Mali : que se passe-t-il à Anéfis ?

Par Jeune Afrique

Le général Gamou, fondateur du Gatia, en février 2013, à Gao. © Émilie Régnier pour J.A.

L'accord de paix d'Alger, ratifié le 20 juin, peinait déjà à s'appliquer. Mais l'attaque de la localité stratégique d'Anéfis par le Gatia, une milice pro-Bamako, a conduit les ex-rebelles de la CMA à suspendre leur participation au processus de pacification. Décryptage d'une situation complexe.

Que s’est-il passé le 15 août à Anéfis ?

Selon les informations recueillies par Jeune Afrique, le Gatia, milice imghad pro-Bamako, a attaqué le 15 août la ville d’Anéfis. Une localité stratégique, notamment pour le contrôle de trafics en tous genres (drogues, armes…), située à une centaine de kilomètres de Kidal et jusqu’ici contrôlée par les ex-rebelles de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).

« Au cours des jours précédents, les hommes du Gatia se sont positionnés dans la ville d’Amassine, à 90 km de Kidal, puis ont foncé en direction d’Anéfis. Pour nous, aucun doute, c’est le Gatia qui a attaqué le premier », glisse une source au sein du service de renseignements de la Minusma.

Qui contrôle désormais Anéfis ?

Depuis deux semaines, le statut quo prévaut. Si le Gatia a un temps fait savoir qu’il quitterait la ville à condition que la Minusma, la mission de l’ONU au Mali, prenne le contrôle de la localité avec l’armée malienne, son retrait n’était pas encore acté vendredi.

Conséquence, la situation est toujours au point mort. Arnauld Akodjenou, représentant spécial adjoint du Secrétaire général de la Minusma, a donc appelé jeudi le gouvernement à faire pression sur les groupes armés présents à Anéfis. « Les propositions de sortie de crise [discutées les 24 et 25 août, ndlr] avaient reçu l’aval du gouvernement« , a souligné Arnauld Akodjenou lors d’une conférence de presse organisée jeudi par la Minusma à Bamako.

Quelles conséquences sur l’accord ?

L’attaque d’Anéfis est la première violation du cessez-le-feu arraché le 20 juin après de longs mois de négociations. Conséquence, la CMA a suspendu dimanche sa participation au comité de suivi de l’accord de paix d’Alger. Le lendemain, un représentant de la CMA faisait savoir que la rébellion reviendrait à la table des négociations si les combattants du Gatia quittaient Anéfis et si le gouvernement malien stoppait son soutien à certains groupes armés. Autre condition : que la question d’Anéfis soit examinée en priorité par le comité de suivi de l’accord.

Ce qui fût le cas les 24 et 25 août, a assuré jeudi la Minusma. « Le problème d’Anéfis a pourri l’ambiance, a reconnu Arnauld Akodjenou. Rassurez-vous, à la session de clôture, il y avait la participation de la coordination, tout le monde était là. »

Sans donner plus de détails, Arnauld Akodjenou a indiqué que plusieurs points de résolution de crise ont alors été « adoptés par le gouvernement et la CMA ». Mais la Plateforme – coalition des groupes armés soutenant le gouvernement – se donne encore le droit de rééxaminer certaines décisions.

Quelle est la situation sécuritaire ?

Les représentants de la Minusma l’ont encore répété jeudi : au-delà de la résolution de la crise d’Anéfis, leur objectif est désormais de prévenir une autre incursion dans cette zone contrôlée par la CMA. « Des mécanismes de dissuasion sont en train d’être considérés« , a affirmé le représentant spécial adjoint de la Minusma.

La mission onusienne a par ailleurs annoncé un renforcement des dispositifs déployés pour protéger les populations locales. « Nous avons pris des dispositions sécuritaires à Anéfis mais aussi à Kidal. Nous avons jugé utile d’instaurer vingt kilomètres de rayon sécuritaire autour de Kidal. Ce sont des mesures certes provisoires, mais qui restent jusqu’aujourd’hui en vigueur », a de son côté précisé le général Oumar Bikimo, commandant en chef adjoint de la Minusma.

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