Centrafrique : les groupes armés s’engagent à libérer leurs enfants-soldats

Un enfant libéré des camps pour enfants soldats, le 27 mai 2013 à Bangui. © Jordi Matas/AFP

En marge du Forum de Bangui, huit groupes rebelles centrafricains ont signé mardi un accord avec le pouvoir au sujet de la libération des enfants-soldats enrolés de force dans leurs troupes. Un pas important vers la pacification du pays, salué par l'Unicef.

Le Forum de Bangui, qui réunit près de 600 participants de la crise centrafricaine pendant une semaine, a-t-il accouché d’une mesure concrète ? Un premier accord a déjà été signé entre le pouvoir et les représentants de huit groupes armés, dont les deux principaux – plusieurs factions de l’ex-rébellion Séléka et les milices anti-balaka. Au cours d’une cérémonie présidée par la ministre de la Défense Marie-Noëlle Koyara, en présence notamment des ambassadeurs de France et des Etats-Unis, et de représentants de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (Ceeac), les rebelles ont promis de ne plus recruter d’enfants soldats et de relâcher plusieurs milliers d’entre eux.

"Nous nous engageons à respecter cet engagement pour donner la chance aux enfants centrafricains de bénéficier des mêmes chances que les autres enfants du monde entier. Nous nous battrons avec l’appui de la communauté internationale pour libérer tous les enfants que nous avons engagé dans nos rangs", a déclaré Abel Balinguele, un porte-parole du Front populaire pour la restauration de la Centrafrique (FPRC), venu signer l’accord bien qu’il boycotte le Forum de Bangui.

"Nous attendons tout de l’Unicef"

Le FPRC est l’une des principales factions de l’ex-Séléka basée dans l’extrême nord-est du pays et dirigée par le "général" Noureddine Adam, chef emblématique considéré comme un "dur" du mouvement, sous le coup de sanctions onusiennes et américaines. Du côté des anti-balaka, le coordinateur national, Patrick-Edouard Ngaïssona, a indiqué que les enfants enrôlés dans ces milices n’avaient pas encore tous été "répertoriés". "Nous attendons tout de l’Unicef, qui s’est engagé à récupérer les enfants qui sont chez nous. Nous espérons qu’ils (Unicef) vont faire un bon suivi pour que les enfants ne souffrent pas", a-t-il affirmé.

De 6 000 à 10 000 enfants seraient intégrés dans les différents groupes armés et rébellions qui sévissent depuis des années en Centrafrique. Ce chiffre "inclut les combattants, mais aussi ceux qui sont abusés d’une autre façon, à des fins sexuelles, des cuisiniers, des messagers", selon l’Unicef.

L’Unicef et ses partenaires avaient déjà permis la libération de plus de 2 800 enfants dont 646 filles en 2014 et de plus 500 en 2013. Mais un engagement de cette ampleur, avec un nombre aussi important de groupes armés et d’enfants, est inédit. Reste à savoir si l’accord sera suivi d’effets.

Pas de calendrier

"Ceci est une étape importante dans la protection des enfants dans ce pays", a déclaré Mohamed Malick Fall, représentant de l’Unicef. "Ce pays est un des pires au monde pour les enfants après deux années de conflit et l’Unicef souhaite travailler avec les autorités locales pour aider à réunir ces enfants et leurs familles", a-t-il ajouté. "Les dirigeants des groupes armés ont également convenu de donner à l’Unicef et ses partenaires un accès immédiat et sans restriction aux zones sous leur contrôle", selon l’organisation onusienne.

Aucun calendrier n’a cependant été fixé pour la libération des enfants concernés. "Soyons prudents, mais cela est un point de départ", a déclaré le porte-parole de l’Unicef à Genève, Christophe Boulierac. "Les conditions sont là pour nous donner espoir", a-t-il ajouté, précisant que "la grande majorité" des groupes armés centrafricains ont participé à la signature de cet accord. Mais le cas de l’Armée de résistance du seigneur (LRA) de Joseph Kony, active dans le sud-est du pays, demeure un épineux problème.

(Avec AFP)