Tour de France : MTN-Qhubeka s’échauffe pour la Grande Boucle

L'équipe sud-africaine MTN-Qhubeka est la première du continent à être passé pro, en 2013. © DR

Ils y sont arrivés. MTN-Qhubeka est la première équipe cycliste africaine à avoir été invitée au Tour de France (du 4 au 26 juillet 2015). Pourtant, le pari n’était pas gagné, et le chemin vers le développement du cyclisme en Afrique est encore long. En attendant la Grande Boucle, la formation sud-africaine participe à la course Liège-Bastogne-Liège, dimanche.

L’année dernière, MTN-Qhubeka ne s’était pas démarquée sur la classique Liège-Bastogne-Liège. Mais dimanche 26 mai, le dynamisme qui semble porter le groupe depuis le début de la saison pourrait faire la différence. En effet, la petite équipe sud-africaine a accumulé les victoires, les maillots et les bons classements sur les premières courses de la saison, a reçu des invitations pour toutes les classiques et surtout, a été conviée au Tour de France.

Jamais une équipe africaine ne s’était élancée au départ de la Grand-Messe du cyclisme professionnel. Pour la 102e édition de la Grande Boucle, la formation sud-africaine espère bien réparer cette injustice. L’équipe fait partie des cinq formations de seconde division invitées à concourir. Si ses ambitions sont modestes, la formation n’est pas peu fière d’être la première du continent à prendre part à la plus grande compétition cycliste du monde.

"Quand j’ai commencé ma carrière, je ne pensais pas que ce serait possible", affirme Jay Thomson, équipier sud-africain de 29 ans, qui affiche pourtant un très beau palmarès : champion d’Afrique du contre-la-montre, champion d’Afrique du Sud, victoires d’étapes sur de nombreuses courses… Thomson est fébrile dès qu’on évoque le Tour de France. "Il n’y aura que 9 coureurs par équipe [sur 23 coureurs à MTN-Qhubeka, NDLR]. Je ne sais pas si j’en serai. Ce serait magnifique ; c’est difficile d’exprimer ce que ça me ferait de rouler sur les Champs Élysées…"

"Une ou deux étapes. Peut-être un maillot"

Si la composition de l’équipe finale n’est pas encore connue, les managers de MTN-Qhubeka savent déjà qu’il ne faut pas trop rêver. "Nous aimerions gagner une ou deux étapes. Peut-être un maillot", explique Veil Hammer, de l’équipe managériale. "En un sens, l’objectif est déjà atteint." Difficile pour une petite équipe au budget limité (3,5 millions d’euros) de faire face aux géants du vélo, les britanniques Sky et les américains BMC Racing, au budget dépassant les 18 millions d’euros, ainsi qu’à la majorité des formations, plus riches et systématiquement invitées aux grandes courses.

"Il y a une zone d’ombre sur le cyclisme africain", confirme Reinardt Janse van Rensburg, sprinteur sud-africain. "C’est normal. Pendant longtemps, l’Afrique n’était pas prête, le vélo n’intéressait pas les gens." En cause, le prix de la pratique de ce sport. "Il faut des infrastructures spécifiques. C’est difficile pour des pays en voie de développement de financer le cyclisme." "Un vélo professionnel coûte plusieurs années de travail, ici, ajoute Thomson. Et comme le cyclisme n’est pas développé en Afrique, les rares professionnels partent en Europe."

Il faut que MTN-Qhubeka rejoigne l’UCI World Tour (la première division) et qu’une compétition labellisée "World Tour" soit mise en place en Afrique.

Les deux cyclistes s’entendent sur un point : il faut que MTN-Qhubeka rejoigne l’UCI World Tour (la première division) et qu’une compétition labellisée "World Tour" soit mise en place en Afrique. "Il y a de grandes courses sur le continent, comme la Tropicale Amissa Bongo, le tour du Rwanda ou du Faso. Mais il faudrait en créer une nouvelle", imaginent les deux coureurs. "Ça ferait venir des sportifs internationaux, de nouveaux investisseurs, ça donnerait une visibilité au cyclisme africain et du travail aux gens."

Et les questions sociales, eux, ça les connaît : Qhubeka, association qui donne son nom à la formation, lève des fonds pour offrir des vélos aux enfants, leur permettant de se rendre plus facilement à l’école. "C’est important", affirment les deux hommes. "On a un impact social sur ces enfants. On va dans les classes pour leur parler. Vous n’imaginez pas la sensation que ça fait d’offrir un vélo à un enfant qui n’a jamais eu les moyens de s’en acheter un. On le voit pédaler dans le bidonville et on se dit qu’on trouvera peut-être le nouveau Chris Froom ou Daryl Impey." Reste à voir maintenant si MTN-Qhubeka pourra offrir à l’Afrique ses premières victoires sur le Tour de France.
 

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