Au sud du Sahara, Banque populaire avance en douceur

La banque mutualiste va décliner ses compétences en matière de bancarisation, de crédits aux particuliers et aux PME dans les sept filiales du Groupe Banque Atlantique, acquis fin septembre. © DR

Aux commandes de Banque Atlantique depuis quelques semaines, le groupe marocain Banque Populaire prône la continuité. Ses priorités à court terme ? La maîtrise des risques et la mise en oeuvre de synergies commerciales simples.

En douceur, Banque populaire prend les manettes du groupe Banque Atlantique, dont l’acquisition a été finalisée fin septembre. Depuis quelques semaines, le groupe bancaire marocain a envoyé certains de ses hommes occuper des postes clés, mais sans coup de force. « Les choses se passent en douceur, conformément aux méthodes de notre groupe mutualiste », souligne Mohamed Zine, directeur général adjoint chargé des risques et de l’international.

Mise à niveau

À Abidjan, Souleymane Diarrassouba joue toujours le premier rôle, désormais en tant que directeur général du nouveau holding de tête, Atlantic Bank International, détenu à parts égales par Banque populaire et les anciens actionnaires du groupe Banque Atlantique, dont Koné Dossongui. À ses côtés, des responsables marocains ont été nommés au contrôle des risques et à l’inspection générale. Au sein des filiales, les équipes de management ont été conservées. Seule exception : un directeur général adjoint a été placé au sein de Banque Atlantique Côte d’Ivoire (Baci), la principale des sept filiales bancaires du groupe (avec le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Togo et le Sénégal) et, surtout, la plus fragile financièrement. « Il nous incombe tout d’abord de procéder à une mise à niveau, en termes de solidité financière et de gouvernance, des institutions bancaires où nous sommes présents », commente prudemment Mohamed Benchaaboun, PDG de Banque populaire. Le détail des difficultés au sein de Baci n’est pas connu, mais redresser cette filiale est la priorité immédiate. C’est d’ailleurs à cela qu’a servi l’essentiel du milliard de dirhams (environ 90 millions d’euros) apporté par Banque populaire.

Il nous incombe tout d’abord de procéder à une mise à niveau, en termes de solidité financière et de gouvernance, des institutions bancaires où nous sommes présents.
Mohamed Benchaaboun, PDG de Banque populaire

Pas de dépenses inconsidérées

Sur le plan commercial, le groupe marocain entend finaliser au premier semestre 2013 l’analyse détaillée de l’ensemble des filiales, avant de mettre en oeuvre un plan de développement plus important. Si le réseau ne compte que 159 agences aujourd’hui (contre 1 065 au Maroc), le nouvel actionnaire ne compte pas s’engager immédiatement dans des dépenses inconsidérées. « Il nous faut d’abord étudier la rentabilité des agences existantes, souligne un dirigeant de la banque. À ce jour, si toutes les filiales hors Côte d’Ivoire sont très rentables, nous ne connaissons pas avec précision les performances de tel ou tel site. » Pas d’acquisition majeure en vue non plus… « En termes géographiques, la priorité est le Cameroun, laissé à l’écart du deal, rappelle Souleymane Diarrassouba. Il y avait des problèmes légaux qui ont empêché d’intégrer la filiale camerounaise. » Un déploiement en Afrique centrale francophone sera ensuite possible.

Le sociétaire au coeur du modèle

Au Maroc, Banque populaire offre un nouveau visage. Alors que le groupe amorce enfin une véritable stratégie africaine, le capital du holding central, Banque centrale populaire (BCP), a été largement restructuré. Deux investisseurs ont fait leur entrée à hauteur de 5 % chacun, le français BPCE et la Société financière internationale. Un troisième devrait suivre sous peu. L’État a presque finalisé sa sortie du capital, permettant la montée simultanée des banques populaires régionales au tour de table de BCP. « Il s’agit d’une architecture unique dans le monde arabe basée sur l’existence de banques régionales de plein exercice qui détiennent la majorité du capital du holding central, souligne Mohamed Benchaaboun, le PDG. Le client, qu’on appelle sociétaire, se trouve au coeur du modèle d’affaires car il est représenté, par le biais des différentes élections, au sein des plus hautes instances de gouvernance. » Une organisation qui se veut aussi le vecteur d’une culture du management basée sur le consensus et le rejet des coups financiers. F.M.

À court terme, selon un schéma qui sera entériné mi-décembre, la priorité est de développer les synergies commerciales les plus évidentes. « Nous envisageons la déclinaison de notre modèle d’affaires basé sur la bancarisation, sur le financement de l’économie réelle à travers le tissu des PME et des TPE, et sur la facilitation de l’accès aux services bancaires au profit d’une plus large frange de la population », précise Mohamed Benchaaboun. « Nous allons développer des produits simples que nous maîtrisons chez nous, comme le crédit à l’habitat ou le crédit à la consommation, détaille Mohamed Zine. Nous allons aussi apporter à Banque Atlantique nos outils de contrôle des risques, qui nous permettent de travailler au Maroc avec les PME et le grand public. »

Clientèle des Africains résidant à l’étranger

Autre chantier : le développement de la clientèle des Africains résidant à l’étranger. Un autre domaine d’expertise traditionnel de Banque populaire, leader historique auprès des Marocains installés en Europe, avec une part de marché de 53 %. Banque Atlantique, peu présent sur ce segment, s’appuiera sur le dispositif européen du groupe, principalement via la filiale française de celui-ci, Chaabi Bank (présente également en Allemagne, en Espagne, en Italie et aux Pays-Bas), pour servir la diaspora ouest-africaine.

Enfin, des développements dans la microfinance, autre domaine de prédilection du groupe marocain, sont sérieusement envisagés. 

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