Mauritanie : Biram Dah Abeid et deux autres militants de la lutte contre l’esclavage condamnés en appel

Rassemblement devant le tribunal d'Aleg en Mauritanie, le 20 août 2015 © DR

Les trois activistes de la lutte contre l'esclavage ont été condamnés en appel ce jeudi à deux ans de prison par le tribunal d'Aleg. Ils avaient été interpellés alors qu'ils menaient une campagne de sensibilisation contre l'esclavage. Alors que le pays vient d'adopter une loi qualifiant l'esclavage de "crime contre l'humanité", cette condamnation témoigne d'une toute autre réalité.

Biram Ould Dah Ould Abeid est connu pour être la figure du mouvement pour l’abolition de l’esclavage. Plus récemment, il a fait parler de lui en se présentant à la dernière élection présidentielle en juin 2014 contre le président sortant Mohamed Ould Abdel Aziz.

Mais Biram Ould Dah Ould Abeid a été condamné en janvier dernier avec deux autres militants anti-esclavagistes à deux ans de prison pour appartenance à une organisation non reconnue – l’Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA)-, rassemblement non autorisé, violence contre la force publique ou encore appel à la haine. Un drôle de retournement pour cette figure des droits de l’homme.

Boycott du procès

Lui et d’autres activistes ont été inculpés en décembre 2014 parce qu’ils menaient une campagne de sensibilisation contre l’esclavage dans le sud du pays, à Rosso. Trois d’entre eux dont Biram Ould Dah Ould Abeid ont été condamnés à deux ans de prison en première instance et ont décidé de boycotter le procès en appel qui s’est ouvert le 20 août.

« Après leur condamnation en première instance, le procureur a obtenu le dessaisissement de la cour d’appel de Nouakchott en faveur de celle d’Aleg et c’est pour cette raison que mes clients ont décidé de boycotter le procès », explique l’avocat des trois activistes, Brahim Ould Ebetty qui dénonce un procès « politique » avant tout. Pour lui, le choix de la petite ville du Sud vise à éloigner les accusés de leurs soutiens pour que le jugement rendu passe quasi inaperçu.

Une campagne internationale

Cependant, une mobilisation internationale a été lancée pour soutenir Biram Ould Dah Ould Abeid, lauréat du prix des droits de l’homme des Nations unies en 2013. Une pétition lancée sur Avaaz.org par une ancienne esclave, Haby mint Rabah pour libérer Biram a rassemblé sur le net plus de 970 000 signatures. Tandis que sur place, devant le tribunal d’Aleg ses soutiens sont nombreux à s’être rassemblés, notamment des militants de l’IRA, un mouvement pacifique de lutte contre l’esclavage.

Un moral d’acier

« Mon mari se porte bien. Il a maintenu avec fermeté sa décision de boycotter le procès », confie Leila, l’épouse de Biram Ould Dah Ould Abeid. « Mes clients sont très combatifs, ils ont un moral d’acier », ajoute l’avocat. « De toute façon, ce n’est pas avec la prison qu’on arrête le combat. Au contraire, on en sort plus engagé », affirme Hamady Lehbouss.

Alors que la Mauritanie affiche un discours ferme contre l’esclavage, la mise en cause de ces militants étonne. Dans la loi votée il y a une semaine « l’esclavage constitue un crime contre l’humanité », selon l’article 12 du texte. Pour l’avocat Brahim Ould Ebetty, elle est la preuve d’un « discours contradictoire », car au final « les activistes qui se battent contre l’esclavagisme sont persécutés ».

Une loi pour la forme ?

La mise en place de cette loi changera-t-elle la donne ? Pas sûr, une loi datant de 2007 qualifiait déjà l’esclavagisme de crime mais les condamnations étaient très rares. « On ne se fait pas d’illusion sur l’application de cette nouvelle loi », ajoute de son côté Hamady Lehbouss.

Dans le pays où la pratique de l’esclavagisme reste présente sous différentes formes, la législation ne semble pas être une arme efficace et la société civile voit dans cette nouvelle loi un moyen de redorer l’image du président Mohamed Ould Abdelaziz à l’international.