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Diplômés en France, patrons sur le continent

Par Jeune Afrique

Youssou Ndiaye. DR ©

Site d'achats en ligne, service de livraison express, fourniture d'énergie en zone rurale… après des études d'ingénieurs dans l'Hexagone, ces jeunes entrepreneurs sont venus monter leur business en Afrique.

Youssou Ndiaye 31 ans
Speed Mail Service

C’est à l’occasion d’un concours organisé en 2007 dans le cadre de son école, l’Institut des sciences et techniques de l’ingénieur de Lyon (Istil, est de la France), que Youssou Ndiaye prend goût à l’entrepreneuriat. « Nous avions proposé un casque de vélo pliable et nous sommes arrivés troisièmes de la région », se souvient le Dakarois. Une fois diplômé, le souvenir reste vif, d’autant qu’il s’ennuie passablement à la direction fiduciaire d’une grande banque française. Aussi, lorsque deux amis d’enfance lui proposent de monter une entreprise, il n’hésite pas et rentre au Sénégal en 2009, au grand dam de sa famille. « Nous sommes partis du constat que La Poste était défaillante et que des compagnies comme DHL ou UPS étaient trop chères pour le marché local », explique-t-il. Aujourd’hui, sa société de livraison express, Speed Mail Service, dessert toute la région de Dakar, emploie huit personnes et compte KPMG et Axa comme clients. Elle a réalisé 45 000 euros de chiffre d’affaires en 2011. Et depuis peu, elle a même commencé l’expédition de colis vers Paris en collaboration avec OuiCarry, une autre start-up fondée par un étudiant béninois que Youssou Ndiaye avait connu à Lyon.

Thierry Kientega. DRThierry Kientega 28 ans
Afromania Burkina

Fils d’un universitaire camerounais ayant grandi entre Ouagadougou et Montréal, Thierry Kientega a toujours rêvé de créer sa société. « Je suis impressionné par des gens comme Bernard Arnault ou Steve Jobs », explique-t-il. Après deux ans de mathématiques et de physique au Maroc, le jeune Burkinabè intègre l’École supérieure d’ingénieurs de Rennes (Esir, ouest de la France), tout en préparant un DEA en télécommunications. Entré chez France Télécom pendant son doctorat, il lance fin 2010 un site d’e-commerce baptisé Afromania Burkina, qui, d’abord très orienté high-tech, propose aujourd’hui des milliers de produits (meubles, vêtements, vins…). Un bureau a été ouvert au Sénégal et la société compte se développer en Côte d’Ivoire et au Gabon. « Nous sommes le plus gros supermarché de la région, ouvert 24 heures sur 24 », se félicite Thierry. Satisfait de ses premiers résultats, l’e-commerçant voit bien plus grand. « L’objectif est d’atteindre 1,6 million d’euros de chiffre d’affaires fin 2013 et 6 millions fin 2014. Ce n’est pas irréaliste quand on regarde l’historique du e-commerce dans d’autres pays », assure-t-il. Pour atteindre ce but, le jeune entrepreneur vient de lever 150 000 euros auprès de business angels et espère augmenter la part de son chiffre réalisée grâce à la diaspora. « Ce n’est plus la peine de surcharger ses valises en rentrant au pays si un site vous propose d’y livrer directement ce que vous trouvez en Europe. » Un argument imparable.

 

Alexandre Castel. DRAlexandre Castel 27 ans
Station Energy Services

Intéressé depuis longtemps par les problématiques Nord-Sud, Alexandre Castel a d’abord effectué ses stages d’ingénieur des Mines de Douai au sein d’ONG, au Burkina Faso puis au Sénégal. « Cela m’a confirmé mon envie d’être utile, mais je n’ai pas été convaincu par le modèle des ONG, trop dans l’assistanat et la dépendance financière à mon goût », explique le jeune Français. Très investi dans les associations étudiantes de son école, il sait qu’il lui manque des connaissances en business pour monter son projet et embraie sur un master à HEC dont il sort en 2010 fin prêt à se lancer. Il imagine alors Station Energy, une solution de fourniture d’énergie en zone rurale. Un projet pilote va voir le jour en 2013 en Côte d’Ivoire avec une station de 100 m2 couverte de panneaux solaires alimentant deux ordinateurs, deux réfrigérateurs et surtout des batteries électriques en quantité suffisante pour un village de 500 habitants. « Nous partons sur un coût de 40 millions de F CFA (61 000 euros) par station », explique Alexandre Castel, qui a gagné plusieurs concours, dont celui de l’African Business Club en 2011, et récolté près de 300 000 euros pour commencer. « Dès 2014, nous devrions disposer d’un réseau de stations qui, à terme, sera véritablement privé, comme les stations-service. »

Elvadas Nono. DRElvadas Nono 26 ans
AByster

Yaoundé, 2008. Elvadas Nono, étudiant à l’École nationale supérieure polytechnique de la capitale camerounaise, veut acheter un ouvrage sur le site d’e-commerce Amazon. Mais il a beau tout essayer, il doit se rendre à l’évidence, ce n’est pas possible. Titulaire d’une carte de paiement d’une banque nationale, il ne peut ni payer directement ni accéder aux services de PayPal. « Je me suis dit que je n’étais certainement pas le seul à rencontrer cette difficulté, et qu’il faudrait développer une solution de paiement en ligne pour l’Afrique. » Retenu pour un master spécialisé à l’École centrale de Paris, il s’envole pour la France début 2009. Diplômé un an et demi plus tard, il travaille comme consultant pour des grandes entreprises, tout en mettant au point son projet « tous les soirs et week-ends ». Baptisée AByster, sa solution de paiement en ligne – un plugin (offrant de nouvelles fonctionnalités) à intégrer sur les sites web -, finaliste au prix de l’entrepreneuriat social d’Orange, verra apparaître sa première version commerciale en novembre. Disponible tout d’abord pour les internautes camerounais et sénégalais, le dispositif sera ensuite étendu à toute l’Afrique de l’Ouest et à l’Afrique centrale.

Komlan Akpédjé Kedji. DRKomlan Akpédjé Kedji 25 ans
Piamm Technologies

« Je suis tombé amoureux de l’informatique dès que j’ai eu un ordinateur entre les mains, au lycée, à Lomé [Togo, NDLR] », se souvient Komlan Akpédjé Kedji. L’ingénieur togolais spécialisé en génie logiciel, formé à l’École nationale supérieure d’informatique et d’analyse des systèmes (Ensias) de Rabat, au Maroc, prépare une thèse qu’il espère soutenir début 2013 à l’université de Toulouse (sud-ouest de la France). Très tôt, il a monté des sites web, potassant des manuels en anglais ou consultant des universités américaines en ligne. En discutant avec le frère d’un ami, auditeur comptable au Togo, il a réalisé qu’il n’existait pas de logiciel pour générer des états financiers compatibles avec la norme de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada) en vigueur en Afrique de l’Ouest. Il s’est alors lancé, avec deux amis d’enfance, dans la création de Fineta, dont le prototype a été livré en 2011. Cette application web permet d’analyser les balances comptables de son entreprise, de s’assurer de leur conformité et de générer des états financiers prêts à être envoyés à l’administration fiscale par exemple. « Nous sommes encore en train de mettre en place certaines fonctionnalités, mais plusieurs centaines de personnes se sont déjà inscrites à notre service », se réjouit-il.