Infographies : en Afrique, le nombre de réfugiés et de déplacés en très forte hausse

Des fillettes nigérianes ont fui Boko Haram et se sont réfugiées au Tchad, dans le camp de Baga Solo, ouvert en janvier 2015 et qui accueille plus de 6 000 réfugiés. © Jérome Delay/AP/SIPA

Le nombre de réfugiés explose dans toutes les régions du monde. L'Afrique ne fait pas exception à la règle, avec 17 millions de personnes déracinées fin 2014. Du jamais vu.

Jamais le monde n’avait compté autant de réfugiés et de déplacés. En 2014, leur nombre a atteint le triste record de 60 millions, déplore le Haut commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR) dans son dernier rapport, publié en juin.

Chaque jour, 42 500 personnes sont poussées à fuir à cause des conflits. Les chiffres donnent le tournis : une personne sur 122 est désormais soit réfugiée, soit déplacée soit demandeuse d’asile. « Si cette population correspondait à celle d’un pays, celui-ci se classerait au 24e rang au niveau mondial », souligne le rapport du HCR.

Des chiffres sous estimés pour l’Afrique

En Afrique comme dans toutes les régions du monde, la hausse est vertigineuse. Depuis 2012, de plus en plus d’Africains sont contraints de fuir, principalement à cause des conflits. Fin 2014, 17 millions d’entre eux avaient du quitter leur domicile.

« Ces chiffres augmentent grandement et nous attendons une nouvelle hausse pour 2015 », explique à Jeune Afrique Simplice Kpandji, chargé de « reporting » pour l’Afrique de l’Ouest au HCR. « Le rapport évoque une augmentation de 17% pour l’Afrique subsaharienne, mais ces chiffres sont sous-estimés car ils ne tiennent pas compte du Nigeria, faute de données fiables », poursuit Simplice Kpandji.

Les pays en conflit, principaux pourvoyeurs de réfugiés et de déplacés

Sans surprise, cette hausse est attribuée à l’éclatement ou à la résurgence de conflits, souligne le HCR. L’organisme en a dénombré huit en Afrique ces cinq dernières années : en Côte d’Ivoire, en Centrafrique, en Libye, au Mali, dans le nord du Nigeria, en RDC, au Soudan du sud et tout récemment au Burundi. Sur le continent, ces pays étaient fin 2014 les plus pourvoyeurs de réfugiés et de déplacés :

Quel pays africain accueille le plus de réfugiés et de déplacés ?

Là encore, les données suivent les conflits. Mais contrairement aux années précédentes, l’Éthiopie est désormais le pays africain qui accueille le plus de réfugiés, détrônant ainsi le Kenya. L’Éthiopie « se classe au cinquième rang des pays hôtes à travers le monde », précise le HCR.

Le classement confirme que les réfugiés rejoignent en très grande majorité les pays pauvres. Une situation financièrement intenable pour les États concernés. « C’est très difficile pour des pays comme l’Éthiopie. Le pays ne pourra pas supporter cette situation sans l’appui de la communauté internationale », prévient Simplice Kpandji.

Très peu de retours

Une situation tout aussi invivable pour les réfugiés, confrontés à l’intolérance grandissante des populations des pays hôtes. « Les pays offrent l’asile à leurs voisins, mais ce sont des États pauvres. Plus la situation dure, plus la méfiance et l’intolérance s’installent chez les populations du pays d’accueil », déplore Simplice Kpandji. Ce serait notamment le cas des réfugiés nigérians, pour la plupart installés au Cameroun, au Tchad, ou encore au Niger.

Pour ne rien arranger, de moins en moins de réfugiés et de déplacés peuvent prendre le chemin de retour. Au Mali, à peine 21 000 réfugiés sur 140 000 ont pu retourner chez eux en 2014. « Nous avons constaté à un moment donné un retour spontané des Maliens, mais il y a eu un net coup d’arrêt avec la résurgence du conflit dans le nord du pays. Nous comptons sur l’accord de paix signé à Bamako pour permettre leur retour », espère Simplice Kpandji.