Burundi : Pierre-Claver Mbonimpa blessé par balles à Bujumbura

Par Jeune Afrique avec AFP

Le président de l'Aprodh, Pierre-Claver Mbonimpa. © Carl De Souza/AFP

Le défenseur des droits de l’homme Pierre-Claver Mbonimpa a été blessé par balles lundi soir à Bujumbura, au lendemain du meurtre du bras droit du président Pierre Nkurunziza.

Selon un membre de sa famille, l’attentat a eu lieu lundi 3 août vers 18 heures dans le quartier nord de Kinama, dans la capitale burundaise, alors que Pierre-Claver Mbonimpa rentrait de son bureau à son domicile : « Des hommes à moto suivaient sa voiture. À un moment, ils l’ont dépassé et lui ont tiré dessus ».

Selon une source diplomatique en poste à Bujumbura, le militant des droits de l’homme a été atteint à la mâchoire, par une balle qui est ressortie par la pommette gauche. Une seconde balle lui a également éraflé le cou.

Pris en charge dans un hôpital de Bujumbura, son état de santé est stable et s’est même amélioré, a déclaré un membre de sa famille.

« Même les médecins ne sont pas à l’aise »

Plusieurs diplomates se sont rendus dans la soirée à son chevet : l’ambassadrice américaine, le chargé d’affaires de l’ambassade de France et un représentant de la représentation diplomatique suisse notamment. Un peu plus tôt, Balthazar Fengure, vice-président de l’Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (Aprodh), que préside Pierre Claver Mbonimpa, avait déclaré que ce dernier était « très grièvement blessé ».

Le secrétaire d’État adjoint américain en charge de la démocratie, Tom Malinowski, a exprimé son émotion après l’attentat. « Le Burundi a besoin de justice, pas de vengeance, a-t-il dit. Nous sommes prêts à faire tout son possible pour que les responsables soient traduits en justice. »

La présidente de la Commission de l’Union africaine, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini Zuma, a quant à elle réagi mardi matin sur Twitter, en rappelant l’engagement de l’UA pour la paix et la sécurité au Burundi.

Au micro de RFI, la fille de Pierre-Claver Mbonimpa a déclaré lundi soir craindre que son père soit poursuivi jusque dans l’hôpital où il est soigné. « Même les médecins ne sont pas à l’aise. Ils nous demandent comment nous avons organisé la sécurité, alors que nous sommes avec eux, que nous ne pouvons rien faire », a confié Zygele Mbonimpa. Mardi matin, le militant des droits de l’homme était toujours sous protection policière.

Bras-de-fer avec les Imbonerakure

Pierre-Claver Mbonimpa, âgé d’une soixantaine d’années, plusieurs fois emprisonné au Burundi, avait appelé publiquement à manifester contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza, ce qui lui avait valu d’être arrêté le 27 avril et de passer 30 heures aux mains du Service national du Renseignement (SNR), avant d’être libéré sans être inculpé.

Prix Henri Dunant en 2011 pour son engagement en faveur des droits de l’Homme, il avait auparavant été incarcéré en 2014 durant quatre mois et demi, avant d’être remis en liberté provisoire pour raisons de santé, dans le cadre d’une procédure judiciaire pour atteinte à la sûreté de l’État. Il avait notamment accusé les jeunes du CNDD-FDD au pouvoir, les Imbonerakure, de recevoir une formation paramilitaire dans l’est de la RDC.

Son arrestation était intervenue après la publication, dans la presse locale, d’une note confidentielle de l’ONU faisant état de la distribution d’armes par le gouvernement à ces jeunes militants, ce que Bujumbura avait fermement démenti.

« Ils viennent de déclarer la guerre »

L’attaque perpétrée contre Pierre-Claver Mbonimpa intervient au lendemain de l’assassinat du général Adolphe Nshimirimana, le patron, de facto, de la sécurité intérieure au Burundi et intime du président Nkurunziza.

« Ils viennent de déclarer la guerre et ils vont voir ce qu’ils vont voir », avertissait dimanche sous couvert d’anonymat un général de l’armée burundaise. À la suite de cet assassinat, le journaliste burundais et correspondant de l’AFP, Esdras Ndikumana, avait été arrêté par des membres du Service national de renseignement (SNR) et roué de coups avant d’être libéré, avec un doigt fracturé.