Burkina : le président en exercice de la Cedeao, Macky Sall, attendu à Ouagadougou

Par Jeune Afrique avec AFP

Le président sénégalais Macky Sall. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Macky Sall, le chef d'État sénégalais également président en exercice de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao), était attendu vendredi matin au Burkina Faso, où le général Gilbert Diendéré a pris la tête d'un coup d'État contre les autorités de transition, a confirmé une source officielle sénégalaise.

« Le président Sall sera à Ouagadougou demain matin », a indiqué jeudi soir une source officielle sénégalaise à l’AFP, sous couvert d’anonymat. Le président sénégalais avait été choisi en tant qu’émissaire de la Cedeao après le renversement du président Blaise Compaoré en octobre 2014, lorsque le Burkina a plongé dans la crise. Il pourrait être accompagné du président béninois Boni Yayi. Ce dernier et son homologue sénégalais ont été les seuls chefs d’État africains à condamner publiquement le coup de force en cours à Ouagadougou.

L’ONU, l’Union africaine et la Cedeao ont également condamné très rapidment dans un communiqué conjoint, mercredi, la prise en otage du président intérimaire Michel Kafando et de son Premier ministre Isaac Zida par les putschistes, exigeant leur libération immédiate. Ce à quoi le général Diendéré, ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, qui a pris la tête du coup d’État en cours, a répondu dans une interview exclusive à Jeune Afrique que les dirigeants de la transition « vont bien et seront relâchés », sans plus de détail.

Dans la déclaration finale de son sommet extraordinaire le 12 septembre à Dakar, la Cedeao exhortait le Groupe de soutien à la transition au Burkina Faso à poursuivre ses efforts de sensibilisation de toutes les parties prenantes afin d’assurer le maintien de la stabilité politique à l’approche des élections présidentielle et législatives prévues le 11 octobre. L’organisation demandait également à sa Commission de poursuivre son soutien pour le dialogue entre les parties à toutes les étapes du processus électoral, afin de réduire au minimum les risques de désaccord pouvant déboucher sur des conflits.

Morts et blessés 

Dans la capitale, les militaires d’élite de l’armée ont posté leurs véhicules blindés devant le palais présidentiel et n’ont pas hésité jeudi à tirer pour disperser les manifestants hostiles au coup d’État. Au moins trois personnes sont mortes et une soixantaine d’autres blessées depuis mercredi, selon le bilan annoncé jeudi soir par une source médicale au principal hôpital de Ouagadougou.

Les putschistes ont décrété un couvre-feu nocturne, ainsi que la fermeture des frontières terrestres et aériennes. Moins d’un an après le renversement de Blaise Compaoré, les Burkinabè ont assisté impuissants à la proclamation à la télévision nationale du coup d’État perpétré par des soldats du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), corps d’élite de l’armée et garde prétorienne de l’ancien président.

Le regard de notre collaborateur Damien Glez sur le coup d’État :

Le coup d’État a été unanimement condamné par la communauté internationale. Les ambassadeurs des 15 pays du Conseil de sécurité ont tenu jeudi des consultations à huis clos sur ce dossier après que Mohamed Ibn Chambas, représentant spécial de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest, a transmis à Diendéré un « message ferme » de la part du secrétaire général de l’rganisation, Ban Ki-moon, « exigeant la libération immédiate de toutes les personnes détenues et la reprise rapide de la transition ».

Le nouvel homme fort du Burkina, qui a pris la tête d’un « Conseil national pour la démocratie » (CND), justifie quant à lui le coup d’État en disant que la « loi électorale a créé beaucoup de frustrations parmi les potentiels candidats », faisant référence au nouveau code électoral controversé qui interdit aux partisans de l’ancien président de concourir au prochain scrutin. Cette loi, adoptée par les autorités de transition, avait été invalidée par une cour de justice ouest-africaine. « Notre souhait, c’est de nous réorganiser et d’aller rapidement aux élections », a-t-il ajouté.

L’ombre de Blaise Compaoré

« Nous n’avons pas encore d’échéance. (…) Mais nous pensons discuter de cela avec les acteurs qui sont concernés notamment les partis politiques et les organisations de la société civile », a-t-il encore déclaré. « Dans tous les cas nous n’avons pas l’intention de nous éterniser, nous n’avons pas l’intention de rester », a-t-il assuré.

Jeudi soir, Diendéré avait déjà commencé à recevoir des diplomates étrangers. Soupçonné d’être téléguidé par Blaise Compaoré, il a affirmé que l’ex-président n’était pas derrière ce putsch et assuré ne pas avoir eu de contact avec lui, « ni avant cette opération, ni après ». On ignorait jeudi où se trouvait l’ex-président, qui réside habituellement en Côte d’Ivoire voisine depuis son exil forcé. On ignorait jeudi où se trouvait l’ex-président, qui réside habituellement en Côte d’Ivoire voisine depuis son exil forcé.

Dans la capitale quadrillée par des éléments du RSP, grand marché, magasins et administrations sont restés fermés jeudi, tout comme à Bobo-Dioulasso, la 2e ville du pays (ouest), où de nombreux habitants sont descendus dans la rue, ainsi que dans quelques provinces.

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