L’Afrique francophone : allez-y, c’est le moment !

par Jeune Afrique

Yves-Justice Djimi © DR

Yves-Justice Djimi est avocat à la Cour, Solicitor of the Supreme Court of England and Wales et collaborateur au cabinet Webber Wentzel, l'un des principaux cabinets d'avocats d'affaires en Afrique du Sud. L'Afrique est considérée comme la deuxième région du monde après l'Asie où l'on enregistre les plus forts taux de croissance. Selon le Fonds monétaire international (FMI), sept pays africains devraient compter parmi les dix économies les plus performantes au monde au cours de la période 2011-2015.  Cependant, l'Afrique est loin d'être un bloc monolithique. Dès lors, la question que se pose tout investisseur est : par où commencer ?   Un premier moyen de morceler le continent est par la langue et le système juridique dans lequel chaque pays africain opère, ce qui nous amène à nous tourner vers l'Afrique francophone. Cette région représente 31 pays sur 54 en Afrique et avec une population en forte croissante et une classe moyenne en plein essor, elle est une destination privilégiée pour les investisseurs notamment dans le domaine des ressources naturelles et des industries de consommation. C'est également l'une des régions les plus importantes et les plus riches en ressources naturelles, notamment pour l'or, le pétrole, le gaz et autres matières premières.

 

Pourtant, au cours de la dernière décennie, on constate un sous-investissement venant de l’Afrique du Sud, la première économie du continent africain, représentant 40% du PIB total de l’Afrique. La domination des affaires en Afrique francophone par des sociétés françaises et belges ainsi qu’une culture d’entreprise et des systèmes juridiques différents,  en plus de la barrière linguistique, ont longtemps été présentées comme des obstacles pour des sociétés sud-africaines à investir en Afrique francophone.
 

En outre, le fait qu’il y ait eu un manque de connaissances sur les opportunités d’investissement ainsi que sur l’environnement global dans la plupart des pays francophones en raison de la persistance des conflits et de l’instabilité politique, a contribué à ce retard.  Enfin, la perception par les sociétés sud-africaines, que négocier et faire des affaires en Afrique francophone est plus difficile en raison d’un environnement réglementaire complexe et d’une bureaucratie tortueuse, peut expliquer en partie ce manque d’incitation pour les entreprises sud-africaines à investir en Afrique francophone.

Le Sénégal, par exemple, a réduit le temps nécessaire pour créer une entreprise à seulement cinq jours grâce à son système de guichet unique

Cependant, la situation est rapidement en train d’évoluer. Les gouvernements des pays d’Afrique francophone sont de plus en plus conscients du potentiel qu’ils peuvent offrir à un éventail d’investisseurs beaucoup plus large que les seules entreprises des pays francophones européens. Le Sénégal, par exemple, a réduit le temps nécessaire pour créer une entreprise à seulement cinq jours grâce à son système de guichet unique, et dans le même temps, l’obtention d’un permis de construire au Burkina Faso ne prend que 98 jours, ce qui est plus rapide que plusieurs pays développés d’Europe. Cette évolution a été accompagnée par une plus grande stabilité politique dans la région illustrée par le succès récent de la transition politique au Sénégal, le retour en Côte d’Ivoire à la stabilité politique durable et l’élection présidentielle de 2010 en Guinée, qui a été largement considéré comme la première élection véritablement ouverte et transparente dans l’histoire de la Guinée. Voilà autant de bonnes nouvelles et d’incitations pour les entreprises sud-africaines à venir investir massivement en Afrique francophone.

D’autres facteurs externes contribuent aujourd’hui à un environnement plus favorable aux affaires en Afrique francophone.

Le droit Ohada offre un cadre juridique plus sûr et plus impartial avec la présence d’une Cour supranationale et contribue à renforcer un environnement de sécurité juridique propice à la création d’entreprise et à la croissance.

Premièrement,  grâce à l’Organisation pour l’Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique (Ohada), s’applique la même règle de droit des affaires dans la majorité des pays d’Afrique francophone. À l’origine basé sur le droit français, le droit de l’OHADA est aujourd’hui en avance dans plusieurs sujets sur le droit français, c’est notamment le cas s’agissant de la protection des créanciers avec l’introduction récente d’un agent des sûretés. Le droit OHADA constitue assurément une avancée majeure dans l’émergence d’un environnement plus favorable aux affaires en Afrique francophone, il offre un cadre juridique plus sûr et plus impartial avec la présence d’une Cour supranationale de la Justice et d’Arbitrage basée en Côte d’Ivoire (ce qui élimine le risque d’ingérence politique) et contribue à renforcer un environnement de sécurité juridique propice à la création d’entreprise et à la croissance. Ohada continue d’attirer de nombreux pays en son sein, ainsi la République Démocratique du Congo, le pays francophone le plus grand et le plus peuplé d’Afrique vient de rejoindre l’Organisation en tant que 17e État-membre.

Deuxièmement, autre facteur important de ce nouvel environnement favorable et d’incitation pour les entreprises sud-africaines, la monnaie commune: le franc CFA. Adoptée par la plupart des pays francophones d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale, le franc CFA a permis de maîtriser l’inflation et de conserver la confiance des investisseurs. Il a également résisté à de fortes pressions économiques, d’autant plus que la plupart des pays membres dépendent des exportations de produits de matière première aux prix volatils, et après avoir enduré l’instabilité politique, la crédibilité de l’union franc CFA est restée intacte, tant sur le plan politique et économique.

Alors que la concurrence pour les affaires à travers l’Afrique s’intensifie, les pays francophones représentent des opportunités d’investissement à fort potentiel sur des marches encore peu concurrentiel.

La dernière incitation pour les investisseurs sud-africains repose sur le fait que l’Afrique francophone dispose d’une base très importante de ressources encore inexploitées, ainsi qu’une classe moyenne en pleine expansion avec un pays comme le Gabon qui se classe désormais dans le groupe des pays à revenu intermédiaire.

Alors que la concurrence pour les affaires à travers l’Afrique s’intensifie, les pays francophones représentent des opportunités d’investissement à fort potentiel sur des marchés encore peu concurrentiel et offre la possibilité d’être le premier sur le marché et ainsi d’engranger des bénéfices substantiels. Ceci est illustré par l’émergence et le succès de champions d’Afrique francophone tel qu’Ecobank au Togo fondée en 1985 et aujourd’hui l’une des plus grandes banques en Afrique, avec une présence dans 32 pays.

Certaines entreprises sud-africaines ayant investi en Afrique francophone ont aussi très bien réussi tels que MTN, en forte croissance dans les pays francophones et encore le géant de la bière SAB Miller notamment via ses accords avec le groupe Castel. Au moment où l’Afrique du Sud connait un ralentissement de son taux de croissance inférieur à 2.5% pour 2012 alors qu’en moyenne, le taux de croissance en Afrique dépasse les 5%, pour tout investisseur sud-africain à la recherche de nouveaux de marché en forte croissance, l’Afrique francophone représente un formidable marché.