Pourquoi les Comores doivent rompre avec la France

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Haidari Nassurdine est président du Conseil représentatif des associations noires (Cran) de la région PACA et ancien élu PS de Marseille.

La capitale des Comores, Moroni, le 7 mars 2009. © GUY BOUCHET / AFP

Les incidents entre les Comores et la France, qui ont émaillé la 9e édition des Jeux des îles de l'océan Indien (JIOI), ont ravivé l’un des derniers contentieux de la Françafrique : l’occupation de Mayotte.

En toute connaissance de cause, la France a manqué à sa parole en violant délibérément la charte des jeux qui stipulait clairement que Mayotte ne pourrait « arborer aucun symbole de l’État français (hymne et drapeau) ». Devant cette arrogance néocoloniale, les sportifs comoriens ont quitté les jeux en signe de protestation.

France-Mayotte : un délire colonial

Les résultats de la consultation du 22 décembre 1974 sur l’indépendance des Comores n’ont souffert d’aucune ambiguïté. Près de 95% des suffrages exprimés sur l’ensemble des quatre îles des Comores ont été favorables à l’indépendance. Furieuse et vexée, la France, rechercha tous les moyens d’invalider les résultats. Elle activa certains réseaux d’extrême droite (notamment l’Action Française avec Pierre Pujo) et organisa deux milices (les chatouilleuses et les bastonneurs), pour entretenir un climat de peur et de terreur.

Conscientes des enjeux géopolitiques de la région, les autorités françaises n’auront de cesse de maintenir l’instabilité politique (soutien direct et implicite aux mercenaires et principalement à Bob Denard) et de contrôler le non-développement économique des Comores (par le contrôle monétaire de la Banque des Comores et par les incidences du CFA), allant jusqu’à semer la division sociale par le visa de la mort (visa Balladur en 1994). Sans oublier la vingtaine de résolution de l’ONU bafouées par le pays des droits de l’homme qui manifeste constamment la même volonté aveugle, néocoloniale d’arrimer Mayotte à la France.

Rompre diplomatiquement avec la France, une nécessité

Depuis une quarantaine d’année les Comores ont tenté de raisonner la France et ont essayé de trouver une solution pacifique à la question mahoraise. Une entreprise qui s’est soldé par un échec cuisant, tant la France n’a jamais montré le moindre signe d’apaisement, mais a, au contraire, continué à dicter sa loi, en départementalisant une partie du territoire comorien. Face à cette énième provocation, les Comores n’ont aujourd’hui plus le choix. Les responsables politiques devront clarifier leurs positions et rompre les relations diplomatiques avec la France en fermant l’ambassade de France à Moroni et en demandant son adhésion au Commonwealth.

En même temps, les autorités comoriennes devraient sérieusement envisager de saisir la Cour pénale internationale pour le transfert forcé de populations et la persécution d’un groupe identifiable pour des motifs d’ordre politique. Une initiative qui mettrait peut-être fin à cette fausse amitié de la France qui se traduit par toujours plus d’occupation et toujours plus d’arrogance.

Rompre économiquement avec la France, une preuve de responsabilité

Cette rupture devra également s’inscrire dans une stratégie économique répressive en boycottant les entreprises françaises aux Comores et en demandant à nos pays africains et arabes de boycotter les entreprises françaises tant que notre intégrité territoriale ne sera pas rétablie. Car dire que Mayotte est comorienne en acceptant tacitement l’occupation du territoire et sa départementalisation, en fermant les yeux sur les milliers de morts, en recevant chaleureusement François Hollande qui a encore affirmé que Mayotte était pleinement la France, en d’autres termes que la violation du droit international aux Comores lui donnait le droit d’inscrire pleinement Mayotte dans le paysage français est une haute trahison, une forme de capitulation et une hypocrisie sans nom des autorités comoriennes qui, sans courage ni conviction, jouent avec la vie et l’honneur du peuple comorien.

Le rôle de la diaspora comorienne

Face à l’outrance de l’occupation des Comores, la diaspora franco-comorienne devra également prendre ses responsabilités. Elle devra s’unir et exiger des élus de la République française le respect du droit. Elle devra mettre en place un « comité de vigilance » et œuvrer pour préserver la langue, la culture, la fraternité et les traditions comoriennes.

La diaspora devra également exiger des candidats à la présidentielle des Comores d’inscrire sur leurs programmes respectifs la rupture avec la France car les responsables politiques des Comores ne pourront plus pleurer Mayotte ni maintenir un silence complice et coupable une fois invités à Paris. Le temps de la clarification, du courage politique, du combat pour notre totale liberté et notre indépendance a sonné.