Max Beauvoir n’est plus : retour sur l’itinéraire du pape du vaudou haïtien

Un croyant pose devant une représentation de Max Beauvoir lors de ses funérailles. © Dieu Nalio Chery/AP/SIPA

Max Beauvoir, le chef du culte vaudou haïtien décédé samedi 12 septembre a été enterré cette semaine à Port-au-Prince lors d'une cérémonie digne d'un chef d'État. Sa disparition endeuille tout un pays, marqué par le grand retour en force de ce culte aux origines africaines.

À son enterrement, mercredi 16 septembre, toute la classe politique était là, le président Michel Martelly en tête, habillé en blanc, comme le veut la tradition vaudouiste. Dans son oraison funèbre, l’évêque Monseigneur Pierre-André Dumas a évoqué la « disparition d’un géant ».

C’est dire l’aura dont bénéficiait l’Ati national, le chef suprême du vaudou en Haïti. Ati, en créole, c’est aussi « le grand arbre de la forêt dont l’ombre protège les petits». Depuis, samedi 12 septembre, il ne les protège plus. Le grand arbre s’est couché pour toujours. Max Beauvoir est décédé des suites d’un cancer à l’âge de 79 ans dans sa villa cossue de la banlieue de Port au Prince. «C’est une grande perte pour le pays », a tweeté le président le jour-même. Pour beaucoup, cet homme était aussi important qu’un chef d’État, une personnalité incontournable qui recevait beaucoup les pauvres et protégeait aussi les grands…

L’éminence grise des chefs d’État

L’ancien dictateur Jean-Claude Duvallier ou  « Baby doc » l’aurait consulté plusieurs fois  lorsqu’il n’était encore que simple prêtre. En échange, Max Beauvoir avait personnellement pris part contre le pouvoir d’Aristide, l’ancien président très anti-impérialiste chassé par un coup d’État en 2004. Victime de menaces de mort, Max Beauvoir s’était même exilé un temps aux États-Unis, avant de revenir en force avec le retour de la « démocratie » en Haïti au milieu des années 2000. Assez proche de René Préval, l’ancien président au moment du séisme en 2010, Max Beauvoir n’avait pas caché plus tard sa sympathie pour le candidat du renouveau, le chanteur Michel Martelly, lui-même sympathisant du culte. Ce dernier n’avait pas manqué en retour de faire allégeance aux voudouistes juste après son élection à la présidence en 2011.

Étonnante carrière que celle de Max Beauvoir, fils de médecin qui avait étudié la chimie au prestigieux City College de New York, puis à la Sorbonne, avant de passer dans le camp de la « magie noire ». Il tenait ce pouvoir de son grand-père, lui-même hougan qui l’avait fait venir sur son lit de mort pour lui demander de lui succéder en tant que serviteur des Iwa – les esprits du vaudou.

Au départ, pas tout à fait initié à ce culte dit des « esclaves », issu de l’animisme africain, longtemps interdit car considéré comme « diabolique », il en devient rapidement son plus ardent défenseur jusqu’à en prendre la tête en 2008. Toujours vêtu d’un grand boubou blanc, et de quelques chaînes autour du cou, il prend alors des allures de « pape du vaudou » et œuvre d’ailleurs pour lui redonner un statut de religion à part entière, loin de toute discrimination.

Un homme légèrement mégalomane

Parallèlement, Max Beauvoir qui aime organiser les grandes cérémonies d’initiations dansantes et ouvertes à tous chez lui à Mariani, considère rapidement que cette religion proche du peuple possède une vocation sociale déterminante. Il fait appel à la solidarité de sa communauté pour reconstruire son pays, après la série de catastrophes naturelles qui avaient selon lui « davantage épargné les lieux de cultes vaudou que les temples évangéliques ou les églises catholiques ». Un signe du ciel ? Presque, pour cet homme légèrement mégalomane qui aimait se faire prendre en photo à côté des grands de ce monde, comme sur un cliché où on le retrouvait à côté du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon.

Féru de médecine traditionnelle, Max Beauvoir avait reçu selon certains des pouvoirs magiques hérités de son grand-père pour faire des miracles…  On dit qu’il lui arrivait encore de soigner la maladie d’un patient par transfert sur un animal dans son potomitan, le sanctuaire du rituel , et qu’il pouvait aussi soigner l’âme de ses visiteurs par des techniques mystérieuses :  tout pour plaire aux puissants.


Mise au point

Suite à la publication de notre article, Mireille Ain, une lectrice nous a fait parvenir le commentaire ci-dessous :

« Depuis 2002, je suis une initiée de Mariani, reçue comme une amie. Pendant 13 ans, et j’ai pu constater que Max recevait tout le monde. Soignait et aidait tout le monde. Naturellement, la petite marchande n’allait se faire prendre en photo. Max n’a jamais recherché la fréquentation des grands. Ce sont les grands qui sont venus à lui et qui envoyaient des photos.

Il a assuré la promotion du vaudou car sa formation lui permettait de dialoguer avec la presse internationale. Et il a su toujours rendre au peuple haïtien, celui des vaudouisants, leur dignité.

Le terme de « magie noire », bien qu’entre guillemets pourrait également être mal interprété. Le vaudou tel que nous l’a enseigné Max, mon père spirituel, est plus une philosophie, un mode de vie, une religion qu’un conservatoire de magie.

Max Beauvoir n’a jamais soutenu la candidature de Martelly ni de qui que ce soit d’autre. Michel Martelly n’est pas adepte du culte. Comme tout haïtien, il a des vodouisants dans sa famille.

Quant aux relations avec Aristide … J’étais en Haïti en 2003 lorsque Max a suggéré de promulguer la reconnaissance du vaudou comme religion reconnue. Ce que fit Aristide.

Que dire de vos insinuations ? Une villa cossue ? Quelqu’un qui a été chef d’un département de recherche, qui avait des biens personnels devrait à votre avis vivre dans une cahute ?

Le pape … Non Monsieur, le vaudou n’a pas de pape. Chaque hougan ou Manbo qui a un péristyle dûment installé est maître chez lui, tant qu’il respecte les principes du vaudou, les règlements qui lui ont été enseignées et la volonté des lwa et de Grand Maître.

Le vaudou en Haïti est l’héritage africain du pays, sa présence est le résultat d’humiliations, de mauvais procès, de discriminations que les descendants noirs de l’Afrique ont endurés, des sacrifices qu’ils ont consentis et consentent encore.

Contrairement à la hiérarchie de certaines Églises, le vaudou n’a jamais enrichi ses prêtres et prêtresses. Nous appliquons tous la règle qui veut que l’argent gagné grâce aux lwa, circule sous forme de cérémonies et de soutiens à la communauté qui nous aide à les servir. »

Jeune Afrique lui a répondu :

Nous vous remercions pour vos remarques et avons mis à jour notre article en fonction de certaines de vos précisions. Il ne s’agissait en aucun cas de salir la mémoire d’un haut représentant du vaudou et encore moins d’offenser une foi, mais de donner un éclairage complet sur un personnage public. Les hommes ont leur part de lumière et d’ombre. Nous ne sommes pas les seuls à mentionner les affinités politiques de Max Beauvoir. Nous n’avons d’autre part pas écrit qu’il avait soutenu le candidat Michel Martelly, mais qu’il s’en était rapproché, ce n’est pas la même chose. Pour le reste, nous vous laissons libre de votre jugement.