Crise au FPI : 4 ans après la chute de Gbagbo, les caciques de l’ancien régime ont choisi leur camp

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo à la CPI, le 19 février 2013 à La Haye (Pays-Bas). © Michael Kooren/AFP

Il y a quatre ans, le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo était arrêté à Abidjan. Aujourd'hui, son parti, le FPI, est au bord de l'implosion. Pris dans une guerre de leadership, les barons de l'ancien régime ont choisi leur camp. D'un côté, les partisans de Pascal Affi N'Guessan ; de l'autre, ceux d'Abou Drahamane Sangaré.

Les images sont encore dans toutes les têtes. En Côte d’Ivoire, bien sûr, mais en Afrique aussi. Certains ont crié de joie, ont éprouvé un intense soulagement. D’autres, en revanche, ont été choqués. Et le demeurent. Nous sommes le 11 avril 2011. Laurent Gbagbo et sa femme Simone sont arrêtés dans la résidence présidentielle où ils s’étaient réfugiés depuis le début du mois. L’ex-couple présidentiel est emmené à l’hôtel du Golf. C’est la fin de plus de quatre mois de crise postélectorale. Le conflit aura fait plus de 3 000 morts.

Avec l’arrestation de Laurent Gbagbo, c’est tout un régime qui s’écroule. Ses barons sont arrêtés ou doivent s’exilés. Quatre ans plus tard, l’ancien président ivoirien est en prison à La Haye, où il a attend avec Charles Blé Goudé son procès devant la Cour pénale internationale.

Son parti, le Front patriotique ivoirien (FPI), traverse une crise sans précédent. Divisé entre deux lignes, celle de Pascal Affi N’Guessan et celle d’Abou Drahamane Sangaré, il n’a jamais été aussi proche de l’implosion. Pris dans cette guerre de leadership, les barons de l’ancien régime ont choisi leur camp. Entre Pro-Affi et pro-Sangaré.

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Les pro-Affi

Alcide Djédjé

© D.R.

Ancien ministre des Affaires étrangères, au cœur des négociations avec l’ambassadeur de France Jean-Marc Simon pour la reddition de Laurent Gbagbo, il est aujourd’hui l’une des pièces maîtresses du clan Affi.

Marcel Gossio

© Émilie Régnier pour J.A.

Cacique de l’ancien régime, ancien directeur du Port autonome d’Abidjan (PAA), Marcel Gossio a regagné Abidjan en janvier 2014, après son exil au Maroc. Directeur de campagne de Pascal Affi N’Guessan, il est l’un des soutiens les plus importants de l’actuel président du FPI. Par ses moyens financiers d’abord, mais aussi par sa capacité à mobiliser les acteurs économiques de poids.

Ahoua Don Mello

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Porte-parole du gouvernement Gbagbo, Ahoua Don Mello est un proche de Pascal Affi N’Guessan. Depuis son exil au Ghana, il a d’ailleurs pris position pour le président du FPI reconnu par la justice ivoirienne. Après avoir obtenu le statut de réfugié auprès du HCR, il avait séjourné quelques temps au Cameroun, avant de retourner à Accra après une brève interpellation en territoire camerounais. Don Mello est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis en 2011 par la Côte d’Ivoire pour "crime économique".

Laurent Donna Fologo

Président du Conseil économique et social, Laurent Donna Fologo n’a jamais été membre du FPI. Il a d’ailleurs très vite lâché le régime Gbagbo. Après la chute de Gbagbo, il s’est précipité au Golf Hôtel pour faire allégeance à Ouattara. À Abidjan, il a rapidement repris une activité politique en créant le RPP (Rassemblement pour la paix et le progrès). Son parti est membre de l’AFDCI, une alliance de douze partis d’opposition dirigée par Pascal Affi N’Guessan.

 

Les pro-Sangaré

Simone Gbagbo

© Sia Kambou/AFP

Véritable pilier du régime, Simone Gbagbo est l’un des principaux soutiens d’Abou Drahamane Sangaré. Le 10 mars, la cour d’assises d’Abidjan l’a condamnée à vingt ans de prison ferme pour "attentat à l’autorité de l’État, participation à un mouvement insurrectionnel et trouble à l’ordre public". La sentence comprend aussi dix ans de privation de droits civiques et 965 milliards de F CFA (1,47 milliard d’euros) de dommages et intérêts, qu’elle devra verser à l’État ivoirien avec ses 78 coaccusés.

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Kadet Bertin

Neveu de Laurent Gbagbo (ils sont du même village) et ex-sécurocrate, exilé à Accra depuis 2011, Kadet Bertin s’est positionné en faveur de Pascal Affi N’Guessan avant de faire volte-face en décembre et de lui demander de retirer sa candidature au profit de celle de Gbagbo.

Philippe-Henri Dacoury-Tabley

© Sia Kambou/AFP

Proche de Gbagbo et ex-gouverneur de la Banque centrale des états de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Philippe-Henri Dacoury-Tabley est aujourd’hui à la retraite. Il a été condamné à cinq ans de prison pour "troubles à l’ordre public".

Justin Koné Katinan

© AFP

Le Ghana ayant rejeté en août 2013 la demande d’extradition d’Abidjan, Katinan est libre de ses mouvements à Accra, où il est exilé depuis 2011. Il a repris ses activités de porte-parole de Laurent Gbagbo. Hostile au projet d’Affi N’Guessan de se faire réélire à la tête du FPI, il estime que Gbagbo devait "être candidat en 2015".

Mamadou Koulibaly

© Olivier pour J.A.

Président de l’Assemblée nationale au moment de la crise postélectorale, il est alors le dauphin constitutionnel de Laurent Gbagbo. Après avoir rapidement plaidé pour un rapide retour à la légalité constitutionnelle, il a quitté le FPI pour fonder son propre parti, le Lider (Liberté et démocratie pour la République). Depuis quelques semaines, Koulibaly s’est rapproché d’Abou Drahamane Sangaré. Reçu le 18 mars au domicile du chef de file des frondeurs, il rêve d’une alliance avec les déçus du PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire, d’Henri Konan Bédié).

Charles Blé Goudé

© Michael Kooren/AFP

Natif de Guiberoua près de Gagnoa (centre ouest), le "général " de la jeunesse pro-Gbagbo est détenu à La Haye. Son procès pour crimes contre l’humanité aura lieu en même temps que celui de Laurent Gbagbo, la Cour pénale internationale ayant décidé en mars de joindre les deux affaires. La date de leur procès est pour le moment inconnue. Charles Blé Goudé ne s’est pas prononcé sur la brouille au sein du FPI. Mais, nul ne doute qu’il soutient le camp de son mentor Laurent Gbagbo.

Jean-Jacques Bechio

Ancien ministre de la Fonction publique sous Houphouët-Boigny, Jean-Jacques Bechio a été membre du PDCI puis du Rassemblement des républicains (RDR, parti présidentiel) avant de devenir un proche soutien de Laurent Gbagbo. Le 11 avril, il est d’ailleurs arrêté aux côté de l’ancien président et de sa femme Simone. Libéré en décembre 2012 après 20 mois en résidence surveillée à Katiola dans le Nord, il a fait partie des personnalités pro-Gbagbo jugées en février. Il pourrait participer au rapprochement entre les frondeurs du PDCI et ceux du FPI.

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