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Corée du Nord : arme d’intoxication massive

Kim Jong-Un, le dirigeant nord-coréen. © AFP

Le ministre de la Défense a-t-il été exécuté au canon antiaérien parce qu'il se serait endormi pendant un défilé militaire ? La rumeur en a couru. Elle est probablement fausse.

Le ministre nord-coréen de la Défense a-t-il vraiment été exécuté parce qu’il s’était assoupi au cours d’un défilé militaire ? Au début de ce mois de mai, l’information a été reprise par la presse internationale, étrangement unanime, avec profusion de titres et de commentaires sur la violence et le caractère imprévisible du régime de Pyongyang. Elle est pourtant loin d’être avérée.

Retour sur les faits. Mercredi 13 mai, les services de renseignements sud-coréens (NIS) annoncent que Hyon Yong-chol (66 ans), l’un des plus proches collaborateurs du jeune dirigeant Kim Jong-un, aurait été exécuté au moyen d’un canon antiaérien, le 30 avril, devant une centaine de témoins. Très vite, des photos satellite du camp militaire de Kanggon sont publiées.

Elles permettent, nous explique-t-on, "d’identifier des ZPU-4 orientés vers une cible au sol". De quoi alimenter l’avidité des médias et embarrasser les Sud-Coréens. Dès le lendemain, le porte-parole du NIS précise d’ailleurs que, contrairement à ce qui a d’abord été annoncé, l’exécution n’est pas confirmée. Du coup, le doute s’insinue. D’autant que, le 12 mai, soit douze jours après son exécution présumée, Hyon Yong-chol est apparu à la télévision au côté de Kim Jong-un.

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Il s’agit certes d’images d’archives, mais les experts sont formels : d’ordinaire, les personnalités déchues disparaissent dans l’instant des médias officiels. Or tel n’est pas le cas. Cherche-t-on le nom du ministre de la Défense sur Uriminzokkiri, le site du régime, que des centaines de résultats s’affichent. À titre de comparaison, après l’exécution en décembre 2013 de Jang Song-thaek, l’oncle de Kim Jong-un, son image avait été du jour au lendemain effacée de toutes les vidéos et photos officielles…

Rocambolesque

Ce n’est pas la première fois que les médias enterrent prématurément un haut responsable nord-coréen. En 2012, la disparition de Kim Jong-gak, le ministre de la Défense de l’époque, avait été annoncée. Quelques mois plus tard, on découvrait que le présumé disparu se portait comme un charme : il était recteur de l’université militaire Kim-Il-sung.

De même, les histoires les plus rocambolesques ont couru sur le compte de Kim Kyong-hui, l’épouse de Jang Song-thaek – lequel n’a pas été, comme on l’a prétendu, dévoré par des chiens affamés, mais banalement fusillé. Tour à tour, on l’a dite morte, agonisante dans un hôpital helvétique, plongée dans un coma profond, victime d’une purge, voire, selon le témoignage d’un transfuge recueilli le 12 mai par CNN, "empoisonnée sur ordre de Kim Jong-un".Elle serait en réalité bien vivante, quoique fort âgée et affaiblie par la maladie.

Qui croire, et comment s’y retrouver ? Les services sud-coréens estiment que Hyon Yong-chol a vraisemblablement été démis de ses fonctions – entendre : limogé ou incarcéré. Cela n’aurait rien de surprenant : depuis 2012, quatre généraux se sont succédé au ministère de la Défense. Jusqu’ici, la carrière de Hyon avait pourtant été exemplaire.

Il s’était même vu confier le commandement du 8e corps d’armée, qui contrôle la région septentrionale où est implantée la centrale nucléaire de Yongbyon. Avait-il pris trop d’importance et constituait-il une menace pour le pouvoir ?

Fragilisé ?

À Séoul, on semble croire que la fréquence des purges de l’autre côté de la frontière (quinze hauts dignitaires auraient été écartés en avril) trahit une instabilité croissante du régime. Et on s’en inquiète. À la mi-avril, le Parlement a approuvé une augmentation de 7 % du budget de la défense, pendant cinq ans. Il est vrai que, depuis 2012, Kim Jong-un s’est peu à peu débarrassé des conseillers de son père afin de s’entourer de ministres et de collaborateurs plus jeunes et entièrement dévoués à sa personne.

Faut-il en déduire que son pouvoir est fragilisé ? L’analyste Nicolas Levi, du centre de recherches Pologne-Asie, n’en est pas convaincu. "Les changements à la tête des structures politiques nord-coréennes, estime-t-il, sont destinés à empêcher la formation de factions au sein de l’appareil politico-militaire. Dans le passé, les secrétaires régionaux du Parti du travail étaient régulièrement remplacés au nom de ce principe." En d’autres termes : purger pour mieux régner !

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