Hémorragie de cadres au Burundi

Pierre Nkurunziza, le président burundais. © Marc Hofer/AP/SIPA

Face à Pierre Nkurunziza, acharné à briguer coûte que coûte un 3è mandat présidentiel, les détracteurs n'émanent pas seulement de la société civile et de l'opposition. Dans le camp présidentiel, pas une semaine ne s'écoule sans qu'un cadre important des institutions burundaises, généralement issu du CNDD-FDD, ne fasse défection.Voici la liste des principaux démissionnaires qui ont opté pour l'exil ou la clandestinité.

Général Pontien Gaciyubwenge

L’ancien ministre de la Défense s’est retrouvé pris entre le marteau et l’enclume. Après s’être fait le défenseur, début mai, des accords d’Arusha (donc de la voie légaliste anti-3è mandat), il s’était retrouvé dans le viseur du régime. Selon les généraux putschistes Ndayirukiye et Habarugira, il avait soutenu la tentative de coup d’État du 13 mai avant de se raviser, en constatant que le chef d’état-major avait joué double jeu. Il passe dans la clandestinité au lendemain du putsch avant de gagner l’Europe.

Spes-Caritas Ndironkeye

La vice-présidente de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a quitté le Burundi le 29 mai pour le Rwanda, après avoir laissé une lettre de démission expliquant sa défection.

Sylvère Nimpagaritse

Le vice-président de la Cour constitutionnelle a fui le Burundi le 4 mai du fait des pressions exercées sur les membres de cette institution pour qu’ils cautionnent le 3è mandat. « J’ai peur puisqu’ils commencent à me menacer par téléphone. Ils me disent que je vais assumer et que j’engage ma vie et celle de ma famille », déclarait-il à RFI au lendemain de sa fuite.

Pie Ntavyohanyuma

Membre de la première heure du CNDD-FDD, le Président de l’Assemblée nationale, opposé au « forcing » constitutionnel de Pierre Nkurunziza, qu’il estime « illégal », a quitté le pays fin juin pour la Belgique, à la faveur d’une réunion tenue à Genève.

Gervais Rufyikiri

Le 2e vice-président du régime a fui le Burundi le 24 juin pour se réfugier, lui aussi, en Belgique. « J’ai pris cette décision de quitter le pays car je sentais des menaces personnelles en raison de ma position, prise depuis le conseil des sages en mars, affirmait-il à France 24. Nous avions expliqué clairement notre position au président de République. Et comme l’ensemble des membres de ce conseil, j’ai reçu des menaces personnelles. »

Général Godefroid Niyombare

Officier emblématique de l’ex-rébellion hutue puis de la nouvelle armée burundaise, dont il fut le premier chef d’état-major, l’ancien patron des services de renseignement a mené le coup d’Etat avorté du 13 mai. Passé dans la clandestinité, il aurait quitté le pays sans qu’on sache où il se trouve actuellement. Malgré son échec, il conserve des fidèles au sein des forces armées burundaises.

Général Philibert Habarugira

Dans une interview diffusée sur SoundCloud le week-end dernier, cet officier qui occupait la fonction de directeur général des approvisionnements et de la gestion au ministère de la Défense, affirmait son soutien au général Niyombare et annonçait son engagement au sein d’une rébellion armée dont il espère qu’elle prendra bientôt le contrôle du pays.

Onésime Nduwimana

L’ancien porte-parole du CNDD-FDD fut l’un des premiers cadres à faire défection. Placé à la tête de la Socabu, la principale société d’assurance, du pays, il en a été limogé fin mars, ainsi que du parti présidentiel, après avoir signé la pétition hostile au 3e mandat de Pierre Nkurunziza. Dans la foulée, alors qu’il s’apprêtait à embarquer sur un vol pour Bruxelles, son passeport diplomatique lui est confisqué par les services de sécurité. Depuis, il est passé dans la clandestinité.

Geneviève Kanyange

Présidente de la Ligue des femmes du parti présidentiel, elle fait partie des 18 hauts cadres du CNDD-FDD qui ont demandé à Pierre Nkurunziza, le 20 mars, « de tenir compte des préoccupations d’une immense majorité des militants du CNDD-FDD en renonçant à se porter candidat au poste de président de la République pour la prochaine élection présidentielle ». Elle a fui le pays début juin.

Moïse Bucumi

Ce frondeur issu des rangs du CNDD-FDD, député au Parlement panafricain, vit désormais en exil en Afrique. Après avoir fait défection, il a livré des confidences sur un plan concocté par les faucons du régime Nkurunziza visant à éliminer des membres de la société civile et de l’opposition.

Aimé Nkurunziza

Député CNDD-FDD, le président de la Commission chargée des affaires politiques administratives et des relations extérieures à fait ses valises pour le Rwanda début juin, non sans dénoncer la « tricherie » en préparation visant à remplacer deux membres de la CENI qui l’ont précédé en exil.