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Burkina : ce qu’il faut savoir sur Gilbert Diendéré

Le général Gilbert Diendéré. © © Hippolyte Sama

Fidèle bras droit de Blaise Compaoré, le général Diendéré a été proclamé ce jeudi président du Conseil national pour la démocratie, organisme créé par les putschistes. Portrait.

Un proche de Blaise Compaoré

Depuis le début, il est un fidèle parmi les fidèles. Compagnon d’armes de Blaise Compaoré depuis leur jeunesse, Gilbert Diendéré est placé sous ses ordres dès 1981. L’ancien chef de la direction du Régiment de la sécurité présidentielle (RSP), corps d’élite de l’armée burkinabè, joue un rôle important dans la prise de pouvoir des révolutionnaires en 1983. C’est d’ailleurs lui qui annoncera la prise de pouvoir de Thomas Sankara à la radio.

Un rôle trouble dans l’assassinat de Thomas Sankara

Bras droit de Blaise Compaoré, le général Diendéré, 54 ans,est également sous le feu des projecteurs pour son rôle trouble dans l’assassinat de Thomas Sankara en 1987. C’est lui qui supervise son arrestation qui tournera au bain de sang.

Selon sa version des faits, uniquement livrée dans l’ouvrage de Ludo Martens (Sankara, Compaoré et la révolution burkinabè, EPO, 1989), le général y affirme ceci : « [Nous avons été prévenus] que Compaoré, Lingani et Zongo seraient arrêtés ce soir. […] Notre réaction a été qu’il fallait arrêter Sankara avant que l’irréparable ne se produise. […] Sankara tenait comme toujours son arme, un pistolet automatique, à la main. Il a immédiatement tiré et tué un des nôtres. À ce moment, tous les hommes se sont déchaînés. »

Sa femme, une figure du CDP

Considéré comme l’un des hommes les puissants du pays, Gilbert Diendéré peut également compter sur son influente épouse, Fatou Diendéré, l’une des figures du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l’ancien parti au pouvoir. Elle en est l’une des vice-présidentes.

Fatou Diendéré était auparavant députée et membre du bureau exécutif. Déjà connue sous la révolution sankariste, elle aurait un jour lancé, lors d’une réunion privée : « Si Blaise est là, pourquoi pas mon mari ? ».

Après plusieurs années de vie commune, Gilbert et Fatou Diendéré se sont unis en août 2014. L’un des témoins de leur mariage n’était autre qu’Eddie Komboïgo, le président du CDP, dont l’invalidation de la candidature à la présidentielle par le Conseil constitutionnel pourrait être à l’origine du coup d’État.

Un homme très bien informé

Sa place de choix, au cœur du système Compaoré, vaut aussi à Gilbert Diendéré d’être l’homme le mieux informé du Burkina. Pendant ses années de règne sur le RSP, c’est en effet lui qui réceptionnait les informations recueillies par les renseignements généraux, auxquelles venaient s’ajouter les précieux renseignements des Français et Américains.

Démis de ses fonctions de chef d’état-major particulier du président le 27 novembre, quelques semaines après la chute de son mentor, il avait ainsi été pressenti pour prendre la tête de la lutte antiterroriste au Burkina. Il continuait, ces derniers temps, à être l’interlocuteur privilégié des Français et des Américains en matière de sécurité.

Norbert Zongo, l’autre fantôme de Diendéré

Gilbert Diendéré n’est pas seulement empêtré dans l’affaire Thomas Sankara. Le nouvel homme fort du pays est également cité dans l’affaire de l’assassinat, le 13 décembre 1998, de Norbert Zongo, directeur de L’Indépendant, par des hommes du RSP. Ce dernier enquêtait sur le rôle trouble joué par François Compaoré, frère du président, dans la disparition de son chauffeur, David Ouédraogo, dans le collimateur du RSP. Si cet assassinat avait provoqué des remous au Burkina, l’affaire avait été enterrée par la justice en 2006.

Un homme de l’ombre

Réputé pour sa discrétion, Gilbert Diendéré avait commencé à s’exposer quelques mois avant la chute de Compaoré. Il était apparu à plusieurs reprises devant les caméras aux côtés d’otages occidentaux libérés d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Sans pour autant vouloir sortir de l’ombre de Compaoré. « Le pouvoir ne l’intéresse pas », disait alors de lui l’un de ses proches. Aujourd’hui, rien n’est moins sûr.

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