Togo : début de vote pour la présidentielle

Par AFP

Bureau de vote lors des élections parlementaires togolaises, 25 juillet 2013 à Lomé. © Pius Utomi Ekpei/AFP

Les Togolais votent samedi pour une présidentielle à un tour dont le favori est le sortant Faure Gnassingbé, héritier d'une famille régnant sans partage depuis 48 ans, face à une opposition handicapée par ses divisions.

Samedi, 3 509 258 électeurs sont appelés aux urnes dans 8 994 bureaux de vote, entre 7 heures (locales et TU) et 16 heures. Quelque 9 000 policiers et gendarmes doivent sécuriser les opérations.

L’élection se tient dans un contexte particulier en Afrique de l’Ouest : un soulèvement populaire au Burkina Faso voisin a chassé fin octobre l’autocrate Blaise Compaoré après 27 ans au pouvoir, tandis que le Nigeria a élu fin mars Muhammadu Buhari, mettant fin à 16 ans de suprématie du Parti démocratique populaire (PDP).

Le Togo, petit pays francophone de sept millions d’habitants, choisira-t-il l’alternance ou reconduira-t-il le président sortant, porté au pouvoir par l’armée à la mort de son père en 2005, le général Gnassingbé Eyadéma, qui dirigea le pays d’une main de fer pendant 38 ans ?

Aucun sondage n’existe, mais Faure Gnassingbé reste le favori face à quatre candidats d’opposition, dont son plus dangereux adversaire est Jean-Pierre Fabre, du CAP 2015 (Combat pour l’alternance politique). En 2010, le président l’avait emporté par 60,88% des suffrages contre 33,93% à M. Fabre, lors d’une élection contestée par l’opposition mais jugée acceptable par la communauté internationale. La précédente présidentielle, en 2005, avait été entachée de fraudes massives et "remportée" par M. Gnassingbé, provoquant des violences qui avaient fait 400 à 500 morts et des milliers de blessés, selon l’ONU.

"Campagne électorale cherche foule"

Les observateurs prédisent une abstention élevée cette année. Car la campagne électorale, calme de l’avis général, focalisée sur les zones rurales qui sont la clé du scrutin – Lomé est historiquement acquise à l’opposition, n’a guère mobilisé. Même l’hebdomadaire "Le Médium", proche du pouvoir, titrait récemment "Campagne électorale cherche foule".

Nombre de Togolais prédisent le maintien de ce qu’ils appellent "la dictature" depuis que la majorité présidentielle a rejeté, l’an dernier, des réformes électorales pourtant promises par M. Gnassingbé : passer d’un à deux tours pour la présidentielle, et limiter à deux le nombre de mandats présidentiels.

Pour cette raison, le deuxième parti de l’opposition, le Comité d’action pour le renouveau (CAR), a prôné le boycott du scrutin, divisant encore plus les anti-Gnassingbé. "Je ne vais pas voter à cause des mensonges de la dictature sur les réformes" électorales, déclare Kossi, qui propose boissons, DVD et cartes téléphoniques en bordure d’une avenue de Lomé. "Le président nous a déçus, et l’opposition aussi", lance un jeune moto-taxi à ses côtés. "La population togolaise est un peu lassée", résume l’analyste politique togolais David Ihou, parlant de "résignation".

Outre MM. Gnassingbé et Fabre se présentent également Tchabouré Gogué, président de l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI, opposition), Komandega Taama, président du Nouvel engagement togolais (NET, opposition), et Mouhamed Tchassona-Traoré, président du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD, opposition).

Plusieurs milliers d’observateurs seront déployés : 1 200 pour la Concertation nationale de la société civile (CNSC, une ONG togolaise), 50 pour l’Union africaine, 100 pour la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), 800 pour le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, ainsi que d’autres associations locales.

L’élection, initialement prévue le 15 avril, avait été reportée de 10 jours à cause d’anomalies dans le fichier électoral (doublons, électeurs décédés). Le fichier a été rectifié, à la satisfaction de l’opposition. Après la clôture du scrutin, la commission électorale aura six jours pour communiquer les résultats.

Une source au sein de la commission et un ministre ont estimé que ceux-ci pourraient être annoncés dès mardi, au lendemain de la fête de l’Indépendance. Vendredi, le gouvernement a ordonné la fermeture des frontières terrestres jusqu’à dimanche matin et des blindés légers de l’armée ont été positionnés dans Lomé.

(Avec AFP)