Pierre Rabhi, Nnimmo Bassey… : 10 personnalités qui font avancer l’écologie en Afrique

Pierre Rabhi, Nnimmo Bassey, Haïder el Ali © Mathiesen/AP/SIPA ; Patrick Lazic ; Vincent Fournier/JA

À quelques semaines de l'ouverture de la COP21, grand-rendez-vous sur le climat qui aura lieu à Paris du 30 novembre au 11 décembre, Jeune Afrique s'est penché sur les personnalités du continent qui font de l'écologie leur combat.

Qui pour succéder à la Kényane Wangari Muta Maathai, première africaine à emporter le prix Nobel de la paix pour son combat en faveur de l’environnement ou encore au Nigérian Ken Saro-Wiwa, militant écologiste exécuté en 1995 ?

Si ces deux figures tutélaires de l’écologie en Afrique ne sont plus, de nombreux Africains leur ont depuis emboîté le pas.

Hommes et femmes politiques, citoyens et scientifiques engagés : sélection de 10 personnalités africaines qui font avancer l’écologie.

 

Le Nigérian Nnimmo Bassey

Mathiesen/AP/SIPA

Nnimmo Bassey, lors de la réception de son prix Rafto en 2012 à Bergen, en Norvège. © Mathiesen/AP/SIPA

S’il fallait désigner un successeur à Ken Saro-Wiwa, le nom de Nnimmo Bassey serait probablement sur toutes les lèvres. Auréolé d’une pluie de récompenses pour son combat en faveur de l’environnement, celui qui présidait l’ONG Les Amis de la Terre jusqu’en 2012 est l’ennemi numéro un de l’industrie pétrolière au Nigeria, dans la droite ligne de Ken Saro-Wiwa. Il dirige aujourd’hui la fondation Health of Mother Earth.

À 57  ans, cet architecte de formation est en effet un infatigable défenseur des populations du delta du Niger, région sévèrement polluée par les activités pétrolières. Son combat n’en a pas seulement fait la cible des industriels, ses positions lui ont également valu d’être dans le collimateur des autorités. Dans les années 1990, il fut à plusieurs reprises illégalement arrêté. Malgré ces tentatives d’intimidation, le Nigérian n’en a pas moins cessé ses activités militantes, également dirigées contre les Organismes génétiquement modifiés (OGM).

Un combat récompensé par de nombreux prix, dont le Right Livelihood – surnommé par ses promoteurs le « Nobel alternatif » – ou encore par le prix Rafto. En 2009, le magazine américain Time l’a également désigné parmi les « Heroes of the Environment« , littéralement les « héros de l’environnement ».

Pierre Rabhi

@Patrick Lazic

Pierre Rabhi. © @Patrick Lazic

Pierre Rabhi, français né en Algérie en 1938, est l’un des écolos les plus connus et écoutés du continent. Et pour cause, c’est aux côtés de Thomas Sankara que l’agriculteur met dès le début des années 1980 le Burkina Faso sur la voie de l’agroécologie, agriculture durable expérimentée dans sa ferme du sud de la France.

« Le succès fut tel que le président Sankara m’a ensuite chargé de participer à l’orientation de son plan pour l’agriculture », explique Pierre Rhabi à Jeune Afrique. L’assassinat de Thomas Sankara mettra un terme provisoire à cette collaboration. L’aventure a aujourd’hui repris au Burkina Faso aux côtés de Blandine Sankara, sœur de l’ancien président. Avec le même objectif : convertir les agriculteurs africains à l’agroécologie.

La Kényane Phyllis Omido

Surnommée l’Erin Brockovich de l’Afrique de l’Est par le quotidien britannique The Guardian, Phyllis Omido, récompensée par le prix Goldman pour l’environnement 2015, s’est fait connaître pour avoir réussi à mobiliser les habitants de Mombasa contre une usine implantée dans un quartier pauvre de la ville. Un combat d’abord personnel, engagé après avoir réalisé que son propre lait maternel était contaminé au plomb. Phyllis Omido avait alors été embauchée dans l’usine de fonderie. Depuis 2009, l’entreprise souillait les ruisseaux des environs.

