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RDC – Ève Bazaiba (MLC) : « Je ne trahirai pas Bemba »

Eve Bazaiba, Secrétaire générale du Mouvement de libération de Congo. © Camille Millerand/Divergence pour J.A.

Elle militait aux côtés d'Étienne Tshisekedi. Puis, en 2006, elle a rejoint le leader du MLC, dont elle est désormais le bras droit et à qui elle vient de rendre visite dans sa prison de La Haye. Un choix que cette opposante résolue au régime Kabila ne regrette nullement.

Au début des années 1990, elle n’était pas trentenaire qu’elle faisait déjà ses premières armes en politique aux côtés d’Étienne Tshisekedi, l’opposant historique et actuel président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

Mais c’est au sein du Mouvement de libération du Congo (MLC), le parti de Jean-Pierre Bemba – aujourd’hui détenu à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, aux Pays-Bas -, qu’elle a atteint la consécration : à bientôt 50 ans, Ève Bazaiba Masudi a en effet été nommée, fin 2014, secrétaire générale de la deuxième force parlementaire de l’opposition.

Un poste clé, mais parfois un tremplin pour ambitieux : ses trois prédécesseurs ont rejoint le président Joseph Kabila, avant d’être exclus du MLC. Dernier en date, Thomas Luhaka, nommé vice-Premier ministre dans le gouvernement de "cohésion nationale".

Bazaiba se dit "exaspérée de voir des opposants corruptibles" faire preuve d’un tel opportunisme. "Je ne trahirai pas Bemba ni le MLC", jure-t-elle sans ciller, pour bien montrer qu’elle ne mange pas de ce pain-là.


Eve Bazaiba : "S’il s’aime, Joseph Kabila sait que c’est son deuxième et dernier mandat" by Jeune Afrique

Le 22 avril, deux jours avant de se rendre au siège de Jeune Afrique à Paris, la députée de Basoko (Province orientale) a rendu visite au "patron", dans le quartier pénitentiaire de la CPI.

Elle lui a notamment fait un compte rendu des travaux du Réseau parlementaire sur la Banque mondiale et le FMI, auxquels elle a pris part à Washington. C’est la troisième fois en moins de quatre mois qu’elle rencontre Bemba, "pour éviter une dichotomie de langage entre le président national du parti et sa secrétaire générale", argue-t-elle.

Elle et lui apprennent encore à se connaître. Mais l’estime est mutuelle, si l’on en croit Bazaiba. "C’est lui qui a envoyé son directeur de cabinet me chercher", rappelle cette mère de quatre enfants.

La scène se passe en août 2006, alors que Kabila et Bemba s’apprêtent à s’affronter au second tour de la présidentielle. Bazaiba est alors cadre de l’UDPS mais, passant outre au boycott prôné par Tshisekedi, elle décide de se présenter comme candidate indépendante aux législatives.

Elle échoue ? Qu’importe : elle ne baisse pas les bras, bien au contraire, et multiplie les points presse pour appeler l’opposition à se ranger derrière Bemba. Lequel la remarque et lui propose de rejoindre son camp.

Naît l’Union pour la nation (UN), un groupement de partis et de personnalités autour de la candidature de Bemba. Trois porte-parole sont désignés. Dont Bazaiba. Tshisekedi vit cet épisode comme une trahison, et l’exclut immédiatement de l’UDPS.

Près de dix ans plus tard, Bazaiba ne regrette pas son choix : "Ils m’ont chassée, prétextant que j’avais rejoint un "belligérant" [Bemba est un ancien chef rebelle], alors que je ne cherchais qu’à porter la voix du changement."

Cette fille de militaire au verbe flamboyant n’hésite pas à renvoyer dans les cordes le "Sphinx de Limete". "Lors de la présidentielle de 2011, Tshisekedi ne s’est-il pas rendu à La Haye pour demander le soutien de Bemba ?" lâche-t-elle avec un sourire en coin, un brin ironique.

La transfuge ne s’arrête pas là. Elle fait désormais les yeux doux aux députés de son ancien parti, exclus de l’UDPS pour avoir accepté de siéger dans l’hémicycle. "Comme leur formation politique ne veut plus d’eux, je les invite à nous rejoindre", lance-t-elle. Tshisekedi appréciera.