RDC : Lambert Mende maintient la décision d’interdire le documentaire sur Denis Mukwege

Par Jeune Afrique avec AFP

Le gynécologue congolais Denis Mukwege, le 28 avril 2015 à New York. © D Dipasupil/AFP

Kinshasa n'en démord pas : le film consacré au combat du gynécologue congolais Denis Mukwege en faveur de milliers de femmes violées dans l'est sera bel et bien définitivement interdit en RDC. Le gouvernement congolais accuse désormais le réalisateur d'avoir proféré des "menaces" contre son porte-parole, Lambert Mende.

L’affaire a éclaté le 2 septembre, quand Kinshasa avait annoncé l’interdiction de diffuser le documentaire. Les autorités congolaises ont alors fait valoir que ce documentaire, récompensé par plusieurs prix internationaux, témoigne d’une « volonté manifeste de nuire » à l’armée congolaise et de « salir » son image.

Depuis, le réalisateur belge Thierry Michel et Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais et ministre des Médias et de la Communication se livrent à une passe d’armes. Lambert Mende a ainsi accusé le cinéaste de faire mentir dans son commentaire les témoignages en langues swahili et mashi de personnes apparaissant à l’écran. Ce que le réalisateur a par la suite démenti.

« Suite à des demandes d’un réexamen » de l’interdiction, décriée en RDC et à l’étranger, « nous avions mis sur pied une commission chargée de corriger la traduction malencontreuse pour une plus fidèle, en vue d’une éventuelle autorisation de diffusion », a expliqué jeudi Lambert Mende, qui avait signé l’autorisation de tournage de l’équipe.

Des menaces contre Lambert Mende ?

Cependant, le porte-parole a affirmé que le réalisateur n’avait « pas trouvé mieux » que de lui « adresser des menaces d’une violence incroyable ». Selon Lambert Mende, Thierry Michel lui aurait déclaré que comme le dictateur Mobutu Sese Seko (1965-1997), il ne serait pas enterré dans son pays s’il refusait de « diffuser son documentaire en l’état ».

« Qu’un étranger vienne menacer un ministre au lieu d’introduire un recours normalement contre une décision, on ne doit pas trouver cela normal. C’est pourquoi la décision a été gelée. Pour moi, elle ne sera plus revue : ce film reste interdit », a répété Lambert Mende.

Divergences entre les deux réalisateurs du film 

L’Homme qui répare les femmes a été réalisé par Thierry Michel et sa compatriote journaliste Colette Braeckman. Sur son blog, cette dernière explique avoir voulu trouver une « solution à l’amiable » avec Kinshasa, où elle s’est même rendue, afin que « nul ne perde la face et surtout que la population congolaise puisse prendre connaissance d’un film qui lui était destiné en premier lieu ».

Elle souligne qu’un « échec était parfaitement envisageable » parce que la RDC avait peut-être d’autres motifs pour justifier l’interdiction, mais accuse Thierry  Michel d’avoir « torpillé une négociation qu’il savait imminente et délicate, en faisant connaître les conclusions de ses propres traducteurs et en interpellant maladroitement le ministre de l’Information ».

Le documentaire montre l’oeuvre du Dr. Mukwege dans son hôpital de Panzi, à Bukavu, capitale du Sud-Kivu. Dans cette institution qu’il a créée en 1999, il aide à se reconstruire physiquement et psychologiquement les femmes victimes de viols accompagnés de violences sauvages commis à grande échelle dans l’est de la RDC depuis une quinzaine d’années.