Droits de l’homme : chaque mois, 5 000 Érythréens fuient leur pays

Par Jeune Afrique

Des réfugiés érythréens dans le camp d'Endabaguna, dans le nord de l'Ethiopie, en août 2011 © Jenny Vaughan/AFP

Les experts mandatés par l'ONU ont évoqué des violations des droits de l'homme "à une échelle rarement constatée ailleurs".

Détention arbitraire, torture, assassinat, esclavage sexuel… Chaque mois, 5 000 Érythréens sont poussés à fuir leur pays à cause des violations « systématiques et à grande échelle » des droits de l’homme par le gouvernement, selon une enquête des Nations unies.

Après une année d’investigation, trois experts mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU ont décrit dans un rapport de 500 pages le système répressif mis en place dans le pays, où les gens sont régulièrement arrêtés, détenus, torturés ou portés disparus et tués.

« Des violations systématiques et à grande échelle des droits de l’homme ont été et sont commises en Érythrée sous l’autorité du gouvernement (…) certaines pourraient constituer des crimes contre l’humanité », affirment les experts dont le rapport a été publié lundi. Ces violations interviennent « à une échelle rarement constatée ailleurs », ajoutent-ils.

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360 000 Érythréens répartis dans le monde

Conséquence, des centaines de milliers d’Érythréens quittent leur pays, s’exposant dans leur fuite aux multiples dangers des trafiquants et des passeurs, mais aussi à l’ordre « tirer pour tuer » donné aux forces de sécurité gardant la frontière.

À la mi-2014, le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU avait estimé leur nombre à 360 000 répartis dans le monde, pour une population totale estimée à 6,3 millions d’habitants. Après les Syriens, ils constituent la seconde population à se lancer dans la périlleuse traversée de la Méditerranée.

Un système orwellien

Après 22 ans de régime du président Issaias Afeworki, le rapport évoque un système orwellien de surveillance de masse, où voisins et membres de la famille doivent rendre compte les uns sur les autres, où les personnes sont détenues pendant des années dans des conditions horribles sans même savoir pourquoi, où le service militaire à durée illimitée permet au régime de compter sur une main d’œuvre réduite à l’état d’esclavage pendant des décades.

L’Érythrée, petit pays fermé de la Corne de l’Afrique, s’était opposée à la création de cette commission en juin 2014. Le pays n’avait pas autorisé les enquêteurs de l’ONU à se rendre sur place.

Des témoignages difficiles à recueillir

L’Érythrée est dirigée d’une main de fer par le président Issaias Afeworki depuis son indépendance de fait en 1991, après 30 ans de guerre d’indépendance contre l’Éthiopie. « Le pays est gouverné non pas par la loi mais par la terreur », a déclaré Sheila Keetharuth, une des auteurs du rapport. Il a été établi avec des entretiens avec 550 Érythréens vivant à l’étranger.

Il n’a pas été facile de convaincre certains de témoigner, tant le réseau d’espionnage du régime est aussi actif à l’étranger, entraînant des craintes de représailles contre les familles. La torture est tellement répandue que « c’est une politique du gouvernement d’encourager son emploi », souligne le rapport.

Outre l’esclavagisme dans le travail, « l’esclavage sexuel » est lui aussi routinier. Un témoin a raconté comment il a reçu pour instructions d’amener des filles dans les chambres des officiers. Il conduisait ainsi une à deux filles par jour et en trois ans il estime avoir conduit quelques 1 200 filles, précise le rapport.

(Avec AFP)

 

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