Maroc : Curzio Malaparte, tout oser… ou presque

Autoportrait de Curzio Malaparte © Curzio Malaparte

Ayant pour seuls armes une feuille de papier et un crayon, ils croquent, à pleines dents, les thèmes les plus tabous de la société : religion, sexe, chefs d'Etat, tout y passe ! Portraits choisis de ces dessinateurs africains qui défendent la liberté d'expression, coûte que coûte. Aujourd'hui, le Marocain Curzio Malaparte.

Sa mascotte s’appelle Arraghif Al Maghribi ("la galette marocaine") : un personnage bien en chair vêtu de l’habit traditionnel marocain (une djellaba blanche et un fez rouge), qui se retrouve toujours dans des situations cocasses.

Serait-ce le roi Mohammed VI ? Il s’en défend. "Beaucoup de lecteurs ont fait ce rapprochement, mais je vous assure que ce n’est nullement mon intention !" répond malicieusement ce caricaturiste de 28 ans qui se fait appeler Curzio Malaparte, du nom de l’écrivain subversif italien (1898-1957), et qui ne veut surtout pas révéler sa véritable identité.

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Caricaturiste à temps partiel pour l’hebdomadaire Tel Quel, il travaille principalement comme journaliste pour un portail de news francophones qu’il a intégré en 2013 après un master en finance à Bordeaux (sud-est de la France) et un bref passage dans la restauration. Et il s’attaque avec beaucoup d’audace aux tabous religieux comme avec cette caricature publiée sur le site Mediapart au moment du massacre de Charlie Hebdo et montrant un barbu analphabète tenant ce journal à l’envers et disant : "Je n’ai rien compris, mais il faut quand même les tuer !"

Ou encore ses caricatures sur "les Marocains biodégradables", les victimes des inondations de novembre 2014 à Guelmim transportés au cimetière dans un camion-poubelle. Mais le sexe reste son sujet de prédilection. Avec des mots crus, il met en lumière l’hypocrisie sociale sur ce sujet. Être caricaturiste au Maroc ? Un parcours du combattant, répond celui qui aime s’attaquer aux grosses fortunes et dénoncer les inégalités sociales.

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"Jouer avec les sous-entendus"

Des lignes jaunes qui fluctuent comme des marées, la peur des procès, la montée du conservatisme… "L’intelligence du caricaturiste est de jouer avec les sous-entendus", explique-t-il. Appelle-t-on cela de la prudence ou de l’autocensure ? Chacun y va de son analyse dans un pays où le problème ne réside pas dans les lois mais dans leur interprétation.

Par précaution, la mascotte grossière et non assumée de Mohammed VI sévit uniquement sur la page Facebook de Curzio, là où le ton est plus libre. Dans les magazines de presse auxquels il collabore, notre dessinateur est plus subtil, mais reste non moins décoiffant.