dans tous les projets miniers du pays (soit une valeur de plus de 8 milliards d’euros).

Mystère

Il a bénéficié du Black Economic Empowerment en s’associant avec des figures proches de l’ANC.

Si, depuis, l’existence d’une telle clause a été vigoureusement démentie par le ministre des Mines, Mohamed Lamine Fofana, et par Palladino Capital, cette affaire a renforcé les inquiétudes sur la gestion du secteur minier guinéen. Les autorités ont signé ce contrat de prêt sans le rendre public, alors qu’elles prônaient plus de transparence. Si Palladino Capital assure que « les intérêts de la République de Guinée ont été protégés », les contreparties obtenues par les Sud-Africains en échange de ce prêt restent obscures. La destination des 17 millions d’euros est aussi un mystère, même si, lors de sa visite en France début juillet, Alpha Condé a assuré que l’État allait les rembourser.

Par ailleurs, une seconde société appartenant à Walter Hennig, Floras Bell, a aussi été en discussion avec les autorités guinéennes en vue d’un accord d’accompagnement de la Soguipami, en échange d’options d’achat au sein de ses filiales. On ne sait pas jusqu’où sont allées les négociations… Pour l’avocat français Christophe Asselineau, qui connaît Walter Hennig, « ce déchaînement médiatique pourrait aussi être dû à une manoeuvre d’entreprises minières rivales. Le fait qu’une société privée soit associée à l’examen des conventions minières signées précédemment a pu déplaire à certains ».

Origine namibienne

Contacté via son agent sud-africain Chris Vick, ancien conseiller spécial de Tokyo Sexwale, Walter Hennig n’a pas souhaité répondre à Jeune Afrique. Des dirigeants subsahariens familiers du milieu minier sud-africain indiquent qu’il serait d’origine namibienne, issu d’une famille aisée active dans les secteurs du diamant et de l’agriculture. Par le passé, il a notamment travaillé avec la firme sud-africaine diamantifère Trans Hex dans le montage de projets en Angola. À l’instar d’autres hommes d’affaires sud-africains blancs, il est critiqué pour avoir bénéficié des politiques du Black Economic Empowerment en s’associant avec des figures noires influentes proches de l’ANC, comme Tokyo Sexwale, Khulubuze Zuma ou Cyril Ramaphosa.

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