Présidentielle togolaise : autour de Fabre, l’opposition dans les starting-blocks

Jean-Pierre Fabre lors d'un meeting à Lomé en novembre 2014. © Emile Kouton/AFP

Depuis 2013, Jean-Pierre Fabre apparaît comme le principal adversaire de Faure Gnassingbé. Mais saura-t-il fédérer autour de lui l'ensemble de l'opposition ?

Réputé tenace, frondeur et direct, Jean-Pierre Fabre, 62 ans, partage avec son ennemi Faure Gnassingbé un trait de caractère : la méfiance à l’égard des médias. Pourtant, l’opposant a eu à diriger, au début des années 1990, deux journaux – des parutions clairement critiques vis-à-vis du régime de Gnassingbé Eyadéma. De sa vie avant la politique, les Togolais n’en savent guère davantage.

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Métis né de père d’origine française et de mère togolaise, l’ancien joueur de l’équipe nationale de volley-ball dans les années 1970, candidat le 25 avril sous les couleurs de la coalition Combat pour l’alternance pacifique en 2015 (CAP 2015), a enseigné à l’université du Bénin (actuelle université de Lomé), avant d’être le secrétaire général d’un important cabinet d’architecture togolais, selon sa biographie officielle.

Lorsque, en 1991, l’opposant historique, Gilchrist Olympio, le repère et en fait l’un des piliers de sa garde rapprochée, Fabre est alors membre et porte-parole du présidium de la conférence nationale souveraine. Le novice d’alors reste dans l’ombre protectrice du leader charismatique, dont il a épousé une proche parente, pendant près de vingt ans.

L’image qui est la sienne d’un homme politique incorruptible ne s’étant jamais compromis avec le pouvoir est une donnée très importante auprès des électeurs de l’opposition togolaise.

En tant que chargé de communication, puis secrétaire général de l’Union des forces du changement (UFC), c’est lui qui gère le parti au quotidien, en l’absence récurrente de son patron. Mais les choses se compliquent en février 2010 lorsque, voulant éviter l’absence de l’UFC à la présidentielle du 4 mars – Gilchrist Olympio, alors victime d’un accident domestique à Washington, ne pouvait pas se déplacer à Lomé pour la visite médicale imposée à tous les candidats -, Jean-Pierre Fabre se lance dans la compétition.

À l’époque, assure l’un de ses proches, l’avocat Georges Lawson, "il n’est pas intéressé mais accepte le choix du bureau de l’UFC, qui a estimé nécessaire de prévoir un plan B si les négociations en vue de la candidature de M. Olympio échouaient". atouts. Arrivé officiellement deuxième avec 33,93 % des voix – loin devant le troisième, Yawovi Agboyibo, crédité seulement de 2,95 % des suffrages -, il s’oppose à la stratégie de son ex-mentor, Gilchrist Olympio, qui, le 27 mai 2010, décide de se rallier au pouvoir.

Occupant le vide laissé par ce dernier, il quitte alors l’UFC et crée son propre parti, l’Alliance nationale du changement (ANC). Il s’impose comme le nouveau chef de file de l’opposition, notamment à l’issue des élections législatives de juillet 2013. Jean-Pierre Fabre capte rapidement une bonne partie de l’électorat traditionnel de l’UFC et rassemble autour de lui d’autres leaders politiques.

Indéniablement, il dispose de certains atouts : l’image qui est la sienne d’un homme politique incorruptible ne s’étant jamais compromis avec le pouvoir est une donnée très importante auprès des électeurs de l’opposition togolaise. Introduit dans les réseaux maçonniques, il dispose de solides soutiens au sein de la diaspora en Europe et aux États-Unis. Dans la région, il a été reçu en audience par le président ivoirien Alassane Ouattara et compte le Ghanéen Jerry Rawlings parmi ses relations.

Tribun

Pour autant, Jean-Pierre Fabre n’a jamais réussi à fédérer durablement les différentes factions de l’opposition radicale. Car ce tribun aux cheveux grisonnants a une personnalité clivante et ne ménage pas ceux qui osent défier son autorité. Un moment proche de lui, l’ancien Premier ministre Agbéyomé Kodjo a fini par prendre ses distances, pointant "le manque d’égard pour sa personne et son expérience".

L’opposition apparaît de fait plus que jamais divisée, mais, comme en mars 2010, Jean-Pierre Fabre compte sur le vote utile pour devancer largement les autres opposants. Et cette année, grâce au nouveau dispositif antifraude, il est persuadé qu’il peut gagner.

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