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Mohamed Ibn Issa : le cheikh était en bois

L'homme d'affaires est à la tête de MBI International (négoce, agroalimentaire, immobilier de luxe, hôtels...). © Bertrand/Neco/Sipa

Classé parmi les plus grandes fortunes de la planète, Mohamed Ibn Issa Al Jaber dirige un empire sur le déclin. Cela ne l'a pas empêché de promettre monts et merveilles au président tunisien.

Mi-avril, le président tunisien Moncef Marzouki lui a fait l’honneur d’un entretien en tête à tête au palais de Carthage. À sa sortie, le cheikh Mohamed Ibn Issa Al Jaber, 53 ans, annonçait son souhait de relancer ses projets hôteliers en Tunisie et de créer un centre d’affaires pour attirer les investisseurs étrangers. Classé 133e sur la liste des milliardaires établie cette année par le magazine américain Forbes, il jurait vouloir faire de la révolution « une réussite pour la « nation » arabe tout entière ». En 2006 et 2007, le cheikh Mohamed Ibn Issa Al Jaber avait déjà prévu de venir au secours de plusieurs hôtels en difficulté. Des promesses restées sans lendemain.

Nabab

Heureuse de recevoir un soutien de poids, la troïka au pouvoir ne lui en a apparemment pas tenu rigueur. Las, il faut désormais se rendre à l’évidence : le nabab saoudien ne participera probablement pas au redressement de l’économie tunisienne. Basé à Londres, son groupe MBI International, qui réunit une société de négoce alimentaire surtout présente en Égypte, une entreprise de construction de villas de luxe en Arabie saoudite et des hôtels en Europe, connaît de plus en plus de difficultés.

Cliquez sur l'image.Alors même que Mohamed Ibn Issa Al Jaber était en visite à Tunis, son avocat Maurice Lantourne parvenait in extremis à geler les dettes de sa société française JJW Hotels & Resorts. L’allemand Aareal Bank lui avait lancé un ultimatum pour le remboursement d’un prêt de 97 millions d’euros contracté cinq ans auparavant. Mais l’étau se resserre autour de l’entrepreneur : sa filiale, qui contrôle une trentaine d’hôtels, a été mise en redressement judiciaire le 18 juillet.

Fin négociateur, affable et manipulateur, le cheikh Mohamed Ibn Issa Al Jaber, dont la fortune était estimée à 5,25 milliards d’euros en mars, n’a rien d’un gentleman en dépit des apparences. En 2008, c’est Patrick Balkany, maire de Levallois-Perret et député français, qui avait succombé au mirage imaginé par le businessman. Ce dernier s’était engagé à régler 243 millions d’euros pour acquérir le droit de construire sur la commune de l’Ouest parisien deux tours jumelles de 164 m de haut, avec bureaux et hôtel de luxe. Trois ans plus tard, l’opération avortée avait tout de même coûté environ 100 millions d’euros à la municipalité. Même déconvenue pour le fonds américain Starwood, qui, en 2009, pensait lui avoir vendu pour 1,5 milliard d’euros les palaces Crillon et Lutetia, à Paris. Mais l’homme d’affaires avait une nouvelle fois fait faux bond.

Ancien routier

Des promesses non tenues. Voilà résumée la stratégie de Mohamed Ibn Issa Al Jaber. Premier mensonge : de « cheikh » il n’y aurait point. Selon le mensuel français Capital, c’est pour gagner la confiance des acheteurs de ses villas de luxe que Mohamed, ancien chauffeur de camion devenu patron dans le BTP, aurait ajouté à son patronyme, dans les années 1980, ce titre réservé aux chefs de tribus bédouines. Sans scrupule, l’entrepreneur a aussi souvent oublié de payer ses ouvriers recrutés parmi les bataillons d’immigrés venus chercher du travail en Arabie saoudite. Même devenu immensément riche, l’intéressé n’a pas renoncé à ses mauvaises habitudes. En 2011, la justice égyptienne a condamné sa société de négoce, cotée à la Bourse du Caire, pour avoir maquillé son bilan.

Armé de nombreux talents, Mohamed Ibn Issa Al Jaber a constitué au cours des années 1990 un important groupe hôtelier en Europe. Habile pour jongler avec les emprunts, il n’est en revanche pas un excellent gestionnaire, puisque presque tous ses établissements sont déficitaires. Et ce ne sont ni ses connaissances dans le gotha ni ses activités philanthropiques qui devraient empêcher l’empire du faux cheikh de vaciller. 

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