Footballeurs africains au Kazakhstan, un exotisme payant

Foxi Kéthévoama (c.) du FC Astana face à l'Apoel Nicosie, en qualification pour la Ligue de Champions, le 25 août 2015 à Chypre. © Petros Karadjias / AP / SIPA

Qualifié pour la phase de poules de la Ligue des Champions , le premier club du Kazakhstan, le FC Astana, compte trois Africains. Deux d’entre eux, le Congolais (RDC) Junior Kabananga et le Centrafricain Foxi Kéthévoama, témoignent de leur vie dans cette ancienne république soviétique située en Asie centrale mais dont la fédération a rejoint l’UEFA en 2002.

« Personne ne s’attendait à ce que nous nous qualifiions pour la phase de poules de la Ligue des Champions. Nous devions être les seuls à y croire ! », rigole Foxi Kéthévoama (29 ans), milieu de terrain centrafricain du FC Astana. Pour la première fois de son histoire, le Kazakhstan vient de placer un club dans le haut du panier du football européen. « À notre retour de Chypre, où nous avons obtenu notre qualification face à l’Apoel Nicosie (1-0, 0-0), il y a avait du monde à l’aéroport pour nous accueillir, et même le gouverneur », se souvient Kéthévoama.

Salaires net d’impôts

Le FC Astana, fondé en 2009 et champion du Kazakhstan en 2014, a recruté hors de ses frontières pour atteindre cet objectif. Après une défaite inaugurale à Benfica (Portugal), son premier adversaire le 15 septembre dernier à Lisbonne (0-2), il croisera désormais d’autres cadors de la compétition tels l’Atletico Madrid (Espagne) ou le Galatasaray Istanbul. « J’avoue que j’ai réfléchi pendant près de trois mois quand on m’a proposé d’aller jouer au Kazakhstan », dit le Congolais Junior Kabananga (26 ans). « Mais il y avait un challenge sportif intéressant, avec la possibilité de disputer la Ligue des Champions, et je gagne beaucoup plus qu’en Belgique. Au Kazakhstan, les salaires sont net d’impôts ».

Kabananga a quitté le FC Bruges l’été dernier, et laissé sa femme et son enfant en France. « Moi aussi, ma famille vit dans l’Hexagone, reprend Kéthévoama, qui a rejoint Astana en 2012. On arrive à se voir de temps, mais l’éloignement est difficile. » Dans la capitale d’un peu plus d’un million d’habitant, c’est le Centrafricain qui sert de guide au Congolais. « Il est là depuis trois ans. Comme je ne parle pas anglais et encore moins le russe, il m’aide beaucoup, explique Kabananga. Astana, c’est un dépaysement total. On est à près de six heures d’avion de la France, il faut s’adapter, on n’y trouve pas de nourriture africaine, le climat est très froid l’hiver… Quand tu vas dans certains endroits du pays, tu as l’impression que c’est la première fois qu’ils voient des Noirs. Mais je ne ressens aucune agressivité. Les gens sont vraiment sympas et accueillants… »

Petros Karadjias / AP / SIPA

Les joueurs du FC Astana se félicitant après un but face à L'Apoel Ncosie, le 25 août 2015 à Chypre. © Petros Karadjias / AP / SIPA

Solidarité entre joueurs

« On passe pas mal de temps tous les deux avec le Ghanéen Patrick Kwumasi, l’autre africain de l’équipe », ajoute Kéthévoama. Mais les trois hommes ne forment pas une bande à part du reste de l’effectif, où se mêlent des joueurs kazakhs, ukrainiens, bosnien, russe, slovène, serbe et colombien. « On se retrouve presque tous les jours au même restaurant avant les entraînements. Et certains soirs, des sorties s’organisent. Les joueurs kazakhs ne restent pas entre eux non plus. Cet état d’esprit contribue beaucoup à l’intégration. Moi qui suis africain, j’y suis sensible. Mais Astana a beau être une ville moderne, et le club très bien structuré, il faut du temps pour s’adapter », admet Kabananga. Qui reprend : « Si l’équipe a réussi à atteindre la phase de poules de la Ligue des Champions, c’est en partie grâce à cette ambiance, à cette solidarité entre joueurs venus de différents horizons. Nous allons essayer de nous en servir pour continuer à étonner ».

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