Érythrée : le gouvernement est-il responsable de crimes contre l’humanité ?

Par Jeune Afrique avec AFP

Un réfugié de la dictature en Erythrée, à Rome, à l'occasion de la journée mondiale des réfugiés, le 20 juin 2015. © Tiziana Fabi/AFP

Le président de la Commission d'enquête sur les violations des droits de l'homme en Érythrée a demandé mercredi que l'ONU se prononce sur la responsabilité du gouvernement érythréen dans les crimes contre l'humanité que son rapport a dénoncés.

La commission n’avait ni le mandat ni les moyens d’établir la responsabilité du régime érythréen dans les violations des droits de l’homme dans le pays, a indiqué le 24 juin Mike Smith, son président. Dans son rapport de 500 pages rendu public début juin, l’institution souligne les violations « systématiques et à grande échelle » des droits de l’homme par le gouvernement, qui poussent quelque 5 000 Érythréens à fuir leur pays chaque mois. Certaines violations « pourraient constituer des crimes contre l’humanité », précise le document.

Dans ses recommandations à la communauté internationale et au Conseil de sécurité de l’ONU, la commission suggère différente pistes, a précisé Mike Smith. « Nous n’avons pas eu le temps, les ressources ou la possibilité de nous déterminer [sur les crimes contre l’humanité] et nous avons simplement recommandé qu’un mécanisme puisse étudier cette question ».

Après une année d’enquête, trois experts mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU ont décrit un système répressif où les gens sont régulièrement arrêtés, détenus, torturés ou portés disparus et tués. Ces violations interviennent « à une échelle rarement constatée ailleurs », ajoutent-ils.

Asmara proteste

L’Érythrée s’était opposée à la création de la commission en juin 2014 et n’a pas autorisé les enquêteurs de l’ONU à se rendre sur place. Elle a catégoriquement rejeté les conclusions de ce rapport, les qualifiant « d’accusations scandaleuses ».

Après 22 ans de régime du président Issyas Afewerki, le rapport évoque un système orwellien de surveillance de masse, où voisins et membres de la famille doivent rendre compte les uns sur les autres, où les personnes sont détenues pendant des années dans des conditions horribles sans même savoir pourquoi, où le service militaire à durée illimitée permet au régime de compter sur une main d’œuvre réduite à l’état d’esclavage pendant des décennies.

Exode de centaines de milliers de personnes, risque de céder aux trafiquants et aux passeurs ou d’être victime de l’ordre de « tirer pour tuer » donné aux forces de sécurité gardant la frontière : les réfugiés érythréens constituent la seconde population après les Syriens à se lancer dans la périlleuse traversée de la Méditerranée.

A la mi-2014, le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU avait estimé leur nombre à 360 000, répartis dans le monde, pour une population totale estimée à 6,3 millions d’habitants.