Tunisie : l’état d’urgence décrété et des responsables limogés

Par AFP

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi lors d'un discours, à Tunis, le 20 mars 2015. © Fethi Belaid/AFP

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi a décrété samedi l'état d'urgence en raison de la "persistance de menaces" huit jours après un attentat sanglant qui a tué 38 touristes.

Les autorités, qui ont pour la première fois reconnu ces manquements vendredi, ont aussi annoncé le limogeage de plusieurs responsables, dont le gouverneur de Sousse, région où a été perpétré l’attentat.

« Nous avons décidé, après avoir consulté le président du Parlement et le chef du gouvernement, de proclamer l’état d’urgence sur tout le territoire tunisien pour 30 jours », a déclaré le chef de l’Etat dans un discours télévisé à la nation, précisant que cette mesure d’exception entrait en vigueur dès ce samedi.

M. Caïd Essebsi a justifié cette décision par « la situation exceptionnelle que traverse le pays après le dernier attentat terroriste et la persistance de menaces qui font que le pays est en guerre d’un genre spécial ».

Le 26 juin, un Tunisien de 23 ans, identifié par les autorités comme un étudiant en master nommé Seifeddine Rezgui, a ouvert le feu sur des touristes sur une plage et au bord des piscines d’un hôtel de Port El Kantaoui, près de Sousse (centre-est).

Pas moins de 38 personnes, dont 30 Britanniques, ont été tuées dans cette attaque revendiquée, comme celle qui a tué 21 touristes et un policier tunisien le 18 mars au musée du Bardo à Tunis, par le groupe Etat islamique (EI).

« Excellent outil de répression »

Depuis sa révolution il y a quatre ans, la Tunisie fait face à une progression de la mouvance jihadiste, déjà responsable de la mort de dizaines de policiers et de militaires.

Les Tunisiens ont récemment vécu plus de trois ans d’état d’urgence: instauré en janvier 2011, juste avant la fuite du président Zine El Abidine Ben Ali dans la foulée du soulèvement qui avait lancé « le Printemps arabe », il avait été sans cesse renouvelé avant d’être levé en mars 2014.

L’état d’urgence accorde des pouvoirs d’exception aux forces de l’ordre, et donne notamment le droit aux autorités d’interdire les grèves et les réunions « de nature à provoquer ou entretenir le désordre ».

Il autorise également les autorités à « prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ».

L’annonce de l’état d’urgence plus d’une semaine après l’attentat a par ailleurs suscité des interrogations. « Pourquoi huit jours après? », s’est ainsi demandé l’analyste tunisien indépendant Selim Kharrat, en mettant en garde contre l' »excellent outil de répression » qu’il pourrait représenter.

Le porte-parole de la présidence, Moez Sinaoui, s’est voulu rassurant: « ce sera fait dans le respect de la loi, pour une durée déterminée ».

Défaillances

Après l’attentat de Port El Kantaoui, la Tunisie a annoncé la mise en place d’un « plan exceptionnel », dont le déploiement de plus de mille agents armés supplémentaires pour sécuriser plages et sites touristiques.

Mais mercredi soir, jour de son entrée entrée en vigueur, le ministre de l’Intérieur avait lui-même constaté des carences à Hammamet, grande station balnéaire au sud de Tunis.

Le Premier ministre Habib Essid a lui reconnu vendredi que la police avait été trop lente lors de l’attentat, premier aveu officiel de défaillances sécuritaires pointées par plusieurs témoignages.

Dès le lendemain, les autorités ont annoncé le limogeage du gouverneur de Sousse ainsi que celui de plusieurs responsables de la police, à Kairouan (centre) où étudiait le tueur, à Sousse et à Gaafour (nord-ouest), sa ville d’origine.

Tout « comme il y a eu des défaillances sécuritaires, il y a eu des défaillances politiques », a déclaré à l’AFP Dhafer Néji, conseiller en communication auprès du chef du gouvernement.

Huit personnes, dont une femme, ont été arrêtées dans l’enquête sur l’attentat. M. Essid a précisé qu’il s’agissait d' »amis » du tueur qui vivaient avec lui à Kairouan et de membres de sa famille originaires de Siliana (nord-ouest), la région où vivent ses parents.

Les autorités tunisiennes ont affirmé que Seifeddine Rezgui, comme les deux auteurs de l’attentat du Bardo, s’était formé au maniement des armes en Libye.

M. Caïd Essebsi a évoqué samedi les « défis » posés par ce pays voisin livré au chaos. « Malheureusement aujourd’hui la Libye n’a pas d’Etat. Elle a des organisations différentes, toutes armées, et toute organisation est un Etat à elle seule », a-t-il dit.