L’accord de paix au Soudan du Sud a déjà du plomb dans l’aile

Par Jeune Afrique avec AFP

Salva Kiir et Riek Machar le 9 mai 2014 à Addis-Abeba. © Zacharias Abubeker/AFP

Deux jours après avoir ratifié l'accord de paix du bout des lèvres, Salva Kiir a dénoncé une "prime à la rébellion".

Le gouvernement sud-soudanais a listé seize réserves à l’accord signé mercredi pour mettre fin à vingt mois de guerre civile au Soudan du Sud. Parmi les points contestés par Juba, certaines concernent des dispositions-clés du mécanisme de partage du pouvoir, selon un document officiel.

En signant à reculons une « paix imposée », le président Kiir avait indiqué « rejeter » plusieurs clauses de l’accord et remis aux médiateurs ce document de douze pages énumérant les points litigieux.

Salvaa Kiir rejette le partage du pouvoir 

La principale réserve concerne le poste de premier vice-président, attribué aux rebelles. Une fonction créée aux côtés de l’actuel vice-président, et dans lequel Juba voit une « prime à la rébellion ». Il est notamment prévu que le président Kiir consulte son premier vice-président – qui sera vraisemblablement le chef de la rébellion, Riek Machar – en vue de décisions « collégiales ».

Le gouvernement prône, lui, deux vice-présidents « d’égal pouvoir » aux « fonctions et devoirs » fixés par le chef de l’État. Il souhaite également que celui-ci reste maître de la constitution de son équipe gouvernementale et rejette la répartition des portefeuilles imposée par l’accord.

Contestation sur la gouvernance des États pétrolifères

Le camp Kiir conteste également la prééminence (46% des sièges) accordée aux rebelles dans les exécutifs locaux des trois États-clés du Jonglei, Haut-Nil et Unité, où il réclame 70% des postes.

Il refuse que les rebelles désignent les gouverneurs du Haut-Nil et d’Unité, deux États particulièrement riches en pétrole.

Salvaa Kiir dénonce une perte de « souveraineté »

Invoquant « une question de souveraineté », le gouvernement rejette par ailleurs toute démilitarisation de la capitale. L’accord impose pourtant le retrait sous 90 jours de toutes les forces dans un rayon de 25 kilomètres autour de Juba. Une condition essentielle au retour des responsables rebelles, censés participer au gouvernement de transition.

Sont également contestés plusieurs paragraphes concernant les pouvoirs de la Commission conjointe de surveillance et d’Évaluation (JMEC) de l’accord. L’instance, qui sera présidée par une « personnalité africaine », aura notamment les prérogatives de « superviser » les institutions, dont le gouvernement de transition.

Ces dispositions « font de la JMEC l’autorité de gouvernement de la République du Soudan du Sud, (…) cela signifie tout simplement une prise de contrôle de la souveraineté du Soudan du Sud et de son indépendance », s’insurge le gouvernement.

Juba rejette le désarmement des groupes armés

Celui-ci réclame également la suppression de la disposition relative au désarmement des groupes armés soudanais, accusés de lui prêter main-forte. Ces groupes armés soudanais « ne sont pas présents au Soudan du Sud, nous n’avons pas de contrôle sur eux et ne pouvons donc ni les désarmer ni les démobiliser », affirme Juba.

De nombreux autres points sont également contestés, tels que le mécanisme de réparation et compensation des victimes, la gestion du Fonds de reconstruction ou la création d’une Autorité de supervision des finances publiques.

Les États-unis fixent un ultimatum au 1er septembre 

« Ses propos sont décourageants. Cela jette le doute sur son engagement à appliquer l’accord de paix », a pour sa part déclaré jeudi le chef rebelle Riek Machar, qui a signé cet accord le 17 août dans la capitale éthiopienne

Washington, à l’origine d’un projet de résolution prévoit des sanctions contre ceux qui feront obstacle à la paix. Les États-Unis ont donc fait savoir qu’ils n’acceptaient « aucune réserve ou ajout » à l’accord. Le Conseil de sécurité de l’ONU a donné jusqu’au 1er septembre à Salva Kiir pour retirer ses réserves.