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Tunisie : Sihem Bensedrine et Azyz Amami, premiers à tomber sous le coup de la loi antiterroriste

Sihem Bensedrine, présidente de l'instance vérité et dignité © Instance vérité et dignité

14 députés de Nidaa Tounes ont déposé une plainte jeudi 20 août contre la présidente de l'Instance vérité et dignité (IVD) Sihem Bensedrine et le blogueur Azyz Amami, suite aux propos que ce dernier a tenus lors d'une rencontre organisée par l'instance le 14 août.

Lors d’un débat organisé par l’Instance vérité et dignité, le blogueur Azyz Amami s’est exprimé à propos du projet de réconciliation économique et financière. Pendant sa prise de parole, le ton est monté et l’activiste a déclaré devant son audience : « Les citoyens ont bien dit que cette loi ne passera pas, même s’il faut pour cela brûler le Parlement » et la vidéo de son intervention a été par la suite diffusée sur les réseaux sociaux.

Les propos ont été jugés violents par quelques députés du parti Nidaa Tounes qui ont décidé de porter plainte, non seulement contre Azyz Amami, mais également contre Sihem Bensedrine, la présidente de l’instance pour ne pas avoir réagi. Nizar Ayed, l’avocat des députés accuse le blogueur d’avoir menacé de brûler le Parlement mais également de faire l’apologie de Daesh.

Azyz Amami est connu pour avoir pris position contre la censure de Ben Ali et pour son rôle lors de la révolution de 2011. En mai 2014, il avait été arrêté pour consommation de cannabis avant d’être libéré quelques jours plus tard suite à un non lieu. Son arrestation avait poussé à différents rassemblements devant le palais de justice et le blogueur avait dénoncé une affaire montée de toute pièce.

Controverse autour de Bensedrine

Bien que Sihem Bensedrine est couverte par une immunité en tant que présidente de l’IVD, les députés de Nidaa espèrent passer outre cette protection. Le dossier déposé devant la justice vient s’ajouter aux nombreuses critiques auxquelles fait face la présidente de l’IVD, à qui l’on reproche sa proximité passée avec la Troïka ou son caractère autoritaire.

Alors que sa nomination à la tête de l’instance avait déjà créé la polémique, les critiques se sont multipliées depuis qu’elle s’est érigée en fervente opposante au projet de réconciliation nationale économique et financière proposée par le parti majoritaire Nidaa Tounes. Un projet de loi proposée par la présidence qui prévoit d’amnistier les crimes financiers.

Suite au dépôt de plainte, l’instance s’est désolidarisé des propos tenus par Azyz Amami affirmant dans un communiqué « qu’elle n’est pas responsable des propos tenus par les intervenants dans le cadre des rencontres qu’elle organise […] et qu’elle rejette les appels à la violence qui portent atteinte au dialogue constructif ».

Loi antiterroriste

« Nous ne sommes pas solidaires de ce qui se dit durant nos débats. Nous avons laissé nos invités s’exprimer librement. Azyz est un grand militant et il lui arrive d’avoir des écarts de langage. Il a une façon très imagée de parler et il voulait seulement dire que la loi de réconciliation nationale jouait avec le feu, que les citoyens seront aux aguets et qu’ils ne la laisseront pas faire », explique Anouar Moalla, le directeur de communication de l’instance, qui ne s’inquiète pas de la plainte et explique que Sihem Bensedrine bénéficie d’une immunité.

« L’IVD n’a pas le droit de provoquer la discorde de la sorte. Azyz Amami a tenu des propos virulents et la présidente de l’instance en a ri. Nous pensons qu’ils doivent être jugés. Les propos de Azyz m’ont dérange et la réaction de Sihem Bensedrine en tant que présidente de l’IVD me dérangent encore plus », affirme un des députés plaignant, Mohamed Troudi. Pour lui, il est normal que le blogueur soit jugé dans le cadre de la loi antiterroriste entrée en vigueur le 7 août.

L’avocat des plaignants a quant à lui évoqué plusieurs articles de la nouvelle loi antiterroriste pour justifier la plainte de ses clients, notamment l’article 222 qui punit de six mois à cinq ans d’emprisonnement quiconque menace d’un attentat. Le dossier a été transmis au parquet et la brigade antiterroriste de l’Aouina se charge de l’enquête.