RDC – Affaire Chebeya : reprise du procès en appel après deux ans d’interruption

Par Jeune Afrique

Lors de la reprise du procès en appel, le 21 avril à Kinshasa. © AFP/Frederic Scoppa

Le procès en appel des assassins présumés du président de l'ONG congolaise la Voix des sans voix (VSV), Floribert Chebeya, et de son chauffeur, Fidèle Bazana, a repris mardi. La Haute Cour de Kinshasa décidera le 30 avril si elle décide de juger uniquement les accusés présents en opérant "une disjonction des poursuites" entre eux et ceux qui sont en fuite.

Vives oppositions

Après presque deux ans d’interruption, le procès en appel des assassins présumés du défenseur des droits de l’Homme congolais Floribert Chebeya et de son chauffeur, Fidèle Bazana, a repris mardi 21 avril à Kinshasa. Une simple audience de trois heures pendant laquelle les parties civiles et le parquet se sont vivement opposés.

Le ministère public a proposé que, "pour gagner du temps", la Cour juge uniquement les accusés présents en opérant "une disjonction des poursuites" entre eux et les accusés en fuite.

Cette option, appuyée par la défense, a été pourfendue par les parties civiles. Selon elles, cela fausserait le procès en ne permettant pas d’entendre le témoignage d’un des policiers en fuite et réfugié au Sénégal, Paul Mwilambwe, qui a mis en cause l’ancien chef de la police, le général John Numbi.

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La Haute Cour a renvoyé l’audience au 30 avril et promis de faire savoir alors sa décision sur ce point.

Cinq des huit accusés étaient présents à l’audience devant la Haute Cour militaire congolaise, réunie dans l’enceinte de la prison de Makala, dans la capitale de la République démocratique du Congo : le colonel Daniel Mukalay, ex-numéro 2 des services spéciaux de la police, condamné à mort en première instance pour avoir orchestré l’élimination de Chebeya, un lieutenant de police condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité d’assassinat, et trois policiers relaxés lors du premier procès.

Trois autres agents de la police, condamnés à mort en 2011, sont en fuite.

Le procès en appel s’était ouvert en juin 2012 et avait été suspendu onze mois plus tard à la suite d’une requête déposée par les parties civiles devant la Cour suprême de justice, qui l’a rejetée en août.

John Numbi et les accusations de Paul Mwilambwe

Les parties civiles cherchent à obtenir la comparution du général Numbi, qui avait été entendu comme simple témoin en première instance et qui fait figure pour elles de "suspect numéro un".

Écarté quelques jours après le meurtre, l’officier s’est toujours défendu d’avoir rencontré Chebeya ou de lui avoir donné rendez-vous mais il a été mis en cause en 2012 par l’un des condamnés à mort.

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Cet homme, le major Paul Mwilambwe, est aujourd’hui sous contrôle judiciaire au Sénégal, où il est poursuivi pour le meurtre de Chebeya, la justice sénégalaise ayant accepté, cas rare, de se saisir de cette affaire au nom de sa compétence extraterritoriale.

Les parties civiles estiment donc qu’on peut facilement produire son témoignage devant la Haute Cour, mais celle-ci a refusé jusqu’à présent toutes leurs demandes en ce sens. "Les dépositions que Paul Mwilambwe a données jusqu’à présent nous rapprochent plus de la vérité que les éléments que nous avons dans le dossier actuellement à la Haute Cour militaire", a déclaré à la presse Me Jean-Joseph Mukendi, avocat de la famille Chebeya, à l’issue de l’audience.

Me Didier Dimina, avocat du colonel Mukalay, a déclaré de son côté être favorable à la proposition de "disjonction des poursuites" du ministère public. "Les prévenus en détention ont déjà fait plusieurs années sans connaître leur sort", a-t-il dit.

L’enquête ayant précédé le jugement de la cour militaire de Kinshasa en 2011 avait été dénoncée comme bâclée par les parties civiles, des organisations de défense des droits de l’Homme et plusieurs chancelleries occidentales.

Climat tendu

La reprise du procès a lieu dans un climat tendu en RDC à l’approche de la présidentielle de novembre 2016, que l’opposition soupçonne le pouvoir de vouloir reporter.

En janvier, plusieurs dizaines de personnes ont été tuées lors de troubles provoqués par la nouvelle loi électorale. Après l’arrestation de plusieurs opposants, défenseurs des droits de l’homme ou militants de la société civile, l’ONU a appelé dimanche les autorités à "garantir" les libertés publiques.

(Avec AFP)

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