Burundi : ce qu’il faut savoir de la situation au soir de la tentative de coup d’État

Scènes de liesse à Bujumbura après l'annonce de la "destitution" de Pierre Nkurunziza. © Berthier Mugiraneza/AP/SIPA

Le général Godefroid Niyombare a annoncé mercredi qu'il destituait le président burundais. La situation reste toutefois confuse à Bujumbura où des tractations sont en cours, tandis que Pierre Nkurunziza tente de rejoindre la capitale burundaise.

Y a-t-il ou non coup d’État ?

D’un côté, les fidèles du président Pierre Nkurunziza assurent que "la tentative de coup d’État a été déjouée" et que les personnes impliquées "seront traduites en justice". Un communiqué a été publié par le service de communication de la présidence : "Un groupe de militaires s’est mutiné ce matin et a fait une déclaration fantaisiste de coup d’État."

De l’autre, la ville semble être sous le contrôle des militaires. Le général Niyombare a ordonné la fermeture des frontières terrestres et de l’aéroport de la capitale et promettait un gouvernement de transition, tandis qu’un haut gradé loyaliste, cité anonymement par l’AFP, assurait que des "tractations" étaient en cours entre les militaires fidèles au pouvoir et ceux qui veulent le renverser "pour trouver une solution qui préserve les intérêts nationaux".

"Les deux parties étaient d’accord pour ne pas verser le sang des Burundais". "On est tous d’accord pour qu’il n’y ait pas de troisième mandat. Reste à déterminer la manière de faire", a ajouté ce loyaliste. Selon le journaliste du Monde présent sur place, la situation restait confuse au sein de l’armée. Dans l’après-midi, de nombreux civils marchaient vers la radio-télé nationale, mais ont été dispersés par des soldats loyalistes, qui ont tiré en l’air. De nombreuses scènes de liesse étaient toutefois visibles dans la capitale, alors que la police restait globalement absente.

Le rapport de force au sein de l’armée entre putschistes et loyalistes restait inconnu en fin de journée, mais les militaires, qui ont joué un rôle modérateur depuis le début de la contestation, bénéficient de la sympathie de nombreux manifestants, à l’inverse de la police, accusée d’être au service du parti au pouvoir et de pactiser avec sa milice Imbonerakure. Les tractations étaient toujours en cours à huis-clos.

Où est Pierre Nkurunziza ?

Le président burundais Pierre Nkurunziza était arrivé mercredi matin en Tanzanie pour un sommet des chefs d’État d’Afrique de l’Est sur la situation au Burundi, où était également présents Paul Kagamé, Uhuru Kenyatta, Yoweri Museveni et Jakaya Kikwete. Le président burundais a cependant quitté Dar es Salaam en fin d’après-midi. "Il est parti à cause de la situation prévalant au Burundi", a indiqué à Dar es Salaam Salva Rweyemamu, porte-parole de la présidence tanzanienne.

D’abord annoncé partant pour Bujumbura, Pierre Nkurunziza se serait ensuite détourné, selon France 24, sur Kampala, en Ouganda. L’aéroport de Bujumbura était en effet fermé depuis la fin d’après-midi, sur les ordres du général Godefroid Niyombare. Les militaires avaient d’ailleurs demandé à la population de ne pas se rendre à l’aéoroport et en avaient bloqué l’accès peu avant 18 heures, alors que la nuit commençait à tomber.

Qui est Godefroid Niyombare ?

Il est le premier hutu à être nommé, en 2009, chef d’état-major de l’armée burundaise. Longtemps proche de Pierre Nkurunziza, dont il a été un compagnon au sein du commandement des ex-forces rebelles du CNDD-FDD, il est tombé en disgrâce en 2013 et nommé à l’étranger, ambassadeur du Burundi au Kenya.

Il est nommé, un an plus tard, en novembre 2014, à la tête des services de renseignement mais s’est une nouvelle fois écarté du président à l’approche de la période électorale en lui conseillant de ne pas briguer un troisième mandat. Devenu populaire auprès de la société civile, Godefroid Niyombare, 46 ans, pourrait bénéficier de la sympathie de la population, mais également de la base de l’armée, dans sa tentative de coup d’État.

Quelles sont les réactions à l’étranger ?

Les chefs d’État tanzanien Jakaya Kikwete, kényan Uhuru Kenyatta, ougandais Yoweri Museveni et rwandais Paul Kagame, qui ont discuté sans Pierre Nkurunziza de la situation au Burundi, ont condamné le coup d’État en cours. Ils ont demandé le report des scrutins législatif prévu le 26 mai et présidentiel le 26 juin, estimant que "les conditions n’étaient pas propices" à des élections. Ils doivent à nouveau se réunir dans deux semaines afin de faire un point sur la situation.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a quant à lui réagi en fin d’après-midi. Le Sud-Coréen "appelle urgemment toutes les parties à faire preuve de calme et de retenue". "Nous continuons d’évaluer les développements sur le terrain car la situation est très changeante", a déclaré son porte-parole. La Maison Blanche a de son côté appelé toutes les parties à déposer les armes.