Burundi : au 3e jour de manifestations, le pouvoir de Nkurunziza parle d’ »insurrection »

Des manifestants à Musaga, près de la capitale Bujumbura, le 28 avril 2015. © AFP

Au troisième jour des manifestations anti-3e mandat de Nkurunziza à Bujumbura, la situation demeure tendue ce mercredi dans la capitale burundaise où des heurts ont été signalés entre des jeunes et des policiers dans plusieurs quartiers de la ville. Une "insurrection", selon les autorités.

"Quand les manifestants brûlent des pneus, des kiosques, des véhicules et jettent des pierres sur des policiers, il ne s’agit plus d’une manifestation pacifique mais d’une insurrection." Joint au téléphone ce mardi 28 avril par Jeune Afrique à la sortie d’une réunion, Willy Nyamitwe, conseiller principal chargé de la communication à la présidence burundaise, monte au créneau pour dénoncer les "violences" commises, selon lui, par ceux qui s’opposent au troisième mandat du président sortant Pierre Nkurunziza.

Au troisième jour de heurts à Bujumbura, Willy Nyamitwe indique également qu’"aucun dialogue n’est envisageable avec les manifestants", soulignant que "la situation demeure calme dans le centre-ville" de la capitale burundaise.

"C’est dans les quartiers périphériques de Bujumbura, fiefs du Mouvement pour la solidarité et le développement [MSD, parti de l’opposant en exil Alexis Sinduhije], que les troubles sont signalés : la police n’est pas encore parvenue à rétablir de l’ordre", ajoute-t-il.

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À en croire des sources concordantes locales, si le centre-ville de Bujumbura n’est pas encore atteint par les manifestations, il ressemble à une ville morte. "Des magasins, des écoles sont fermés. Il n’y a aucune activité", raconte un journaliste burundais sur place.

Manifestants et miliciens, tous armés ?

Dans la partie sud de la capitale, des imbonerakure, entendez les jeunes du Congrès national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD, parti au pouvoir), auraient été armés par le pouvoir pour contenir les manifestants, selon des témoins. "Certains porteraient même aujourd’hui des uniformes de la police", soupçonne le journaliste contacté qui a requis l’anonymat pour "des raisons de sécurité".

"Faux", rétorque Willy Nyamitwe. "Dès dimanche [26 avril], au premier jour de l’insurrection, des manifestants ont tué un policier et emporté son arme", accuse-t-il, soulignant que "38 [autres] policiers ont été blessés, dont 8 se trouvent dans un état grave".

Le conseiller du président reconnaît toutefois que "trois civils ont été tués par des balles". Mais "des investigations restent à faire pour déterminer le groupe qui a tiré. D’autant que les manifestants portent également des armes", martèle-t-il.

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Troisième mandat de Nkurunziza, "un faux prétexte" ?

Pour Willy Nyamitwe, ces manifestations à Bujumbura étaient "prévisibles" : "Les opposants ne sont pas préparés pour aller aux élections. C’est pourquoi ils essayent d’utiliser ce faux-prétexte pour échapper au verdict au peuple."

Prenant la défense de son chef, le conseiller affirme que le président sortant n’a été pour l’instant que désigné par son parti. "[Pierre Nkurunziza] n’a pas encore déposé officiellement sa candidature à la commission électorale", rappelle-t-il. Et d’ajouter : "Si certains estiment qu’il ne peut pas briguer un nouveau mandat, le pays dispose d’instances habilitées pour interpréter la Constitution."

Une allusion à la Cour constitutionnelle qui peut être saisie notamment par le président de la République. "Il ne l’a pas fait lui-même parce qu’il est persuadé que sa candidature ne pose pas des problèmes", confie Willy Nyamitwe.