COP21 – Fatima Denton : « Le fonds vert de l’ONU pour le climat n’est pas suffisant »

L'Afrique est particulièrement vulnérable au changement climatique. © AFP

À quelques semaines de la 21e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP21), la coordinatrice du Centre africain pour la politique en matière de climat, Fatima Denton revient sur trois enjeux cruciaux de l'accord de Paris.

Jeune Afrique : Les négociations actuelles permettront-elles d’obtenir les financements nécessaires à la lutte contre le changement climatique lors de la Cop21 ?

Fatima Denton : Lorsqu’on parle des finances climatiques, on évoque la responsabilité historique des pays industrialisés sur les émissions de gaz à effet de serre. La question sur les finances climatiques est l’une des plus complexes dans les négociations actuelles. Aucune architecture financière ne nous permet actuellement d’aborder tous les problèmes. Nous avons maintenant le fonds vert pour le climat [de l’ONU], doté de plus de 10 milliards de dollars, mais ce n’est pas suffisant.

Il existe certes d’autres sources de financements, à la fois privées et publiques. Mais la principale problématique reste l’adéquation. Avons-nous assez de fonds pour l’atténuation du changement climatique mais aussi pour l’adaptation à ces changements [qui consiste à réduire la vulnérabilité des sociétés au changement climatique, NDLR] ? Les fonds ont-il une vision ?

Les contributions nationales africaines sont-elles trop centrées sur l’atténuation ?

Je pense effectivement que les contributions africaines pour la COP21 sont trop axées sur l’atténuation. Cela est lié au contexte.  Notre perception sur le changement climatique et sur la façon dont nous allons en gérer les conséquences a changé. Nous sommes dans un autre système où tout le monde est responsable de l’atténuation du changement climatique. Dans cette démarche qui dit : « Montre nous comment tu réduis tes émissions », je pense qu’il y a très peu d’attrait sur l’adaptation. Mais, je tiens à souligner que le groupe des négociateurs africains s’est battu à Lima à la COP20 pour intégrer dans le texte final la notion d’adaptation.

Contrairement à certains pays industrialisés, êtes-vous pour l’intégration dans l’accord de Paris de la notion des « pertes et dommages » – qui fait référence aux préjudices inévitables subis en raison du changement climatique ?

Oui, je suis pour. Je suis pour les discussions. Les pertes et dommages représentent un ensemble de questions complexes pour la plupart des pays industrialisés sur la responsabilité et le financement. Mais, on ne doit pas associer cette notion à l’adaptation. Les pertes et dommages vont au-delà de l’adaptation. Il faut voir quel mécanisme peut être mis en œuvre. Cette notion est perçue d’un point de vue économique et aussi culturel en Afrique. Les Petits États insulaires en développement (PEID) sont déjà dans une situation d’extrême vulnérabilité et parfois dans une extrême pauvreté. Ils doivent sauver les pertes en terme d’infrastructures.

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