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Niger : une marche citoyenne « contre les dérives autoritaires du gouvernement »

Écrit par Claire Rainfroy

Le village de Nougboua, sur les rives du lac Tchad, pris d'assaut en janvier par Boko Haram © Sia Kambou/AFP

À l'appel de 38 organisations de la société civile, une marche aura lieu samedi 6 juin dans la capitale nigérienne, Niamey. Objectif : contrecarrer "les dérives autoritaires du régime actuel".

Les organisations de la société civile nigérienne sont prêtes à battre le pavé. À l’appel de 38 d’entre elles, une marche citoyenne aura lieu samedi 6 juin dans la capitale, Niamey, pour protester contre la "gestion" du pays et les "dérives autoritaires" du gouvernement, selon le communiqué d’appel à manifester. En cause, notamment : les arrestations fin mai de deux leaders de la société civile : Nouhou Arzika, président du Mouvement pour une citoyenneté responsable (MPCR) et Moussa Tchangari, secrétaire général de l’Association alternative espace citoyen (AEC).

Leur tort ? Avoir critiqué dans la presse l’évacuation par les autorités des réfugiés des îles du lac Tchad, infiltrées par Boko Haram. Mais aussi d’avoir mis en cause les autorités nigériennes, accusées de se servir de la lutte contre le groupe terroriste pour procéder à des arrestations et museler la société civile.

>> Lire aussi : Niger : quand la lutte contre Boko Haram menace la liberté d’expression

Moussa Tchangari en a récemment fait les frais. Arrêté le 18 mai, le journaliste avait dans un premier temps été accusé de complicité avec une "entreprise terroriste", en l’occurrence Boko haram. Libéré dix jours plus tard, il reste inculpé d »atteinte à la défense nationale". C’est ce climat délétère qui justifie la marche de samedi, explique Moussa Tchangari à Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Quel est l’objectif de votre marche ?

Moussa Tchangari : Nous attendons que le gouvernement revoit sa copie sur la gestion du pays. Notamment sur la question sécuritaire dans la région de Diffa, où les forces de défense et de sécutité affrontent Boko haram. Dans cette région, les droits de l’homme passent parfois à la trappe.

Nous voulons aussi que le gouvernement nous laisse travailler sur le terrain. Et que la commission des droits de l’homme et des libertés fondamentales soit libre de se rendre à Diffa pour constater la situation des réfugiés du lac Tchad. Il faut que le climat change : que le droit d’expression et de manifestation soit respecté par les autorités.

Ne craignez-vous pas des tensions avec les autorités lors de cette marche ?

C’est une marche pacifique et citoyenne. Nous écartons l’hypothèse des troubles, puisque la manifestation n’a pas été interdite. Nous avons d’ailleurs accepté, en geste de bonne volonté, de reporter la marche au 6 juin, suite à la visite du nouveau président nigérian Muhammadu Buhari.

Mais s’il y a des problèmes, ce serait bien sûr une occasion en or pour certains de nous arrêter. Ce n’est donc pas dans notre intérêt.

Dans une interview accordée vendredi à RFI, Mohamed Bazoum vous a accusé d’appartenir à un parti de l’opposition, sans préciser lequel. Il vous a également reproché de ne pas condamner Boko haram. Comment réagissez-vous à ces propos ?

C’est complètement faux. Dans notre rapport sur la situation des réfugiés des îles du lac Tchad, nous avons aussi exposé les exactions commises par Boko haram. Bien sûr que nous condamnons Boko haram, c’est évident !

Mohamed Bazoum raconte des histoires. Je ne suis pas un acteur politique, je suis un membre de la société civile. Par ailleurs, j’ai parfaitement le droit de m’engager dans un parti politique si je le souhaite. 

Ce ne sont que des accusations orchestrées par le pouvoir pour décourager les gens d’aller à la marche. Dans la plupart des pays, les citoyens manifestent lorsqu’ils ne sont pas contents de la gestion du pays, de certaines dérives. Et bien c’est notre droit aussi au Niger.

>> Lire aussi Mouvements citoyens africains : qui sont ces jeunes leaders qui font du bruit ?
 

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