Jeux africains : compétition négligée recherche polémique

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Les Jeux africains sont délaissés par le grand public. © Glez

Que faudrait-il pour que le grand public s’intéresse aux Jeux africains ? Des records ? Pas sûr. Peut-être une polémique politico-sportive…

L’Afrique tient à ses compétitions continentales. Elle a raison, si l’on considère l’intérêt phénoménal suscité par la Coupe d’Afrique des nations (CAN) qui, tous les deux ans, monopolise tant d’attention que les bureaux en sont désertés une bonne partie du mois de janvier.

Hélas, la CAN semble être la seule compétition sportive qui soulève autant d’engouement. Privilège du sport roi qui écrase médiatiquement les brillants boxeurs ou cyclistes ? Pas sûr. Quand les responsables africains s’agacèrent de voir « leur » compétition ne servir que la promotion de sportifs sociétaires de clubs occidentaux, ils lancèrent le CHAN, le Championnat d’Afrique des nations réservé aux « footeux » évoluant dans les équipes de leur pays. Certaines fédérations allèrent même jusqu’à nommer des entraîneurs d’équipes nationales dédiées aux « locaux ». Pourtant, les téléspectateurs ne tardent pas à zapper les programmes sportifs africains, quand ni Drogba ni Eto’o n’évolue sur l’écran. Or « manque d’audience » signifie « manque de revenus publicitaires » qui signifie « manque de perspectives de diffusion » qui signifie « manque d’audience »…

La compétition sportive majeure qui se déroule à Brazzaville, jusqu’au 19 septembre, ne semble guère échapper à la règle. Tentez un micro-trottoir et peu d’interrogés identifieront spontanément « les Jeux africains », rencontre sportive qui présente pourtant un spectacle varié de disciplines aux champions indiscutables.

Si la 11e édition de cet événement célèbre son cinquantenaire, il remue peu de vent médiatique. C’est pourtant un mastodonte, à l’instar de sa mascotte « éléphantesque ». Le complexe sportif de Kintélé s’étale sur 144 155 m2, avec notamment un stade de 60 000 places, des installations nautiques pouvant accueillir 2 000 spectateurs, un village olympique capable d’héberger 8 000 sportifs et un héliport. 47 pays s’affrontent dans 23 disciplines comme l’athlétisme, la natation, la boxe, le cyclisme, le taekwondo ou encore la pétanque. La sécurité de la manifestation nécessite le déploiement de 3500 policiers et gendarmes…

Malgré cette débauche de moyens consacrés notamment par le Comité d’organisation des Jeux africains (COJA), l’engouement du grand public ne déborde guère du milieu des aficionados. On entend l’argument que ce sont « toujours les mêmes » qui accueillent (le Congo en est à sa deuxième organisation, rejoignant le Nigeria) ou « les mêmes » qui gagnent (depuis 1965, l’Égypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud ont remporté le tiers des médailles).

Mais ne sont-ce pas souvent quelques mêmes équipes qui dominent une CAN tant suivie ? Comment rompre alors le désintérêt manifeste de journalistes désabusés par l’apparence soporifique des Jeux africains ? Comme d’habitude, la presse ne crache pas sur les polémiques. Si le buzz ne viendra pas, cette année, des rumeurs de transsexualité d’une athlète, il pourrait s’appuyer sur un autre des tabous du continent : le statut du Sahara Occidental.

À l’approche des Jeux, appelant à la mobilisation de la diaspora, des activistes sahraouis se réjouissaient, sur les réseaux sociaux, que les athlètes de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) puissent représenter leur territoire pendant les compétitions, bien qu’elle ne soit membre à part entière ni de l’ONU ni du Comité international olympique.

Au début des Jeux, pourtant, c’est encore les réseaux sociaux qui accueillaient la désillusion de l’athlète sahraoui Salah Amaidan, réfugié politique à Biarritz. Le comité d’organisation congolais venait d’invoquer un vice de forme pour les treize sportifs de la RASD. « Le Sahara occidental ne pourra pas participer, n’étant pas encore affilié aux fédérations internationales des sports auxquels il avait prévu de participer », l’athlétisme, le taekwondo, le karaté, la boxe et le cyclisme. Doit-on y voir un signe des relations cordiales entre le Congo et le Maroc qui revendique le territoire que tente de représenter Salah Amaidan ? Que serait le sport sans la politique ? Que serait l’actualité sans les portraits de réfugiés ? Pas sûr que ça augmente la couverture médiatique des Jeux africains…

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