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Industrie : Utexi, le phénix du textile

Le secteur (ici la société FTG, à Bouaké), a été malmené par les crises politico-militaire et cottonière, la contrebande et la contrefaçon asiatique. © Georges Gobet/AFP

Dix ans après sa fermeture, l'usine de filature et de tissage Utexi s'apprête à rouvrir ses portes. Son repreneur, Sotexi, un pool d'actionnaires privés ivoiriens, compte y injecter 15 millions d'euros en cinq ans.

Créée en 1973, l’Union industrielle textile de Côte d’Ivoire (Utexi) était fermée depuis 2002. Victime, d’une part, de la crise politico-militaire qui a éclaté cette année-là et, d’autre part, de ses propres difficultés financières, avec des dettes s’élevant à plus de 13 millions d’euros. Ayant trouvé un repreneur, l’usine de filature et de tissage de Dimbokro, dans le centre du pays, devrait rouvrir prochainement. « Le meilleur a gagné. Le prix de cession des actifs a été plafonné à 1,361 milliard de F CFA [environ 2,1 millions d’euros, NDLR]. Le sauvetage de ce bel outil industriel permettra de reprendre la production de tissus et de fibres made in Côte d’Ivoire », confie Jean-Luc Ruelle, patron Afrique francophone de KPMG, le cabinet de conseil qui a représenté l’usine lors de sa liquidation.

Payé cash

De fait, la bataille pour la reprise d’Utexi a tourné à l’avantage d’un pool d’actionnaires privés ivoiriens regroupés au sein de la Société des textiles de Côte d’Ivoire (Sotexi). Plusieurs opérateurs convoitaient l’entreprise. La Compagnie ivoirienne pour le développement des textiles (CIDT, société d’État) avait mis sur la table 2,3 millions d’euros et proposé un cautionnement sur trois ans. L’homme d’affaires ivoirien d’origine libanaise Yasser Ezzedine, patron de la Compagnie de distribution de Côte d’Ivoire (CDCI), proposait de son côté 2 millions d’euros, avec un mode de paiement de 20 % au comptant et 80 % sur trois ans. Finalement, Sotexi a payé cash 2 millions d’euros et a immédiatement lancé son programme d’investissement.

La fabrique pourrait employer 1 000 personnes pour commencer.

La société repreneuse est dirigée par Vassiriki Konaté, un homme d’affaires de 39 ans qui a notamment été le directeur commercial des assurances du Groupe Atlantique et qui s’est depuis reconverti dans l’agrobusiness (anacarde, cacao, transformation d’agrumes…). Sa proximité avec le patron du Groupe Atlantique, Bernard Koné Dossongui, lui a permis d’obtenir rapidement un financement de Banque Atlantique Côte d’Ivoire (Baci) de 2,5 millions d’euros pour la réhabilitation de l’usine. Sotexi a par ailleurs entamé des discussions avec la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) pour l’octroi d’un prêt de 8 millions d’euros. « Nous prévoyons d’injecter au moins 15 millions d’euros dans les cinq ans à venir pour la première phase de notre plan de développement et nous diversifier [dans l’amidonnage notamment] à moyen terme. Mais l’urgence est la remise en état des infrastructures, qui coûtera 3 millions d’euros », explique Vassiriki Konaté.

Exporter

Avant sa fermeture, Utexi avait un chiffre d’affaires annuel de 96 millions d’euros, pour une production annuelle d’environ 5 millions de mètres de tissu et de 15 millions de mètres de fibres. Quelque 20 % de cette production étaient destinés aux industriels locaux, et 80 % à l’exportation. Les nouveaux acquéreurs projettent de tripler la production dans les cinq années à venir, pour atteindre un chiffre d’affaires de 320 millions d’euros. « Nous visons essentiellement le marché européen pour les tissus et le marché américain pour les fibres », assure Vassiriki Konaté, qui espère des retombées de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa, loi qui facilite les exportations africaines aux États-Unis).

La réouverture de l’usine est prévue avant la fin de l’année. Elle pourrait employer 1 000 personnes pour commencer. Mais la tâche ne sera pas aisée pour les repreneurs, alors que l’industrie textile ivoirienne a été malmenée par les crises politico-militaire et cotonnière, la contrebande et la contrefaçon asiatique. 

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