Les soins primaires, le premier pas vers des systèmes de santé plus solides

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John Dramani Mahama est président du Ghana.

L'épidémie d'Ebola a montré au grand jour la faiblesse des structures de premiers soins en Afrique. © Abbas Dulleh/AP/SIPA

La crise de l’Ebola a mis en relief de graves lacunes dans la capacité de la communauté internationale à fournir des services médicaux d’urgence vitale. Les dirigeants ont la responsabilité de mettre en œuvre une intervention efficace pour prévenir de futures épidémies.

C’est pourquoi j’organiserai samedi prochain, aux côtés de la Chancelière allemande Angela Merkel et de la Première ministre norvégienne Erna Solberg, une réunion de haut niveau à New York pour attirer l’attention sur la nécessité de renforcer les systèmes de santé et d’améliorer la capacité à répondre à des menaces sanitaires d’ampleur mondiale. Cet appel, qui intervient alors que s’ouvre l’Assemblée générale des Nations Unies, réaffirme l’engagement commun en faveur de ces objectifs que nous avions pris plus tôt dans l’année.

L’épidémie d’Ebola a pris de nombreux pays au dépourvu, y compris ceux qui n’ont pas été directement touchés. Elle nous a cependant permis de tirer des enseignements essentiels sur les mesures qui s’imposent.

L’un d’entre eux est que les lacunes au niveau des systèmes de santé ne compromettent pas seulement la riposte aux situations d’urgence, mais aussi la santé publique et le développement durable. C’est la raison pour laquelle nous devons prendre des mesures qui permettront à la fois d’éviter toute nouvelle crise et de faire face aux nombreux défis auxquels les pays sont sans cesse confrontés au quotidien.

Premier point de contact

Dans un premier temps, il faut consacrer davantage d’attention, de compétences et de ressources à la mise en place d’une offre solide en soins de santé primaires, qui constitue la pierre angulaire de tout système de santé performant.

Des soins de santé primaires efficaces peuvent servir de premier point de contact pour les personnes qui nécessitent une prise en charge, en leur donnant accès à des conseils en matière de planification familiale, à des vaccins pour leurs enfants et à des traitements.

Dans un système de santé fonctionnant correctement, les agents de santé qui assurent ces services à domicile ou dans des cliniques sont des héros qui répondent à l’immense majorité des besoins de la communauté, avant même qu’ils ne dégénèrent en urgences.

Il est inacceptable que nos enfants, nos parents et nos frères et sœurs continuent de succomber à des problèmes de santé qui auraient pu être évités

Pourtant, dans beaucoup trop d’endroits, les soins de santé primaires demeurent le maillon faible du système de santé. Mon propre père est décédé d’un cancer de la prostate et ma mère, d’un cancer du sein : deux maladies qui, bien que souvent mortelles, peuvent être évitées ou soignées si elles sont dépistées tôt.

Il est inacceptable que nos enfants, nos parents et nos frères et sœurs continuent de succomber à des problèmes de santé qui auraient pu être évités ou mieux gérés avec un système efficace de soins de santé primaires.

Dans leurs efforts dans ce domaine et pour améliorer leurs systèmes de santé dans leur globalité, les pays peuvent s’inspirer de plusieurs expériences concluantes.

Le Programme de mobilisation sanitaire de l’Éthiopie a ainsi permis de renforcer les soins de santé primaires dans les zones rurales en formant de nouveaux agents de santé, qui proposent aux communautés un éventail complet de services de santé. L’immense majorité des Éthiopiens a aujourd’hui accès à des soins de santé primaires et le pays commence à constater des progrès notables en matière de santé.

Le Rwanda a quant à lui intégré plusieurs services de prise en charge de maladies dans son offre de soins de santé primaires, faisant ainsi chuter la mortalité liée au VIH, à la tuberculose et au paludisme de plus de 75 % en l’espace d’une décennie.

Mon pays, le Ghana, a également pris des mesures importantes pour améliorer les soins de santé primaires. Dans les années 1990, nous avons lancé le Programme communautaire de planification sanitaire et de services de santé (CHPS), qui a permis de passer de services localisés dans des établissements de santé à des services mobiles et communautaires, plus à mêmes d’atteindre les personnes qui en ont besoin. Ce programme s’appuie sur des infirmiers spécialement formés, qui sont chargés de fournir des services de santé au domicile des patients, dans les écoles et les centres communautaires sur une zone géographique donnée, avec le soutien de bénévoles et de dirigeants communautaires locaux.

Progrès considérables

Pour que ces services restent accessibles financièrement, nous avons également mis en place en 2003 un système national de sécurité sociale, qui couvre plus de 95 % des problèmes de santé rencontrés par les familles.

Bien sûr, il reste du chemin à parcourir. Tous les citoyens de mon pays n’ont pas encore accès aux services de santé abordables et de qualité qu’ils méritent. Nous commençons cependant à entrevoir des progrès considérables.

Le nombre d’enfants qui décèdent avant leur 5e anniversaire a diminué de plus de 30 % au cours des 15 dernières années. L’espérance de vie ne cesse de progresser grâce aux efforts déployés pour endiguer la propagation et l’impact du VIH, du paludisme, de la tuberculose et d’autres maladies endémiques.

À New York, j’entérinerai aux côtés des autres chefs d’État le cadre mondial pour le développement durable, qui nous engage à agir dans de nombreux domaines (éradication de la pauvreté, promotion de la paix et de la sécurité, amélioration des possibilités offertes à tous et droit de vivre en bonne santé).

J’appelle mes amis du gouvernement, du secteur privé et de la société civile à renforcer les soins de santé primaires, car il s’agit là d’une condition essentielle au développement durable. C’est seulement à ce prix que nous arriverons à répondre aux besoins des populations, à éviter de prochaines crises sanitaires profondément néfastes et à réaliser notre projet commun de parvenir au développement durable dans le respect de la dignité de tous.

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