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Les opérateurs virtuels parient sur la France

Le britannique Lebara revendique 3,8 millions de clients dans huit pays. Vincent Fournier/JA ©

Le marché hexagonal des appels low cost vers l'international, en particulier l'Afrique, est estimé à plus de 7 millions de clients. Une manne que convoite notamment SFR, dernier arrivé dans ce secteur.

Buzz Mobile, l’opérateur de réseau mobile virtuel (MVNO, pour mobile virtual network operator) du groupe français SFR, s’est lancé le 12 juin sur le marché hexagonal des appels low cost vers l’international. Plus d’un mois après, son directeur général délégué, Joël Thivet, ne cache pas sa satisfaction. « Il est un peu tôt pour communiquer des chiffres, mais le lancement a démarré très fort. Notre site internet a été pris d’assaut et nos résultats dépassent nos attentes pour juin et début juillet », explique-t-il.

Cliquez sur l'image.SFR est le premier opérateur français à s’intéresser à ce marché. Il était déjà propriétaire de Mobisud, mais ce MVNO, dissous au profit de Buzz Mobile, qui en récupère les actifs, n’était destiné qu’au marché maghrébin. Si SFR a franchi le pas (alors qu’Orange et Bouygues se contentent de louer leur réseau), c’est en raison de la croissance du secteur, indique Joël Thivet. De fait, selon l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), les appels vers l’étranger ont augmenté depuis l’apparition des MVNO dits ethniques (qui ciblent des communautés et, par conséquent, des destinations spécifiques), en 2010. Ils ont crû de 48,2 % au premier trimestre 2012, et les revenus liés, de 13 %, à 255 millions d’euros. Grégoire Le Masne, fondateur de l’agence de conseil Etnidev, estime que « ce sont surtout les parts de marché perdues par SFR et Orange dans le secteur du prépayé au profit des MVNO ethniques, également actifs sur le national, qui ont poussé le premier à réagir ».

Guerre des tarifs

Dans ses publicités de lancement, Buzz Mobile compare sa grille tarifaire à celle des trois leaders du secteur : Ortel Mobile, Lebara et Lycamobile (plus de 200 000 usagers). Vers toutes les destinations, notamment en direction de l’important marché africain, le nouveau venu est le moins cher, suivi de Lycamobile (voir tableau). « Je suis très inquiet pour eux, car ils vont perdre beaucoup d’argent à ces niveaux de tarifs », ironise Karim Benkirane, directeur général d’Ortel Mobile France.


À trois, ça devenait compliqué, alors à quatre…
Karim Benkirane, Ortel Mobile France

Avec 8 millions de clients dans quatorze pays (dont treize européens), Lycamobile est le leader européen des opérateurs virtuels « ethniques ». Son concurrent Lebara en revendique 3,8 millions dans huit pays. Rare opérateur à communiquer ses résultats, ce dernier a annoncé un chiffre d’affaires de 648 millions d’euros en 2011 (+ 15 %), un résultat d’exploitation de 20 millions d’euros et une hausse de sa base clients de 27 %. Face à ces deux leaders, Turkcell, en 2011 en Allemagne, et China Telecom, en juin en Grande-Bretagne, ont innové en proposant des services à leurs seules communautés respectives. China Telecom compte s’attaquer dès cette année au marché des 700 000 Chinois vivant en France.

Des offres « ethniques »

Pour vendre des cartes SIM et des recharges prépayées, les MVNO exploitent le réseau national d’un opérateur doté d’une licence et négocient du temps d’appel partout dans le monde. Or « certains opérateurs ont augmenté leurs tarifs vers certaines destinations, poursuit Karim Benkirane. C’est le cas pour l’Algérie ou le Maroc et, en vendant la minute à 0,19 euro vers ces pays, je me demande combien de temps Buzz Mobile va tenir ». Joël Thivet l’assure pourtant : « Nos prix sont au plus juste. Comme ceux de tous les opérateurs, ils sont amenés à évoluer, à la baisse ou à la hausse. Mais les changements seront mineurs et beaucoup de tarifs resteront compétitifs. » Le 19 juillet, fin de validité de la première grille tarifaire de Buzz Mobile, les prix ont augmenté vers la Côte d’Ivoire et le Mali. S.A.-H

Le marché français, estimé selon les MVNO à 7 millions ou 8 millions de clients pour un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros, est l’un des derniers à avoir été investi par les leaders du secteur. Ortel Mobile, filiale de l’opérateur néerlandais KPN, est arrivé en mars 2010 sur le réseau de Bouygues Télécom, avant de rejoindre Orange. Il a été suivi des deux ennemis britanniques que sont Lebara, deux mois plus tard, et Lycamobile, un an après, également chez Bouygues – sans doute parce que cet opérateur n’avait « pas d’intérêt dans le secteur communautaire prépayé », estime Grégoire Le Masne.

Et Virgin Mobile ?

« À deux, c’était très bien ; à trois, ça devenait compliqué, alors à quatre… Il nous faudra faire preuve d’innovation », estime Karim Benkirane, oubliant de citer les MVNO de second plan que sont Symacom, Phenix Mobile ou Eagle Télécom. Il souligne que, sur les marchés européens, plus matures, des opérateurs ont déjà disparu. Mais il en faudrait apparemment plus pour décourager le britannique Virgin Mobile, doyen des opérateurs virtuels, qui, d’après le quotidien Le Monde, songerait à lancer à son tour en France une offre low cost vers l’international.

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