Une pollution massive puisque d’autres enfants furent ainsi contaminés au plomb, puissant agent toxique, particulièrement nocif pour les enfants. La Kényane engage alors un long combat contre l’usine, qui fermera finalement ses portes en 2014. Une victoire pour Phyllis Omido, qui a depuis engagé à travers son ONG d’autres combats en faveur de l’environnement.

Le Sénégalais Haïdar el Ali

Vincent Fournier/JA

Haïdar el Ali, ancien ministre de l'Environnement sénégalais. © Vincent Fournier/JA

Si son engagement l’a promu au rang de ministre de l’Environnement sous Macky Sall, c’est peut-être aussi ce qui a causé son départ du gouvernement. « J’ai dérangé, j’ai été dégommé », confirmait-il d’ailleurs dans un entretien à Jeune Afrique. Né au Sénégal de parents Libanais venus s’installer dans les années 1940, Haïdar el Ali reste malgré sa déconvenue politique un haut-parleur de l’écologie en Afrique.

Convaincu que le continent doit faire sa révolution verte, il a poussé les Verts africains à se structurer au sein de la Fédération des partis écologistes africains. S’il conserve donc des ambitions politiques, Haïdar el Ali n’en dénonce pas moins la corruption qui contribue selon lui au pillage des ressources naturelles des États africains.  « Tout le système est basé sur la finance et la croissance, qui ont pour effet de corrompre et donc de diriger et de dominer les quelques personnes au pouvoir », expliquait-il à Jeune Afrique.

Le Malien Seyni Nafo

 OLIVIER POUR J.A.

Lors d'un passage à Abidjan, le 16 septembre. © OLIVIER POUR J.A.

Il y a fort à parier que Seyni Nafo sera dans quelques semaines bien plus médiatisé. Ce Malien de 34 ans portera en effet la voix de tout un continent lors des négociations de la COP21 de décembre à Paris, dont l’objectif est d’arracher un accord mondial pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés. Des tractations pour le moins compliquées, lors desquelles le futur président du groupe Afrique à l’ascension fulgurante jouera un rôle clé.

Et à en croire son entourage qui loue ses nombreuses qualités – pragmatisme en tête -, ce fils de grand banquier spécialiste de la finance internationale a tout pour convaincre. À l’aise en français, en anglais, en arabe mais aussi en bambara, sa langue natale, Seyni Nafo a également appris le subtile langage de la négociation. Une compétence qui devrait donc lui servir ces prochains jours.

La Kényane Ikal Angelei

Ikal Angelei, lauréate du prix Goldman pour l’environnement en 2012, est originaire du bassin du lac Turkana, niché entre le Kenya et l’Éthiopie. Un site reconnu pour ses vestiges préhistoriques, prisés des archéologues. Exploité par les projets d’irrigation, le niveau du lac baisse, favorisant des flambées de violence entre les communautés dépendantes du lac depuis des années. La situation se tend d’autant plus en 2006, lorsque le projet de centrale hydroélectrique Gibe III en Ethiopie est annoncé, menaçant d’assécher considérablement le Turkana et ses ressources halieutiques.

C’était sans compter Ikal Angelei. L’anthropologue oeuvre pour que les communautés divisées du lac se rassemblent, et porte leur voix devant le parlement kényan. Une mobilisation également soutenue par l’Unesco en raison du patrimoine mondial que représente le lac. « Plus impressionnant encore, Ikal Angelei a réussi à convaincre des banques majeures, comme la Banque mondiale,  la Banque européenne d’investissement ou la Banque africaine de développement de retirer leur considération de financer la centrale », explique le site du prix Goldman. Reste que malgré son action, la centrale menace toujours le lac. « Le lac Turkana risque de disparaître, et la santé et les moyens de subsistance des populations autochtones de la région risquent de disparaître avec lui », affirme Joseph Amon, directeur de la division Santé et droits humains à Human Rights Watch.

