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Public-privé, pour un dialogue de qualité

Paris, rue d'Auteuil. Au centre, le modérateur Frédéric Maury (J.A.), puis, de gauche à droite : Jean-Luc Ricci (HEC), Roland Riboux (Fludor Bénin), Ignace Clomegah (Afrique Audit & Consulting), Olivier Behle (Behle & Associés), Jean-Michel Meyer (J.A.), Lassiné Diawara (Mabucig) et Henri-Claude Oyima (BGFI Bank). Vincent Fournier pour JA ©

À l'occasion d'une table ronde organisée par Jeune Afrique et HEC, sept patrons ont évoqué la nature des relations entre États et entreprises. Compte rendu non exhaustif.

« Pour l’entreprise, les fonctionnaires sont des bons à rien, et pour la fonction publique, les chefs d’entreprise sont des truands et des voleurs. » C’est sur cette hypothèse de départ, volontairement provocatrice, que s’est ouvert le débat organisé le 20 juin par Jeune Afrique dans ses locaux, en partenariat avec l’École des hautes études commerciales (HEC). Un rendez-vous de haut niveau dont l’ambition était de confronter les points de vue de responsables économiques et de patrons africains sur la question des rapports entre les États et le secteur privé.

Premier constat : malgré des classements comme « Doing Business », où la plupart des pays d’Afrique subsaharienne francophone tutoient les profondeurs, le son de cloche du privé n’est pas si négatif. Un peu partout, en effet, le dialogue public-privé s’est mis en place. « Pendant longtemps, le politique est venu avant l’économique, mais cela a peu à peu changé », a ainsi précisé l’un des participants.

Les décideurs politiques et économiques semblent désormais s’accorder pour placer la croissance au coeur des enjeux. Ignace Clomegah, associé gérant du cabinet Afrique Audit & Consulting et conseiller spécial du chef de l’État togolais, le souligne : « Notre président a tout de suite demandé à HEC d’assurer la formation des fonctionnaires afin qu’ils changent de paradigme vis-à-vis du secteur privé. » André Fotso, à la tête du Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam), se félicite quant à lui de l’existence de deux instruments : « D’une part, nous avons le Cameroon Business Forum, dont l’ambition est de gommer les entraves aux affaires et au sein duquel nous nous réunissons tous les trois à six mois pour faire des recommandations et les évaluer. D’autre part, dans le cadre de nos concertations avec le ministre des Finances, nous avons mis en place un comité d’accélération de la croissance, qui a identifié les filières – agriculture, agro-industrie, tourisme, nouvelles technologies… – qui peuvent porter celle-ci. » Un élément clé, selon Roland Riboux, PDG de Fludor Bénin (huiles alimentaires) : « L’État doit offrir des alternatives aux gens qui sont sur place, et, pour cela, déterminer quelles sont les filières d’avenir. Si les pays africains arrivent à avoir une politique de filières, ils pousseront les entrepreneurs à aller plus loin. »

Accompagnement

Manque d’infrastructures, porosité des frontières, faiblesse des politiques économiques, retard dans l’intégration économique… Les problématiques communes aux secteurs public et privé sont nombreuses. Mais quelles sont les priorités des hommes d’affaires ? Outre une fiscalité incitative, « l’intégration régionale est une nécessité, car il nous faut de véritables marchés, a rappelé Olivier Behle, associé gérant du cabinet Behle & Associés. Cette intégration permettra de bâtir de solides entreprises aptes à être concurrentielles au niveau international ». Les infrastructures sont également citées. « Leur développement est indispensable, mais il faut aussi de l’accompagnement, notamment dans la modernisation du secteur privé », a insisté Lassiné Diawara, président du conseil d’administration de la Manufacture burkinabè de cigarettes (Mabucig). « Comment parler de croissance quand vous n’avez pas d’électricité ? » a pour sa part demandé Daouda Thiam, président d’Ecopharm, un grossiste en médicaments au Sénégal.

Comment pouvez-vous parler de croissance quand vous n’avez pas d’électricité ?
Daouda Thiam, président d’Ecopharm

Les patrons ont par ailleurs appelé les États à davantage de protection vis-à-vis d’un secteur privé local souvent fragile. « Les nationaux ne peuvent pas rester à l’écart des affaires, a souligné l’un des participants. Dans beaucoup de pays à travers le monde, il faut un partenaire local pour s’installer. Les États africains sont dans leur rôle lorsqu’ils poussent à plus de nationalisme. » Dans leur rôle, aussi, lorsqu’ils demandent davantage aux entreprises privées. « Les pouvoirs publics, en échange, veulent que le secteur privé soit pleinement impliqué dans le domaine productif, a expliqué Henri-Claude Oyima, patron des patrons gabonais et PDG de BGFI Bank. Chaque entreprise doit faire ses propositions pour s’impliquer dans le programme d’émergence du pays. » Ainsi, au Cameroun, le Gicam travaille en amont pour se positionner comme une véritable force de proposition : « Les sujets de dialogue avec les pouvoirs publics sont identifiés, mais nous nous sommes de notre côté organisés pour réfléchir et bien structurer nos propositions », souligne André Fotso.

Reste, pour le secteur privé, un problème fondamental : l’implication de fonctionnaires et souvent même de hauts responsables au pouvoir dans le monde des affaires. « De manière générale, pour qu’un secteur public soit considéré comme un interlocuteur sérieux, il faut que le pouvoir soit légitime et bien élu, a souligné l’un des participants. Il y a des acteurs qui sont publics le jour et privés le soir. Ils s’octroient des marchés à eux-mêmes. Il faut que public et privé soient davantage séparés. » Une assertion approuvée par tous. 

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