Togo : Dod-Zi, toujours en campagne

Autoportrait de Dod-Zi © Dod-Zi

Ayant pour seuls armes une feuille de papier et un crayon, ils croquent, à pleine dents, les thèmes les plus tabous de la société : religion, sexe, chefs d'Etat, tout y passe ! Portraits choisis de ces dessinateurs africains qui défendent la liberté d'expression, coûte que coûte. Dod-Zi est togolais.

Né il y a trente-trois ans dans un quartier populaire de Lomé, Kokouvi Dodjivi Anthony, alias Dod-Zi, ne se remet toujours pas du "drame du 7 janvier". Ce jour-là, il a vu ses modèles, ses confrères de Charlie Hebdo, tomber sous les balles des "ennemis du rire et de la bonne humeur". Le caricaturiste togolais, à l’allure d’adolescent malgré une barbichette épaisse, a succombé aux sirènes du dessin de presse en 2005, aux portes du baccalauréat.

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"Mon échec à cet examen m’a ouvert les yeux sur ma vocation", révèle-t-il. Pourtant, ce n’est que trois ans plus tard, en 2008, qu’il décroche son premier emploi au sein du journal Togo Réveil. "Mon travail est alors de construire des récits autour de la vie politique", explique-t-il. Il s’impose très vite comme l’une des figures de la caricature dans son pays.

À partir de 2008, le paysage journalistique togolais a en effet vu éclore des parutions satiriques, et le magazine Sikaa – l’un des plus vendus dans le pays et à la pointe de ce mouvement – recrute Dod-Zi en 2010. C’est le début de la notoriété. Avec ses amis Donald Donisen, Zefino, Achille, Chidi et Manu, Dod-Zi suscite chaque semaine l’hilarité de plus de 15 000 lecteurs, un record pour la presse hebdomadaire locale.

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Et pour arrondir ses fins de mois, celui qui a l’habitude de suivre les hommes politiques s’investit dans d’autres campagnes, celles de sensibilisation, comme en ce moment pour le compte du Pnud au sujet de la non-violence en période électorale. Mais le métier n’est pas aisé.

"Nos confrères des pays développés ont du matériel sophistiqué pour réaliser leurs dessins. Nous, nous sommes encore au crayon et à la gomme", s’amuse Dod-Zi. Des menaces, il n’en a jamais reçu, du moins pas directement. "Le directeur de publication reçoit parfois des rappels à l’ordre, mais rien de méchant", explique-t-il.

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