Le Congolais Tosi Mpanu-Mpanu

Tosi Mpanu-Mpanu

Tosi Mpanu-Mpanu © Tosi Mpanu-Mpanu

Après avoir assisté au premier rang au fiasco du sommet de Copenhague sur le climat en 2009, Tosi Mpanu-Mpanu garde espoir que le grand rendez-vous de Paris aboutisse à l’accord attendu. Ancien président du groupe Afrique en 2010, il sera dès janvier à la tête du groupe des « pays les moins avancées ». Un futur poste qui ne le détourne pas du continent : ce Congolais de 41 ans est aujourd’hui l’un des principaux négociateurs du groupe Afrique pour la COP21.

En bon diplomate – il a passé quatre ans au ministère des Affaires étrangères de la RDC avant d’œuvrer au ministère de l’Environnement  -, il sait que l’argent « sera le nerf de la guerre » lors des négociations. Tosi Mpanu-Mpanu suit donc de près la question financière depuis le conseil d’administration du Fonds vert, gigantesque cagnotte internationale destinée à appuyer la transition énergétique des États les plus pauvres de la planète. Un enjeu de taille, et dont la réussite est encore loin d’être assurée, tant les pays riches rechignent encore à mettre la main au portefeuille. Mais pour s’être lancé (sans succès) en 2006 dans la politique en RDC, ce n’est donc pas la première fois que Tosi Mpanu-Mpanu se retrouve avec une épine dans le pied.

Les Gabonais Marc Ona Essangui et Lee White

Vincent Fournier pour J.A.

Marc Ona Essangui. © Vincent Fournier pour J.A.

Marc Ona Essangui est sur tous les fronts. Également connu pour ses prises de position et son opposition au président Ali Bongo Ondimba, le Gabonais est aussi l’une des figures de la défense de l’environnement au Gabon. Un engagement que ce dernier mène avec Brainforest, l’ONG dont il est le président-fondateur. Son principal fait d’arme : s’être opposé au projet Belinga, gigantesque projet d’exploitation du minerai de fer dans la région enclavée de l’Ogooué-Ivindo.

Cette bataille lui a valu de remporter, en 2009, le prix Goldman pour l’environnement. Mais aussi quelques problèmes, puisque son passeport lui avait été retiré, l’empêchant ainsi de se rendre aux États-Unis pour recevoir son prix. Depuis cet épisode, Marc Ona Essangui a également investi l’espace politique gabonais, devenant un opposant des plus virulents. Un engagement politique qui lui vaut donc de s’opposer régulièrement à l’autre figure de l’environnement au Gabon, le scientifique Lee White, secrétaire exécutif de l’Agence nationale des parcs nationaux. Ce britannique, naturalisé gabonais, est aujourd’hui considéré comme l’homme qui a verdi la politique d’Omar Bongo Ondimba puis de son fils, Ali.

Le Zimbabwéen Tichafa Makovere

Pionnier de la permaculture, le scientifique Zimbabwéen prêche en Afrique de l’est les bienfaits de la permaculture, pratique et philosophie consistant à développer une agriculture respectueuse et sensible à son environnement naturel. Si Tichafa Makovere reste un homme discret, ses disciples ont réussi à trouver une oreille attentive auprès des agriculteurs. Notamment en Éthiopie, où Asmelash Dagne applique à la lettre ses consignes et sillonne les routes pour convaincre des bienfaits de la permaculture, racontait un reportage de Terra Eco. Depuis, les plantations agricoles inspirées de la permaculture essaiment de plus en plus en Éthiopie.

La Rwandaise Rose Mukankomeje

Scientifique et biologiste de formation, Rose Mukankomeje est désormais chargée de faire en sorte que le Rwanda respecte et applique les normes environnementales auxquelles le pays a souscrit. « Nous souffrons du changement climatique, mais nous ne devons pas pour autant croiser les bras et attendre. Il faut nettoyer sa maison avant de demander aux voisins de nettoyer la leur », explique à Jeune Afrique cette Rwandaise de 56 ans. Directrice du Rema, l’agence nationale consacrée à l’environnement, Rose Mukankomeje devrait faire partie du voyage de la délégation rwandaise à Paris pour la COP21. Ancienne députée et ministre, l’action de Rose Mukankomeje en faveur de l’environnement et contre la déforestation a été récompensée par le prix « Forest Hero » des Nations unies.

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