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Cet article est issu du dossier «Burundi, le grand saut»

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Environnement

Développement durable : Tanganyika & dolce vita

Plages de sable blanc, collines verdoyantes et quelques rares touristes. © Martina Gacialupo pour J.A.

Au coeur de la vallée du rift, le grand lac alimente les pays limitrophes en eau potable. Mais la pollution, la surpêche et l'érosion des côtes menacent ce coin de paradis.

Les pieds dans le sable blanc de la plage du Bora Bora, le tumulte de Bujumbura semble loin, très loin. Les signes de surchauffe de la capitale toute proche restent pourtant bien visibles, mais la brise qui descend des monts du Sud-Kivu, depuis l’autre rive, fait un peu retomber la pression atmosphérique. Devant, les eaux calmes du Tanganyika s’étirent entre les collines verdoyantes pour se fondre avec l’horizon.

Objectif des quatre États riverains : relancer l’activité portuaire tout en respectant l’environnement. 

S’il n’y avait quelques hippopotames paissant près de la rive, la vue depuis les transats rappellerait certains paysages italiens. Avec ses hôtels, bars et restaurants, la Buja Riviera reste the place to be, comme disent les expats américains qui, à l’exception de quelques privilégiés, sont les seuls à avoir les moyens de profiter de ce petit coin de paradis lové le long de la route menant en RD Congo.

Ces cinq dernières années, des établissements touristiques plus ou moins huppés ont fleuri sur les bords du lac, mais en dehors des membres des missions onusiennes et de quelques Rwandais venus s’encanailler le week-end, la destination burundaise fait encore assez peu recette. Malgré le formidable potentiel du pays, seulement 15 000 entrées touristiques ont été enregistrées à l’aéroport international de Bujumbura en 2013.

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Plus près de la ville, l’activité du port de commerce tourne elle aussi au ralenti. Quelques cargos finissent de rouiller dans les bassins, à côté des rares vraquiers qui viennent encore approvisionner le pays. Dimensionnés dans les années 1950 par les Belges pour traiter un demi-million de tonnes de marchandises par an, les quais n’en manutentionnent même pas la moitié.

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« Avant, les navires remontaient de Zambie chargés de ciment ou de maïs et redescendaient avec notre café », soupire Jean-Marie Nibirantije, le directeur exécutif de l’Autorité du lac Tanganyika (ALT) depuis janvier 2014. Un temps révolu ? Pas si sûr. Commune aux quatre pays riverains – Burundi (8 % de la surface du lac), RD Congo (45 %), Tanzanie (41 %), Zambie (6 %) -, l’ALT a justement pour mission de relancer « ce formidable outil économique », mais aussi d’en assurer la protection environnementale.

Afin de redynamiser l’activité côté burundais, l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) a décidé, l’an dernier, de débloquer 2,8 milliards de yens (plus de 20 millions d’euros) pour la rénovation complète du port de Bujumbura. « L’objectif est de redévelopper le transport commercial et touristique sur le lac, afin qu’il retrouve son rôle d’interface au coeur de l’Afrique », explique le patron de l’ALT.

Protéines 

L’enjeu est aussi de taille sur le plan environnemental. Cet immense réservoir classé au patrimoine mondial de l’Unesco alimente les pays limitrophes en eau potable et, avec ses ndagalas (petites sardines endémiques au Tanganyika), il fournit le principal apport en protéines aux habitants de la région, qui restent en situation de malnutrition chronique. D’où l’urgence pour les gouvernements des pays riverains de se réunir au chevet de leur lac menacé par la pollution, la surpêche et l’érosion de ses côtes.

Les quatre États sont « engagés au plus haut niveau politique », selon Jean-Marie Nibirantije, lui-même ancien ministre burundais de l’Environnement. Ils coordonnent leur politique de conservation, ainsi que les programmes d’aménagement et de développement financés par différents bailleurs, dont la Banque africaine de développement (BAD) et, en fédérant leurs actions à travers l’ALT, oeuvrent pour éviter une catastrophe écologique semblable à celle qui touche les eaux désormais troubles du lac Victoria.

Les motifs d’inquiétude ne manquent pas depuis la découverte en 2010 d’indices d’hydrocarbures, attestant la présence de gisements dans les profondeurs du Tanganyika. « Il va falloir se montrer vigilants », confirme Jean-Marie Nibirantije, d’autant que de premières opérations de prospection ont été lancées dans les eaux tanzaniennes et burundaises. 

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